mercredi 15 mai 2013

**** Annonce de clonage thérapeutique chez l'homme


Il y a maintenant quelques heures, la revue Cell a tweeté l'annonce d'un "red hot paper".


Il s'agissait de l'annonce de la mise au point d'une méthode de clonage chez l'homme. Le petit monde scientifique des cellules souches est en effervescence. Huit ans après la même annonce par une équipe coréenne de triste mémoire (tout était faux et les oocytes extorqués aux étudiantes du laboratoire), une équipe américaine a finalement réussi à cloner des embryons humains en transférant un noyau de cellules provenant de fœtus ou de très jeunes enfants dans un oocyte. Les embryons obtenus ont été détruits au stade blastocyste pour obtenir des cellules souches embryonnaires humaines (CSEH). La même équipe affirme que cela ne peut pas conduire à un enfant car ils essayent depuis des années sur des singes sans succès ; ils prépareraient une publication démontrant que leur technique ne peut pas permettre un clonage reproductif. Mais d'autres s'y mettront certainement... c'est en tout cas l'avis du bioéthicien O. Carter Snead de l'université Notre Dame dans l'Indiana.

Quel intérêt ?
Cette publication marque indéniablement le franchissement d'une borne technique et éthique. Mais elle n'a rien de révolutionnaire scientifiquement par rapport aux cellules iPS : la reprogrammation par quatre facteurs découverte par Yamanaka est beaucoup plus impressionnante que celle consistant à placer un noyau adulte dans un oocyte. De plus ils n'ont pour le moment reprogrammé que des cellules relativement jeunes, puisqu'elles avaient au plus quinze mois (neuf mois de grossesse puis huit mois après la naissance). Cette méthode d'obtention de cellules souches embryonnaires semble complètement dépassée en ces temps où les cellules iPS ont largement remporté la mise avec la reprogrammation de cellules prélevées chez des personnes âgées et non seulement chez un très jeune enfant, sans parler de la conversion directe ou transdifférenciation. D'autant plus que pour avoir des cellules iPS, nul n'est besoin d'oocytes humains obtenus dans des conditions que l'on connait * : les donneuses, dont une a donné plus de quinze oocytes, ont reçu entre 3000 et 7000$ dans ce cas précis ; sans compter qu'il s'agit bien de créer des embryons dans l'unique but de les détruire pour en extraire des lignées de CSEH. Ici il a fallu sacrifier plus de 120 embryons pour obtenir six lignées (source ; je n'ai pas refait les calculs)... Les auteurs de l'article eux-mêmes considèrent comme un succès le fait de pouvoir dériver une seule lignée à partir d'un cycle de prélèvement d'oocytes ; allez dire ça aux "donneuses" pour les rassurer !
L'argument principal en faveur du clonage thérapeutique est essentiellement que le processus de reprogrammation serait plus complet et que les nouvelles lignées auraient moins de défauts. Ce n'est nullement démontré à ce jour dans l'article publié par Cell et les auteurs oublient de citer la très récente revue parue dans Nature Reviews Genetics en octobre 2012 montrant que les cellules iPS n'ont pas plus de défauts que les CSEH (j'en ai parlé ici). Et Nature de citer un scientifique : "Honnêtement, le plus surprenant dans cet article c'est que certains font encore du clonage à l'ère des cellules iPS." ["Honestly, the most surprising thing [about this paper] is that somebody is still doing human [SCNT] in the era of iPS cells"].

Ces embryons sont-ils humains ?
Génétiquement il ne fait aucun doute que ces embryons sont humains : tout est humain dans ces expériences, depuis le noyau prélevé sur un enfant jusqu'à l'oocyte. Et pour savoir s'il s'agit bien de clonage et donc d'un embryon à part entière, un petit d'homme, il suffit de repenser à Dolly. C'était bien une brebis comme toutes les autres. Donc aucun doute n'est permis, implantés ou non, ces embryons obtenus par clonage sont autant humains que vous et moi.

* pour ceux qui ne sauraient pas comment on obtient des oocytes je conseille de chercher "ponction folliculaire" sur google. En gros cela consiste à introduire une aiguille à travers la paroi vaginale afin de prélever les oocytes après de lourds traitements hormonaux. Comme l'a drôlement fait remarqué Mary Meets Dolly dans un billet sensationnel "si pour obtenir des spermatozoïdes, il fallait aller les chercher directement dans les testicules avec une aiguille après injection d’hormones, la recherche sur les cellules souches embryonnaires et le clonage serait encore de la science-fiction." Pour les anglophones son billet sur l'article de Cell est ici.

1 commentaire:

vergeronbruno@netcourrier.com a dit…

la question du clonage humain est suffisamment importante pour s'étonner qu'il n'y aiteu aucun commentaires a votre article cette nouvelle fracasse les opinions communément émises par le monde politique et scientifique qui affirment que le clogane humain est techniquement impossible et cesse son cycle de mitoses a la 5è division de la cellule clonée . D'ailleurs pourquoi aurait on fait une loi bioéthique pour reguler le clonage humain si cela n'était pas possible !!??? Par ailleurs , en ce qui concerne l'ame humaine , ce qui la caractérise est qu'elle est individualisée et propre a chaque être humain, clone huùmain inclus , dès sa conception ( c'est à dire apparition de la première cellule humaine indifférenciée : le genome primordial juste avant son cycle de vie , donc de mitoses ou divisions ) Votre phrase expliquant que l'ame est dans le moyau qui va être implanté dans l'oocyte ( ovule enucléé ? )est sans âme , me semble t il puisqu'elle est séparée de l'etre humain duquel elle a été prélevée ( si j'enlève une CSE de ma peau oude ma moelle epinière , une fois extraite elle n'a plus mon âme , n'est pas capable d'intelligence , de volonté , tout juste de memoire genetique de son ADN ) Je me trompe ?