mercredi 18 décembre 2013

Horizon 2020, embryons et cellules souches : un cadre assez contraignant

Conformément à ce qu'ont annoncé certains sites espagnols, l'Union Européenne ne financera pas plus la recherche sur l'embryon humain ou les cellules souches embryonnaires humaines qu'avant, mais pas moins non plus. Un résumé de la situation peut être trouvé ici (en anglais, une source qui a peu de chance d'être favorable aux interdictions). Il s'agit de règles qui s'appliqueront dans le cadre du programme Horizon 2020 qui couvre la période 2014-2020.

- Le principe de subsidiarité s'applique : ne peut être financé dans un pays que ce qui est autorisé par ce même pays.
- Le clonage humain reproductif ne sera pas financé, pas plus que la recherche permettant de modifier l'héritage génétique - en clair on ne peut faire de la thérapie génique que si les modifications ne peuvent pas être transmises.
- Pas de financement pour la fabrication d'embryon à seule fin de recherche.
- Pas de financement s'il y a destruction d'un embryon, y compris pour créer de nouvelles lignées cellulaires. Seules les lignées déjà existantes peuvent êtres utilisées.

Au final : le cadre européen est nettement plus contraignant que la législation française qui autorise la destruction des embryons surnuméraires.

vendredi 6 décembre 2013

Avec de tels arguments, les singes seront des "personnes" dans peu de temps

Qui, du singe ou du fœtus, pourrait devenir une personne juridique aux États-Unis ?

La justice américaine va devoir se prononcer sur la question de savoir si les singes et autres animaux doués d'une certaine forme d'intelligence élémentaire peuvent être considérés comme des "personnes juridiques", et donc avoir les mêmes droits. Il faut savoir que le droit américain considère les animaux comme des choses que l'on "possède" ; il faudrait qu'un juriste le confirme mais j'en déduis que le concept juridique d'animal (être vivant non humain et plus complexe et respectable qu'une plante) n'existe pas en tant que tel, en tout cas pas pour l'aspect qui nous intéresse.

Mais là n'est pas l'objet de ce billet. Je veux plutôt vous parler de ce que la prestigieuse revue Science rapporte à ce sujet (l'article ne peut être lu que par les abonnés). Après avoir longuement décrit la stratégie juridique des promoteurs de ce changement de statut juridique qui concernerait non seulement les singes mais aussi les éléphants, les dauphins, les baleines etc. Pour cela ils s'appuient sur la cas de James Somerset, un esclave noir qui s'est vu reconnu comme "personne juridique" et non plus comme un objet qu'on pouvait posséder en 1762 ; la reconnaissance de ce statut suffit ensuite à le déclarer libre. Passons sur le fait que cela implique de mettre sur le même pied un esclave noir et un singe ou un dauphin ce qui est en soi déjà assez détestable ; ce n'est encore pas de cela que je veux vous parler.

Non, ce qui me sidère c'est la pauvreté des arguments des chercheurs à qui on a demandé leur avis. Un exemple ? "Assigning rights to animals akin to what humans have would be chaotic for the research community" ["donner des droits humains à des animaux serait catastrophique pour la communauté des chercheurs"], déclaration du président de l'Association Nationale de la Recherche Biomédicale. Ou bien celui-ci : "he is concerned that the personhood movement will draw resources away from initiatives to save animals in the wild" ["il a peur que ce mouvement empêche d'accéder aux ressources qui permettraient de sauver ces animaux sauvages"]. Avec des arguments comme ça, ils ont déjà perdu... Je préfère souvent le pragmatisme anglo-saxon à la tendance française qui est le plus souvent de conceptualiser et généraliser mais en l'occurrence, au moins pour cette fois, il vaudrait mieux voir les choses par le grand bout de la lorgnette plutôt que l'inverse. Ne pourrait-on pas raisonner en terme de personnes, d'animaux et des plantes, avec des droits afférents tenant compte des évidentes différences biologique ? Car comme fait remarquer un autre chercheur, après les singes et les dauphins, que se passera-t-il ? Les souris, les rats, les poissons, les drosophiles ? Mais rassurez-vous, les embryons et les fœtus ne seront toujours pas des personnes juridiques et devront se satisfaire de leur statut... qui n'existe pas !

Addendum du 11 décembre 2013
J'avais tort de m'inquiéter et le bon sens a prévalu, au moins pour le moment : les trois premiers procès sont déjà réglés par trois refus ; dans un cas le juge a même refusé d'écouter les avocats (source). Mais les promoteurs de ce statut de "personne juridique" des animaux ne désarment pas et font appel.

jeudi 5 décembre 2013

À voir sur KTO : Science et Foi par Michel Morange


Michel Morange présente rapidement un état des lieux dans le débat entre la Foi et la science. Il est professeur de biologie et d'histoire des sciences à l'ENS, directeur du Centre Cavaillès et membre de l'Académie Catholique de France.

Je retiendrai en particulier le refus de faire intervenir Dieu dans l'évolution à chaque fois que la situation nous paraît trop complexe pour que cela ait pu survenir naturellement. En plaçant Dieu dans nos ignorances nous prenons le risque de devoir le faire bouger si et quand la science donne une explication. Cet argument, le plus puissant qui soit contre l'idée que Dieu est intervenu régulièrement pour "contrôler" l'évolution, est très proche du "Dieu est trop grand pour le mettre dans des trous" de Benoît XVI : "Not as if I wanted now to cram the dear Lord into these gaps: He is too great to be able to find lodgingd in such gaps" (Creation and Evolution, Ignatius Press, San Francisco, 2008, p161).

lundi 16 septembre 2013

La cigale à engrenages

Non ce n'est pas une blague, des chercheurs ont vraiment découvert le premier engrenage naturel fonctionnel, le tout chez la nymphe de la cigale bossue (Issus coleoptratus) ! La preuve en images.

Tout d'abord voici la bestiole en train de sauter :

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Voici maintenant un (très gros) plan sur les pattes arrières au moment du saut (vues de l'arrière) :

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Ce sont les chercheurs Malcolm Burrows et Gregory Sutton du département de zoologie de l'université de Cambridge qui ont fait cette fascinante découverte publiée dans Science jeudi dernier. Cet engrenage permettrait une parfaite synchronisation de la détente des deux pattes arrières pour contrôler l'orientation du saut.
Voici l'engrenage en microscopie électronique à balayage vu de face ; chaque dent de l'engrenage mesure une dizaine de microns, c'est-à-dire un dixième du diamètre d'un cheveu :


Rien d'autre que la bondissante "Chanson de la puce" (qui est chantée par Mephistopheles dans le Faust de Goethe) de Beethoven ne pouvait accompagner ce billet.

samedi 14 septembre 2013

**** L'avènement des cellules iTS : "induced totipotent stem cells"


Totipotentes, pluripotentes, multipotentes, unipotentes: voilà une façon simple de classer les cellules souches en fonction de leur capacité à générer tous, presque tous, plusieurs ou un seul type cellulaire d’un organisme. Les cellules souches dont on parle le plus sont soit pluripotentes comme les cellules souches embryonnaires (CSE) ou les cellules iPS de Shinya Yamanaka, ou bien multipotentes comme les cellules souches de la moelle osseuse. Les cellules pluripotentes sont reconnues au fait qu’elles peuvent donner naissance à tous les tissus embryonnaires mais pas aux tissus extra-embryonnaires.

Maintenant qu’on sait obtenir des cellules pluripotentes facilement grâce aux cellules iPS, un enjeu scientifique majeur consiste désormais à obtenir des cellules totipotentes, autrement dit des zygotes, capables de donner tous les tissus embryonnaires et non embryonnaires. De telles cellules peuvent être obtenues par fécondation bien sûr, mais aussi par transfert nucléaire, aussi appelé improprement « clonage » thérapeutique. Cependant depuis les travaux de Yamanaka, une autre voie s’ouvre aux chercheurs, celle de la reprogrammation de cellules adultes par des facteurs définis. Mais cette reprogrammation n’est qu’imparfaite : les cellules iPS sont équivalentes à des cellules souches pluripotentes mais elles ne sont pas totipotentes (une question déjà évoquée en 2008) – c’est d’ailleurs ce qui en fait une solution très acceptable même pour de pointilleux bioéthiciens.

Les « cellules iTS » : « induced totipotent stem cells »
Certains laboratoires ont déjà réussi à reprogrammer des cellules jusqu’à un état très proche de la totipotence en modifiant leur milieu de culture (voir le billet consacré à ces résultats publiés dans la revue Cell Reports au mois de juin). Cependant cette méthode est très aléatoire et il est difficile de repérer les cellules reprogrammées jusqu’à l’état totipotent. Mais de nouveaux travaux d’une équipe espagnol du CNIO de Madrid publiés cette semaine dans Nature montrent qu’il est très simple d’obtenir des cellules totipotentes si on effectue la même reprogrammation que pour les cellules iPS mais qu’on le fait non plus in vitro dans une boîte de culture mais in vivo, c'est-à-dire dans un animal. Pour cela ils ont généré des souris transgéniques exprimant les quatre facteurs identifiés par Yamanaka sous le contrôle d’un événement inducteur qu’ils pouvaient déclencher à volonté pour produire des cellules iPS dans des souris vivantes. Ils ont ainsi observé la formation de multiples tératomes et même de structures ressemblant à s’y méprendre à des embryons. Et cela a aussi été vu dans des souris parfaitement normales dans lesquelles ils avaient injectées ces cellules reprogrammées dans des souris transgéniques. Ces cellules, que j’appelerai cellules iTS pour la suite de ce billet, peuvent être simplement trouvées dans le sang des souris modifiées génétiquement, rendant l’isolation de ces cellules assez simple.

Aura-t-on des cellules iTS humaines ?
On le sait il existe des différences entre les cellules iPS et les cellules souches embryonnaires ; bien que très bien reprogrammées, les cellules iPS gardent une mémoire de leur origine adulte. Mais dans les deux cas ces cellules ne peuvent plus donner un embryon entier à elles seules, alors que les cellules iTS peuvent le faire. Si donc il n’y a pas d’objection majeure à utiliser des cellules iPS, il n’en sera pas de même avec des cellules iTS humaines. Qu’on se rassure dans l'immédiat : la méthode employée pour générer ces cellules chez la souris n’est pas transposable chez l’homme. Impossible en effet de générer des êtres humains transgéniques exprimant les facteurs de Yamanaka pour faire de la reprogrammation in vivo chez l’homme. Pourrait-on obtenir des cellules iTS autrement ? Sans doute, en identifiant quelques facteurs supplémentaires qui permettraient une reprogrammation totale ; à ce jour ces facteurs supplémentaires sont inconnus mais il ne fait aucun doute que certains labos travaillent d’arrache-pied à les identifier chez la souris et que les résultats seront rapidement exploités chez l’homme. Au rythme où on va on peut parier sans prendre de risque ce sera fait avant 2020, et sans doute bien plus tôt.

Merci à Franz Schubert dont le Winterreise interprété par Dietrich Fischer-Dieskau et Gerald Moore a accompagné l'écriture de ce billet.

jeudi 12 septembre 2013

Trisomie 21, cellules souches et vieillissement prématuré


La trisomie 21 est due à l'existence d’un troisième chromosome 21 au lieu des deux normalement présents dans toutes nos cellules. Ce chromosome est porteur d’environ trois cents gènes et les effets de ce chromosome supplémentaire sont multiples, car chacun des trois cents gènes peut induire un défaut. Cependant on peut espérer traiter certains symptômes liés à des gènes particuliers. Encore faut-il identifier les gènes responsables de ces symptômes (1).
En examinant deux modèles de souris pour la trisomie 21, des chercheurs américains de l'université de Stanford ont identifié un défaut affectant les cellules souches de la moelle osseuse présent dans un modèle et absent dans l’autre. Leur résultats ont été publiés dans la revue Nature hier. Le premier modèle est porteur d’un gène appelé Usp16 présent en trois exemplaires, alors que dans l’autre modèle ce gène n’existe qu’en deux exemplaires. Or ce gène Usp16 est capable de moduler l’expression de nombreux autres gènes ; c’était donc un bon candidat pour expliquer les différences constatées entre les deux modèles de souris. En caractérisant mieux les souris modèles, les chercheurs ont également identifié un défaut dans le renouvellement de cellules souches nerveuses. Ces résultats suggèrent que ce gène contrôle la prolifération des cellules souches qui au lieu de garder leur caractère « jeune » vieilliraient prématurément. Ces observations sont à rapprocher du vieillissement accéléré constaté chez les porteurs de trisomie 21.
On pourrait donc imaginer à terme, même si ce n’est pas pour tout de suite, moduler l’expression de ce gène afin de compenser les défauts de prolifération de certaines cellules souches et corriger peut-être non seulement des symptômes affectant le développement du cerveau mais aussi le vieillissement accéléré.

(1) Une autre solution consisterait à éteindre tout le chromosome supplémentaire, une perspective thérapeutique très différente mais envisagée par une équipe de recherche comme rapporté ici par le blogueur Le Passeur de Sciences.

lundi 9 septembre 2013

Une belle tête de vainqueur pour les IgNobel


Je vous préviens, ce n’est pas sérieux du tout, mais alors vraiment pas du tout. Mais il y a quand même une morale à cette histoire, qui concerne le "djendeur"…

Tout le monde connaît les prix Nobel mais les IgNobels sont moins connus. Ce sont des anti-Nobel, des célébrations de l’esprit loufoque de certains chercheurs. Ils sont décernés chaque années peu de temps avant les Nobel (qui comme chacun sait tombent début octobre) ; ce sera le 12 septembre cette année, donc après après demain. Je ne résiste pas à prendre un peu d'avance en décernant un IgNobel de mon cru aux récents travaux d’une équipe américaine.

Je me lance, mais pour vous, lecteur d’occasion ou régulier, je tiens à préciser que ce billet n’est que très peu représentatif de ce blog et qu'il est encore temps de vous arrêter là… Bref, l’équipe de recherche en question aurait montré que les hommes qui en ont de plus grosses font de moins bons pères que les autres – autrement que ceux qui en ont des petites sont des vrais papas poules... Et ce n’est pas publié dans un petit journal mais dans les « Comptes-rendus de l’académie des sciences » des United States of America, PNAS pour les intimes (Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA). Cet article n’est pas sorti un 1er avril mais aujourd’hui même, ce n’est donc pas une blague :-(

Bref, nos chercheurs es-jevouslaissedevinerquoi ont mesuré la taille des testicules de 70 hommes puis leur ont demandé s’ils étaient de bons pères, ont scanné leurs cerveaux pendant qu’on leur montrait des photos de leurs enfants, et ont demandé l’avis de la mère - oui, parce que quand même, on sait ce que ça vaut l’avis d’un homme sur la question de savoir s’il s’occupe beaucoup des enfants. Et voilà, c’est démontré et prouvé, la taille des testicules est inversement corrélée avec la capacité d’un père à s’occuper de son enfant. Le tout avec un effectif total de 70 hommes.

Et comme ils ne s’étaient pas encore assez ridiculisés à dévoiler leur obsession pour la taille des bijoux de famille à leur âge, voilà-t-y pas qu’ils en appellent à Darwin. Pensez donc mon brave monsieur, toute l’énergie que je mets à en avoir de grosses, je peux pas la consacrer à mes enfants, je ne peux que poussez des hurlements à la Tarzan en poursuivant Jane. En revanche moi qui en ait de toutes petites, j’ai plein d’ardeur pour fabriquer un bac à sable ou une cabane pour mes rejetons (toute ressemblance avec une situation réelle serait purement fortuite bien sûr). Vous trouverez ces fumeuses divagations énoncées (sous une forme plus sérieuse je vous l'accorde) par le dernier auteur de l’article dans la très sérieuse revue de vulgarisation qu’est le New Scientist.

Vous avouerez que tout cela mérite largement un IgNobel. Plus un pour tous les quotidiens qui ont déjà repris l’info, comme les très sérieux Guardian and Independent ; tiens c’est curieux ce sont les deux quotidiens britanniques les plus farouchement scientistes et athées qu’on puisse concevoir qui se laissent berner par des stupidités pareilles. 

J'en arrive à la morale promise : il est quand même curieux que ce soit les mêmes qui s’acharnent à démontrer que les hommes et les femmes sont interchangeables pour tout, et en particulier pour élever les enfants, mais prétendent que la taille des roubignoles de monsieur vont déterminer ses vertus paternelles. On n’est pas sorti de l’auberge !

vendredi 30 août 2013

Science et foi dans la dernière encyclique

D’autre part, la lumière de la foi, dans la mesure où elle est unie à la vérité de l’amour, n’est pas étrangère au monde matériel, car l’amour se vit toujours corps et âme ; la lumière de la foi est une lumière incarnée, qui procède de la vie lumineuse de Jésus. Elle éclaire aussi la matière, se fie à son ordre, reconnaît qu’en elle s’ouvre un chemin d’harmonie et de compréhension toujours plus large. Le regard de la science tire ainsi profit de la foi : cela invite le chercheur à rester ouvert à la réalité, dans toute sa richesse inépuisable. La foi réveille le sens critique dans la mesure où elle empêche la recherche de se complaire dans ses formules et l’aide à comprendre que la nature est toujours plus grande. En invitant à l’émerveillement devant le mystère du créé, la foi élargit les horizons de la raison pour mieux éclairer le monde qui s’ouvre à la recherche scientifique.

Lumen fidei, encyclique écrite à quatre mains par Benoît XVI et François

jeudi 29 août 2013

On a fabriqué un cerveau humain en laboratoire (enfin presque !)


La revue Nature a publié hier deux articles fascinants. Le premier porte sur la formation de « mini cerveaux » in vitro dans un milieu de culture approprié – le deuxième concerne une nouvelle hypothèse sur l’apparition de l’autisme (billet à venir). 

L’équipe de Juergen Knöblich basée à Vienne, d’ordinaire plus connue pour ses travaux sur la drosophile, a frappé un grand coup. Ils ont en effet montré qu’on pouvait mettre en culture des cellules souches embryonnaires (CSE) ou des cellules iPS pour obtenir des structures qui miment un cerveau humain en cours de formation, et ce jusque vers l’âge de neuf semaines après la conception selon leurs observations. Bien sûr ce « mini cerveau » n’est que très partiellement fonctionnel car non alimenté par des vaisseaux sanguins ce qui limite sa taille et induit une importante mort cellulaire à l’intérieur de chaque « structure » qui peut grossir jusqu’à la taille d’un petit pois. Cependant l’organisation interne de ces mini cerveaux et des expériences complémentaires ont permis de montrer que de vrais neurones fonctionnels sont formés dans ces structures. 

Outre que ces « minicerveaux » ont été obtenus à partir de CSE humaines à partir d'une « vieille » lignée isolée dans les années 90 dans le laboratoire de James Thomson (aucun nouvel embryon n’a donc été sacrifié pour ces expériences), ce type de recherche pose-t-il un problème éthique particulier ? De nombreux « organoïdes » plus ou moins fonctionnels ont été obtenus en mettant en culture des cellules souches (intestin, cœur, foie etc) mais le cerveau touche une corde particulièrement sensible. Cependant à ce stade, sachant que ces mini cerveaux ne sont reliés à rien, je ne vois pas de problème majeur. Si un lecteur de ce blogue a un avis différent, merci de me le signaler ! 

D’autre part cela a permis d’émettre une nouvelle hypothèse sur l’origine d’une maladie particulièrement grave, la microcéphalie. En effet des cellules d’un patient atteint de cette maladie ont été reprogrammées en cellules iPS et cultivées comme les cellules souches embryonnaires pour former des mini cerveaux. Sauf que ces mini cerveaux étaient systématiquement plus petits que ceux formés à partir de cellules iPS non malades. D’où l’hypothèse que les cellules souches donnant les neurones se différencieraient trop vite et ne se multiplieraient pas assez. Hypothèse qu’il n’avait pas été possible de proposer à partir des modèles murins de microcéphalie qui ne reproduisent que partiellement (comme souvent) la maladie humaine.

Si cette étude apporte un enseignement intéressant c’est bien l’avancée fantastique que constitue la découverte des cellules iPS qui, au moins pour ce qui est de la recherche fondamentale, remplacent aisément les CSE et permettent de modéliser facilement de très nombreuses maladies, chose qu’il serait très difficile de faire avec des CSE.

vendredi 23 août 2013

"Tout n'est pas à vendre dans la vie"


Clonage humain : qui va en faire ? Pas grand monde aux États-Unis... Surtout pas en Californie où le gouverneur démocrate vient d'opposer son veto au paiement des femmes qui donneraient leur ovules pour la recherche.

Le clonage humain, pour le moment seulement "thérapeutique", a été remis au goût du jour dernièrement grâce aux travaux de l'équipe de Shoukhrat Mitalipov travaillant dans l'Oregon, état où on peut payer les femmes qui donnent leurs ovules pour la recherche. Mais plusieurs obstacles juridiques - amendement Dickey-Wicker,  règles des NIH - se dressent sur la route de ceux qui voudraient reproduire ces résultats (voir ce billet de juin dernier).

Le seul état où cela aurait pu se faire est la Californie grâce à son fameux fond de trois milliards de dollars qui n'est pas fédéral. Mais le California Institute of Regenerative Medicine (CIRM) qui gère cet argent a pour règle de ne pas autoriser les lignées cellulaires issues d'ovules obtenus après paiement des donneuses. Des voix s'étaient élevées pour demander une modification de ce règlement. Mais le gouverneur démocrate de Californie, Jerry Brown, vient d'opposer son veto à une loi autorisant de tels paiements (source : Nature news), disant que "tout n'est pas à vendre dans la vie, et cela devrait rester comme ça" (1). Les chercheurs californiens devront donc travailler uniquement avec des ovules donnés, ce qui est rare vu les paiements accordés par les sociétés privés fournissant une assistance médicale à la procréation.

(1) "Not everything in life is for sale nor should it be".

dimanche 21 juillet 2013

Petit lexique des cellules utilisées en thérapie cellulaire


Il est indispensable de faire le point sur les techniques en cours de développement pour la thérapie cellulaire. De nombreuses confusions sont apparus ces derniers jours tant sur twitter que sur différents sites.

Les cellules souches adultes comme celles de la moelle osseuse ou de la peau et par extension les cellules souches du sang de cordon ombilical, mais aussi celles que l’on trouve dans le lait maternel etc. Elles servent déjà en routine en clinique surtout en ce qui concerne les cellules souches de la moelle osseuse permettant de traiter des leucémies ou des anémies, ou celles de la peau pour les greffes de grands brûlés. Un exploit récent vient d'Italie avec la guérison de six enfants atteints de maladies très graves (voir ce billet).

Les cellules reprogrammées, dites cellules iPS (induced pluripotent stem cells). Découvertes par Yamanaka, le premier essai clinique a été annoncé au Japon moins de sept ans après l’article original de 2006. Près de dix essais sont annoncés (voir ici). Yamanaka a reçu le prix Nobel de Physiologie-Médecine en 2012 pour cette découverte.

La conversion directe (aussi appelé reprogrammation directe ou transdifférenciation). C'est ce dont Mgr d'Ornellas a parlé récemment (tribune publiée dans l'Express le 10 juillet) ; c'est aussi ce qui a fait le tour de twitter la semaine dernière avec des cellules de la peau convertie en cellules du cœur par une équipe japonaise (même si le premier résultat dans ce domaine concernait des neurones et date de 2010 - voir ici). Pour un résumé beaucoup plus complet il y a ce billet écrit y a dix jours. C’est sans doute l’avenir de la thérapie cellulaire, au moins autant que les cellules iPS ou les cellules souches embryonnaires. C'est en tout cas l'avis de Ian Wilmut, le père de Dolly, premier mammifère cloné. Le principe est de transformer une cellule différenciée en une autre cellule différenciée sans passer par la case cellule souche. C’est un avantage majeur car on évite ainsi tous les risques de cancer liées aux cellules souches.  La conversion directe a été réalisée, entre autre, pour des cellules du sang, des neurones, des cellules beta du pancréas, des cellules de Sertoli (testicules), muscle lisse, muscle squelettique, cellules souches de neurones. Aucun essai n'est encore en cours car les découvertes sont trop récentes.

Les lignées de cellules souches embryonnaires déjà établies. Elles ont été dérivées à la fin des années 90 à partir d’embryons. Ce sont par exemple toutes les lignées autorisées aux Etats-Unis sous la présidence de George Bush. Travailler avec ces cellules n'implique par de nouvelle destruction d'embryon.

Les cellules d’origine fœtales. Elles sont prélevées sur des fœtus suite à un avortement thérapeutique. Actuellement des essais cliniques sont en cours en utilisant des cellules nerveuses.

Recherche sur l'embryon : dérivation de nouvelles lignées de cellules souches embryonnaires. Elles supposent la plupart du temps* la destruction d’embryons, qu’il soient « surnuméraires » ou créées directement pour la recherche. Le premier essai clinique lancé par Geron a été abandonné et Geron ne pratique plus aujourd’hui ce type d’expérience. Mais un essai a été lancé depuis par ACT.

* On peut en théorie ne prélever qu’une cellule et avoir un embryon encore implantable ; c’est ce qu’on fait lors du diagnostic préimplantatoire. Mais il est peu probable que c’est ce que feront les chercheurs. Ce pourrait cependant être une solution de moindre mal.

vendredi 19 juillet 2013

La famille nombreuse est le creuset de l'écologie humaine

Quand famille nombreuse et écologie humaine font bon ménage

Yves Cochet a déclaré il y a quelques années que pour sauver la planète il faudrait faire la « grève du troisième ventre ». Qu'en termes élégants ces choses là sont dites ! Mais cette idée est bien vieille. On pense bien entendu à Malthus et ses théories sur les ressources qui ne font que s’additionner quand les personnes se multiplient. Une organisation quelconque aurait démontré récemment qu’on ferait mieux de promouvoir la pilule, ça coûterait beaucoup moins cher que tous les programmes d’énergie renouvelable, etc. (comme si les fortunes dépensées en Grande-Bretagne pour l’éducation sexuelle avait baissé d’un iota le nombre des adolescentes enceintes…). Mais tout ça, c’est du réchauffé de théories déjà exprimées dans les années 70. Un manuel d’écologie publiée en 1974 faisait l’apologie des augmentations d’impôts pour les familles nombreuses (Paul Duvigneaud, La synthèse écologiste: populations, communautés, ecosystèmes, biosphère, noosphères, Doin, Deren et Cie, 1974, Paris) ; M. Cochet a encore des choses à apprendre s’il veut vraiment jouer le rôle du provocateur.

Toutes ces déclarations sont basées sur l’idée qu’une famille avec un ou deux enfants consomme forcément moins qu’une famille nombreuse, avec disons six enfants. Un journaliste du Times s’est amusé à comparer l’empreinte carbone de deux familles types.
Voici le résumé (source il faut désormais être abonné pour lire cet article) :
Les Watsons : Andrew, un acteur et écrivain; Zoé, un médecin généraliste. Un enfant : Polly, 2 ans
Maison : Cinq pièces au sud de Londres
Quatre jours d'ordures : un seul sac. La famille recycle tout ce qui est possible et fait du compost
Lave-linge : deux fois par semaine
Voitures : deux, dont une hybride
Voyages en avion : Un ou deux par an (ils compensent le carbone)
L'empreinte de carbone par an : 9,8 tonnes pour trois personnes soit 3,3 tonnes par personne

Les Braziers : Colin, présentateur de télévision, et Jo, mère au foyer. Six enfants : Edith, 10 ans ; Agnes, 6 ans; Constance, 5 ans ; Gwendolyn, 3 ans ; Kitty 1 an ; John, trois mois.
Maison : Six pièces dans le Hampshire
Quatre jours d’ordures : deux sacs. Le reste est recyclé
Lave-linge : une fois par jour
Voitures : Deux dont un monospace
Voyages en avion : Pas depuis 2005.
L'empreinte de carbone par an : 10,1 tonnes pour huit personnes soit 1,3 tonne par personne

À tous ceux qui me diront qu'une anecdote n'est pas "scientifique" et qu'il faut de la rigueur je citerai une enquête effectuée en 2011 par Ipsos qui dit exactement la même chose : plus la famille est nombreuse moins le bilan carbone personnel est élevé. Et le chiffre d'Ipsos correspond à celui du Times : le bilan carbone d'un célibataire est trois fois plus élevé que celui d'une famille nombreuse (trois enfants pour Ipsos, mais le bilan s'améliorant à chaque nouvel enfant...).

Bref, on se fait une idée bien fausse de ce que consomme une famille nombreuse. J’ajouterai une remarque très simple : une famille nombreuse implique souvent une mère au foyer et donc un seul salaire. Comment pourrait on consommer plus avec moins d’argent ? C'est un mystère que les adversaires des familles nombreuses n'ont toujours pas résolu. D’autre part, si les empreintes carbone des deux familles citées sont similaires, cela signifie que la famille avec un enfant consomme beaucoup plus par personne que la famille nombreuse, près de trois fois plus, une observation confirmée par Ipsos ! On fait donc de l’enfant unique un futur consommateur acharné, quand les autres auront appris à se limiter et à restreindre leur consommation. Encore une anecdote : les enfants de familles nombreuses sont moins bien équipés que les autres, et de loin : pas de téléphone portable, rares consoles de jeux, souvent pas de télévision ni de HIFI haut de gamme et jamais dans les chambres, vêtements servant à plusieurs enfants et portés jusqu’à la rupture. Les maisons sont grandes donc on chauffe au minimum et on met un pull. Les vacances sont souvent résumées à l'envahissement d'une autre maison de famille nombreuse. Évidemment pas d’avion (c'est beaucoup trop cher). Dois-je continuer ?

Nombre d’enfants ou nombre de familles ?
On me répondra que trois ou quatre générations plus loin, le nombre de personne sera resté stable avec des familles à deux enfants mais aura explosé avec des familles nombreuses. C’est vrai, mais moins qu’on le pense. Dans une famille de six enfants, il n’arrive jamais qu’il y ait 36 petits enfants : certains n’ont pas d’enfants, d’autres en ont moins que leurs parents, etc. De sorte que l’augmentation n’est finalement pas aussi impressionnante que ne voudrait le faire croire les avocats de la famille de deux enfants. D’autre part, c’est en nombre de familles qu’il faut raisonner et non en nombre de personnes puisqu’une famille nombreuse ne consomme pas plus, voire moins, qu’un famille avec un ou deux enfants.

Dans les familles nombreuses, la décroissance se vit à chaque naissance
Enfin, dans un cas on aura des personnes habituées à consommer énormément grâce à des revenus qui permettent de satisfaire tous les caprices. Les enfants gâtés que l'on voit partout, équipés d'une console de jeu portable dès l'âge de cinq ans, d'un iPod dernière génération à huit ans et d'un iPhone avant quinze ans fera un parfait consommateur pavlovien incapable de ne pas remplacer son gadget acheté pourtant à grands frais moins d'un an plus tôt. Oui, la famille nombreuse est anti-consommatrice, à moins d'avoir des moyens extravagants. Ce sont des adultes et des enfants habitués à faire avec les moyens du bord, à se débrouiller, à ne pas penser que la joie et la bonne humeur nécessitent toujours plus de véhicules, de gadgets électroniques ou de vacances à l’autre bout du monde. C’est une question de comportement, et ça ne s’apprend pas dans le cadre d’une petite famille avec beaucoup de moyens. Je souhaite bien du plaisir aux avocats de la décroissance. Ils ont raison sur le fond, mais c’est presque impossible à mettre en œuvre quand on a des revenus largement supérieurs aux besoins réels. Dans les familles nombreuses, la décroissance se vit à chaque nouvelle naissance.

Et les retraites ?
Enfin, avec un système de retraite par répartition, il faut des enfants. Les trop rares familles nombreuses en France ne suffisent pas à assurer le renouvellement des générations, même si on s’en rapproche. Donc je me demande bien qui va payer les retraites dans vingt ou trente ans. L’immigration ? Comme s’ils venaient en France pour payer les retraites des p’tits blancs qui ne veulent plus avoir d’enfants… (cette idée, je l'ai piquée à mon frère ; je lui dois bien une reconnaissance officielle). Autre solution : la retraite par capitalisation. Outre qu’avec la récente et toujours actuelle crise mondiale, ce modèle a du plomb dans l’aile, il serait assez savoureux qu’au nom de l’écologie on devienne capitaliste. Je ne prétends pas résoudre le problème des retraites, je constate juste que plusieurs personnes m’ont déjà fait la remarque que mes enfants payeront leur retraite. À leur place, je n’en serais pas si sûr…

La charité mise en pratique
Enfin il y a une autre évidence qui rentre dans le cadre plus large de l'écologie humaine : la solidarité - je devrais dire la charité - entre les membres d'une famille. Entre parents et enfants cela va de soi quelque soit la taille de la famille. Mais entre frères et sœurs, entre oncles et tantes et neveux et nièces, grands-parents et petits enfants ? Cela existe dans la plupart des familles mais les familles nombreuses offrent des combinaisons à l'infini. La Chine, avec sa politique de l'enfant unique a un problème au moins aussi grave que son déséquilibre homme-femme : celui de l'adulte totalement isolé n'ayant plus personne de sa famille. Qui viendra le visiter, lui ou le couple égoïste qui n'a jamais voulu s'embêter avec des enfants, lorsqu'ils seront vieux et malades ? La famille, que le gouvernement actuel attaque systématiquement est le meilleur garant de la charité entre les générations.

PS : Mise à jour d'un billet publié en 2010.

dimanche 14 juillet 2013

La "conversion directe" pour réparer un cœur brisé


Lors d’une crise cardiaque, c’est en moyenne un milliard de cardiomyocytes (cellules musculaires du cœur) qui meurent. À long terme cela peut entrainer une insuffisance cardiaque fatale. Une solution pour restaurer un fonctionnement normal du cœur pourrait consister à remplacer les cellules mortes par "conversion directe".

La thérapie cellulaire apporte l’espoir de réparer un cœur malade en remplaçant les cellules mortes. Pour cela il existe plusieurs solutions utilisant les propres cellules souches cardiaques du patient ou les cardiomyocytes dérivés de cellules souches pluripotentes - cellules souches embryonnaires (CSE) ou cellules iPS. Cependant une nouvelle possibilité commence à émerger sous la forme de la "conversion directe" aussi appelée transdifférenciation ou reprogrammation directe. Cela consiste à transformer une cellule différenciée – par exemple de la peau - en une autre cellule différenciée : neurone, cardiomyocyte, cellule du sang etc, sans passer par une étape de cellule souche. Cela présente l’avantage majeur d’éviter les risques cancéreux liés aux cellules souches pluripotentes (iPS ou CSE). C’est cette possibilité qui fait l’objet d’une revue publiée le 8 juillet dans le dernier numéro de Nature Medicine. Appelées iCM pour « induced cardiomyocytes » ces cellules pourraient bien être la meilleure solution pour remplacer les cellules perdues suite à une crise cardiaque.

Le premier article rapportant une conversion directe de fibroblastes cardiaques en iCM avait permis d’identifier trois facteurs clés (voir une recension ici sur ce blog). Ce résultat fut un temps remis en cause par une autre équipe mais rapidement confirmé par plusieurs autres laboratoires. Si à ce jour la différenciation de cellules souches pluripotentes en cardiomyocytes est plus efficace que la conversion directe, les auteurs se montrent confiant dans la capacité des chercheurs à améliorer les protocoles qu'ils utilisent. Car il y a un avantage majeur à cette technique, même s’il n’est encore que théorique : introduire les facteurs de conversion directe dans le cœur du patient ce qui permettrait d’éviter les nombreux écueils potentiels d’une transplantation, notamment les risques cancéreux déjà évoqués et liés aux cellules souches. On se rapproche d’ailleurs de pouvoir réaliser cet exploit : un article paru en 2012 dans Nature montre qu’on peut déjà réaliser cela chez la souris, même si l’effet thérapeutique reste mineur à ce stade.

À ce jour, la conversion directe de fibroblastes cardiaques en cardiomyocytes et le traitement de l'insuffisance cardiaque par ce biais est encore à l'état de projet, mais cela pourrait devenir une réalité dans les années à venir. Sans cellules souches.

NB : la conversion directe a été réalisée, entre autre, pour des cellules du sang, des neurones, des cellules beta du pancréas, des cellules de Sertoli (testicules), muscle lisse, muscle squelettique, cellules souches de neurones.

vendredi 12 juillet 2013

***** Des équipes italiennes écrivent une page majeure de la thérapie génique associée à la thérapie cellulaire

Cinq étoiles - du jamais vu ! Si vous ne lisez qu'un article, lisez celui-ci. En anglais, la BBC en parle, mais aussi le Wall Street Journal, le Los Angeles Times, le magazine Sciencenews. En français à 9h du matin, il n'y a qu'ici qu'on en parle... [à 17h le site Futura science a fait un compte-rendu]

Deux articles publiés ce soir dans Science (ici et ) vont faire du bruit : six enfants ont été guéris grâce à une thérapie cellulaire associée à une thérapie génique. Ces articles démontrent qu’on peut prélever des cellules souches hématopoïétiques (CSH, cellules souches du sang trouvées dans la moelle osseuse) chez des patients, les corriger puis les réimplanter et ainsi guérir deux nouvelles maladies, la leucodystrophie métachromatique (LM voir la fiche Orphanet) et le syndrome de Wiskott-Aldrich (SWA voir la fiche Orphanet). La première maladie est due à une accumulation de certains lipides dans les neurones ; elle provoque une hypotonie, des troubles de la marche, une perte de motricité etc ; elle se déclare très tôt et entraine la mort en quelques années. La deuxième maladie est caractérisée par un très faible nombre de plaquettes dans le sang qui peuvent de plus être trop petites ce qui provoque des hémoragies et favorise des infections récurrentes dès la petite enfance.

Dans les deux cas, les cellules souches hématopoïétiques jouent un rôle majeur. Pour la LM, certaines de ces cellules peuvent migrer dans le système nerveux et s’attaquer aux accumulations lipidiques anormales. Pour le SWA, remplacer les cellules souches du sang permettent de retrouver des plaquettes normales. Les chercheurs ont donc isoler les CSH des patients et mis au point une nouvelle méthode de transfection afin de corriger les défauts génétiques chez les cellules de ces patients. Puis les patients ont subi un traitement permettant de détruire leur moelle osseuse avant de remplacer les CSH déficientes par celles qui avaient été corrigées. Un suivi des patients traités jusqu’à trente deux mois après a montré un bénéfice très net : absence de déclenchement de la maladie pour la LM (les patients ont été traités avant l’apparition des symptomes) et très nette amélioration pour le SWA.

Ce qu’il faut retenir
Avant ces articles, la thérapie cellulaire associée à la thérapie génique concernait uniquement les « enfants bulles » qui sont dépourvus de système immunitaire. En exploitant une nouvelle méthode pour corriger les défauts des cellules souches adultes que sont les CSH, les chercheurs et médecins italiens ont pour la première fois traité deux nouvelles maladies par cette méthode. Un authentique tour de force ! 
Faut-il le rappeler, l’Italie n’autorise pas la recherche sur l’embryon. Que cette nouvelle tombe ce soir devrait faire réfléchir. Au fait, le San Raffaele Scientific Institute où sont installées ces équipes a été fondé par un prêtre, Don Luigi Verzé. Anti-science, l'église catholique ?

mardi 9 juillet 2013

RIP Hannah Warren

Hannah Warren, ce nom ne vous dit sans doute rien mais nous avons tous entendu parler de cette petite fille de deux ans qui avait reçu un traitement pionnier en avril : une trachée artificielle fabriquée avec ses propres cellules souches. Elle est décédée il y a peu de complications pulmonaires. Elle restera dans la mémoire collective comme la plus jeune patiente à avoir reçu ce traitement encore expérimental.

L'ère de l'enfant idéal se rapproche


Une nouvelle technique permet de vérifier les chromosomes d'un embryon avant son implantation lors d'une fécondation in vitro.

Connor, le premier bébé dont l’ADN a été vérifié de façon complète avant son implantation, est né récemment. L’ADN a été « vérifié » et non pas séquencé, bien que cela aurait été possible aujourd’hui. Les parents de Connor ne présentaient pas de risque particulier d’anomalie génétique mais voulaient mettre toutes leurs chances de leur coté après plusieurs tentatives sans succès. Les chercheurs ont donc créé treize embryons par fécondation in vitro (FIV). Ils ont prélevé quelques cellules après cinq jours de développement et on ensuite vérifié qu’il n’y avait pas de duplication ou de perte de séquence au sein de chaque chromosome. Trois embryons ont été validés par ce test et l’un d’entre eux a été implanté tandis que les deux autres ont été congelés. L’idée derrière ce test est de réduire les risques de fausses couches qui sont élevés après une FIV : le taux de succès à l’heure actuelle est inférieur à 20%.

Pourquoi il n’y a pas forcément de quoi se réjouir
Ce qu’on sait faire aujourd’hui pour un fœtus âgé de quelques semaines, à savoir séquencer entièrement son ADN, est désormais possible en DPI (diagnostic préimplantatoire) en utilisant cette procédure. L’article du New Scientist comme celui du Guardian notent tous les deux que cela pourrait conduire à la recherche de l’enfant idéal. On entre donc de plain pied dans l’ère de l’enfant choisi pour sa perfection supposée. Mais l’avenir pourrait s’avérer cruel : le séquençage complet d’un génome réserve une multitude de mauvaises surprises et les parents ayant recours à de telles méthodes seront incapables de choisir un embryon : nous sommes tous porteurs de gènes déficients, si ce n’est à l’état homozygote, certainement à l’état hétérozygote (porteurs sains) et il deviendra impossible de faire un choix raisonné lorsque des dizaines, des centaines voire des milliers de paramètres seront en jeux. Les auteurs de ces articles pensent que ce risque est faible car le nombre d’embryons disponibles après un FIV est limité ; en effet on ne peut ponctionner qu’un nombre limité d’ovules après une stimulation ovarienne. Mais qu’adviendra-t-il quand tous les embryons s’avéreront déficients pour une raison ou pour une autre ? Comment fera-t-on ? Sans doute serait-il judicieux de relire Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley.

lundi 1 juillet 2013

Les passeurs d'espérance

D'autres plus connus et talentueux que moi s'y sont essayé ; je pense principalement à Koz et Nicolas Mathey. Comment transformer et faire fructifier la mobilisation massive des manifestations ? Leurs réponses couvraient un large éventail, depuis l'entrisme en politique jusqu'à la participation à différentes associations et autres courants, ainsi qu'une analyse de ce que proposait le cardinal Vingt-Trois. Il manquait cependant à mon sens des éléments clés : la culture et la formation. Toutes les bonnes volontés du monde ne suffiront pas si ces formes d'engagement ne sont pas nourries au lait de la culture, et principalement de la culture chrétienne. 
Pour la suite je vous renvoie à ma tribune publiée par Liberté Politique.

vendredi 28 juin 2013

Trois parents, vraiment ? Plutôt 2,0001

La nouvelle fait le tour de la planète depuis hier : le Royaume-Uni s'apprêterait à autoriser une technique particulière de fécondation in vitro à "trois parents". Décryptage...

La réalité est moins exotique que ce qu'on veut nous faire croire. Une fécondation in vitro normale consiste, comme toute fécondation, en la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule. Dans ce cas particulier des "trois parents", la mère est porteuse d'une maladie génétique affectant une toute petite partie de son patrimoine génétique ; non pas celui contenu dans le noyau mais celui qui se trouve dans les mitochondries, les centrales énergétiques des cellules. Or les mitochondries sont transmises par les mères, c'est-à-dire par l'ovule ; celles du spermatozoïde sont perdues. Afin de ne pas transmettre une telle maladie d'origine mitochondriale on prend un ovule d'une donneuse non malade ; on enlève son matériel génétique nucléaire et on le remplace par celui de la mère porteuse de la maladie. Comme on ne transfère que l'ADN nucléaire, la maladie mitochondriale ne sera pas présente. On féconde ensuite l'ovule avec un spermatozoïde. Du point de vue génétique c'est donc un mensonge de prétendre que l'enfant aura "trois parents", il en aura tout au plus 2,0001... Pour prendre une image simple, cela revient à faire la différence entre une maison et la famille qui l'habite. Certes la maison joue un rôle, mais la famille qui va y vivre sera autrement plus déterminante pour l'atmosphère qui règnera dans ce foyer. J'oubliais le meilleur : cette manipulation n'est pas encore au point chez l'homme.
D'un point de vue éthique, cette technique n'est sans doute ni plus ni moins condamnable que la fécondation in vitro elle-même. Elle n'est qu'une tempête dans un verre d'eau par rapport au clonage thérapeutique ou à la reprogrammation en cellule totipotente dont personne n'a parlé à part ce blog mais qui j'en suis sûr fera un jour réagir tout le monde.

Députés, avant de voter le 11 juillet, tournez vous vers le Japon

Au Japon le dernier comité d'expert qui devait se prononcer à donner un avis positif au premier essai clinique au monde utilisant des cellules iPS (source : Science). Pour démarrer cet essai il ne reste plus que l'autorisation officielle du ministère de la santé dont on dit qu'elle pourrait arriver début juillet. Députés français qui vous apprêtez à chosifier l'embryon, regardez vers le Japon avant de voter...

lundi 24 juin 2013

L'écologie humaine et la médecine : bilan d'un atelier

 
Samedi, j’étais au lancement du courant de l’écologie humaine et j’en garderai un excellent souvenir. J’ai notamment pu rencontrer plusieurs personnes dont je ne connaissais que les écrits, via internet ou twitter. Mais le fait le plus marquant de cette journée aura été les ateliers de réflexion, outre les 10 min de silence dont j'ai déjà parlé. Je me suis retrouvé à une table « médecine » avec sept autres personnes : deux internes encore jeunes, un médecin généraliste (désormais en lien via twitter), une infirmière/enseignante à mi-temps (nos étions déjà en lien sur twitter), deux médecins, l’une d’origine polonaise pratiquant à Paris et l’autre venant de la Martinique et spécialiste des soins palliatifs, et enfin une aumônière laïque en hôpital.
La méthode choisie était simple : chacun devait identifier trois questions ou problèmes concernant à la fois la médecine et l’écologie humaine. Nous avons ensuite regroupé ces questions en grandes catégories. Puis nous avons essayé de proposer des réponses à chacune de ces questions.

Si je devais synthétiser nos travaux, je citerai trois questions très générales :

1) Les principes éthiques
Le constat : Le conseil consultatif national d’éthique ne fait plus son travail ; il n’a jamais défini de principes intangibles et ses avis sont de plus en plus consensuels et en accord avec la majorité probable ou même avec une minorité dans le vent. Son récent avis sur le test de dépistage de la trisomie 21 en est la preuve tragique.
La question : Comment refonder une éthique qui ne dérive pas constamment ?
Les pistes : Si le constat et la question étaient clairs, la réponse l’a été moins ! Il y a ceux, très majoritaires, qui voulaient tout faire remonter de la base, et moi un peu seul qui proposait de créer un Comité fantôme sur la base des ministères fantômes de Grande-Bretagne où l’opposition a son propre ministère chargé de répondre point par point au ministère de la majorité en place. Ce Comité serait aussi multidisciplinaire et diversifié que son grand frère et s’auto-saisirait des mêmes questions. Mais je dois bien avouer que je me suis retrouvé un peu seul… mais d’une façon ou d’une autre il faudra redéfinir des principes intangibles dont la base serait la protection de l’homme de la conception naturelle à la mort naturelle.

2) Guérir le patient et non la maladie
Le constat : Le corps médical est de plus en plus fragmenté en spécialistes qui ne se parlent pas assez et les médecins traitent des maladies au lieu de guérir des patients.
La question : Comment remettre le patient au cœur de la médecine ?
Les pistes : La piste principale proposée a été de s’inspirer des réunions qui se font en soins palliatifs mais aussi dans d’autres structures ; mettre dans une même salle les médecins, les spécialistes, les infirmières, les assistantes sociales, bref tout le personnel hospitalier, pour discuter de chaque patient. On y parle davantage de la personne qu’il faut soigner et plus seulement de sa pathologie. Et, surtout en soins palliatifs, il faudrait davantage s’appuyer sur les proches et le bénévolat.

3) La médecine dans un contexte mondialisé
Le constat : en France on a une médecine de luxe et on parle du problème du transhumanisme quand dans d’autres parties du monde on meurt de tétanos, de diphtérie, de diarrhées et tout simplement de l’eau du puits qui n’est pas filtrée.
La question : Comment éviter cette médecine à deux vitesses ?
Les pistes : Il faudrait proposer une médecine du bien commun, par opposition à une médecine du désir ou du bonheur. Ceci permettrait de limiter le désir de toute puissance médicale et de davantage sensibiliser le patient européen aux problèmes qui peuvent se poser dans les pays moins bien lotis.

Un constat personnel
Je rajouterai une constatation personnelle : l’éthique du chercheur et celle du médecin sont très différentes. Le médecin peut être confronté à des dilemmes éthiques quotidiennement, ce qui n’est pas le cas du chercheur ; ce dernier peut passer toute sa vie dans un laboratoire sans jamais avoir à résoudre le moindre problème éthique. C’est pourquoi le chercheur est sans doute plus tenté par une définition simple des grands principes alors que le médecin aura besoin d’une éthique « de tous les jours ». Il faudra trouver une solution pour réconcilier les deux.

dimanche 16 juin 2013

Pourquoi faut-il absolument signer la pétition "L’un de nous" ?


La nouvelle du jour bien sûr c'est que le gouvernement a décidé que l'embryon humain venant de gagner quatre mois de sursis il était temps de le condamner à la peine de mort. 
Que faire ? D'abord signer la pétition européenne "L'un de nous".

Il y a quatre arguments essentiels pour signer cette pétition :
1) Le gouvernement vient de remettre sur la table son projet de loi d’autoriser la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires. Mais il est tout à fait possible de faire appel à la législation européenne pour diminuer la portée d’une telle loi.
2) La pétition « L’un de nous » consiste à pouvoir exiger une réévaluation de la politique européenne en matière de financement de la recherche sur l’embryon. Si les financements européens sont bloqués, il sera difficile de faire ces recherches avec les seuls fonds nationaux.
3) La Cour de justice de l’Union européenne a déjà interdit de breveter les découvertes faites à partir des recherches sur l’embryon. Il est donc tout à fait possible de bloquer également le financement de la recherche à l’échelle européenne.
4) La Cour Suprême des Etats-Unis vient de décider à l’unanimité qu’un gène n’était par brevetable. Il serait donc tout à fait logique qu’elle décide que les cellules souches embryonnaires qui sont des produits naturels comme les gènes, soient également non brevetables, suivant ainsi la décision de la Cour de justice de l’Union européenne. Il y aurait alors de plus en plus de raisons de se tourner vers des cellules souches éthiques comme les cellules iPS ou transdifférenciées.

jeudi 13 juin 2013

** Cellules iPS : plus de dix essais cliniques annoncés

J'ai parlé (sur twitter) il y a peu du premier essai clinique à base de cellules iPS qui s'annonce au Japon. Nature biotechnology publie un article sur les essais qui sont annoncés. Surprise, ce n'est pas un, ni trois mais plus de dix essais qui se profilent à l'horizon, dont sept pour 2014-2015 !

Le premier essai sera sans doute celui de Masayo Takahashi du Centre de Biologie du Développement de Kobé au Japon pour tenter de traiter la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Mais c'est désormais plusieurs maladies du sang, la sclérose en plaque, la maladie de Parkinson ou l'épidermolyse bulleuse (une maladie de la peau) qui sont concernées. Le Japon avec trois projets et les États-Unis avec six projets sont à la pointe mais on trouve aussi l'Argentine et Advanced Cell Technology qui poursuit deux lièvres à la fois : les cellules souches embryonnaires humaines et les cellules iPS. Il n'y a hélas aucun pays européen à ce stade.

dimanche 9 juin 2013

**** Le mot "clonage" prend un nouveau sens

 
 Pour la première fois, des chercheurs reprogramment des cellules jusqu'à l'état de totipotence ; le mot "clonage" prend tout son sens...
 
Qui sait ce qu'est vraiment le clonage ? Comme beaucoup d'autres j'utilise ce mot pour désigner l'introduction du matériel génétique d'une cellule plus ou moins différenciée dans un ovule dont on a enlevé le matériel génétique propre, technique appelée clonage mais qu'on devrait appeler "transfert nucléaire" pour être plus exact. En se retrouvant dans cet environnement, le matériel génétique différencié se dé-différencie pour retrouver un état originel et être capable de donner naissance à un nouvel être vivant. Cependant cette copie n'est pas parfaite ; en effet l'ovule apporte avec lui des propriétés qui lui sont propres et ne dépendent pas du matériel génétique introduit. Je pense notamment aux mitochondries, centrales énergétiques de la cellule, qui ont leur propre matériel génétique. Mais aussi à toute une série d'autres éléments qu'il serait trop complexe d'introduire ici. En résumé, cloner, c'est reprogrammer une cellule différenciée en cellule non différenciée totipotente.

Ce qu'on fait en introduisant du matériel génétique dans un ovule, Shinia Yamanaka a réussi à le faire avec seulement quatre facteurs, découvrant ainsi les cellules iPS. Mais ces cellules n'ont jamais été reprogrammées jusqu'au bout : elles devenaient pluripotentes, comme les cellules d'un embryon s'étant développé pendant quelques jours jusqu'au stade blastocyste. Mais elles ne devenaient pas totipotentes, elles ne devenaient pas des zygotes. Ainsi les cellules iPS, comme les cellules souches embryonnaires (CSE) sont incapables de générer les tissus extra-embryonnaires comme le placenta nécessaires à l'implantation d'un embryon. Il n'y a donc pas de problème éthique majeur associé aux cellules iPS. Sauf si... on parvenait à reprogrammer des cellules si bien qu'elles devenaient totipotentes. Un risque déjà évoqué sur ce blog (ici et ).

La jeune revue Cell Reports, petite sœur de Cell, a publié un article qui n'a pas fait grand bruit. C'est pourtant un découverte majeure : en modifiant légèrement le milieu de culture de CSE de souris, les chercheurs ont réussi à isoler des cellules tellement dédifférenciées qu'elles étaient désormais capables de générer les tissus extra-embryonnaires. Elles sont donc devenues totipotentes et très proches d'un zygote, la cellule issue d'une fécondation ou d'un transfert nucléaire (les auteurs de l'article évoquent des cellules au stade morula). Si cela est possible avec des CSE, cela sera possible à n'en pas douter avec des cellules iPS. Et alors pour la première fois on pourra prendre une cellule adulte, la reprogrammer selon la méthode de Yamanaka pour la faire ressemble à une CSE, puis la transformer en cellule totipotente, sans avoir utiliser un ovule et tout son environnement cellulaire exogène. Bref, on aura fait un vrai clonage... Ce n'est pas encore le cas chez l'homme mais nul doute qu'il faut se préparer à un tel résultat dans les années qui viennent.


mercredi 5 juin 2013

Le clonage humain va-t-il faire long feu ?

 
Alors que l'article de Cell annonçant la réussite du clonage humain n'a toujours pas été corrigé, il semble que cette technique, au moins aux États-Unis, ne sera pas utilisée en routine avant longtemps. La source ? Nature...

Le congrès américain reconduit chaque année l'amendement Dickey–Wicker qui interdit l'utilisation de fonds fédéraux pour la recherche sur l'embryon : seules les recherches à partir de certaines lignées de cellules souches embryonnaires sont autorisées. Les NIH (qui gère une partie très importante de la recherche en biologie) interdisent quant à eux la recherche sur les lignées cellulaires issues d'embryons créés seulement pour la recherche. Or les lignées cellulaires issues des embryons clonés tombent bien sûr dans cette catégorie. Les équipes de recherche recevant de l'argent des NIH ne peuvent donc ni confirmer ces résultats ni utiliser ces lignées cellulaires. Pour pouvoir le faire il faut un financement entièrement indépendant des NIH, ce qui inclut les murs, le personnel et tous les appareils. Autrement dit très peu de laboratoires publics. Le seul état où cela pourrait se faire est la Californie grâce à son fameux fond de trois milliards de dollars qui n'est pas fédéral. Mais le California Institute of Regenerative Medicine (CIRM) qui gère cet argent a pour règle de ne pas autoriser les lignées cellulaires issues d'ovules obtenus après paiement des donneuses (1) ; or elles ont reçu entre 3000 et 7000$, donc même les laboratoires californiens indépendants des NIH ne peuvent pas non plus utiliser ces lignées.

Bref seules quelques rares équipes de recherche vont être capables de tenter de reproduire cette technique de clonage (2) ou d'examiner ces nouvelles lignées. Conclusion de George Daley, un des plus grands spécialistes de la recherche sur les cellules souches : "La plupart des laboratoires vont choisir la voie la plus simple et continuer des travailler avec les cellules iPS, à moins que quelqu'un apporte une raison claire et convaincante de changer" (3). Quant à Alexander Meissner qui travaille au Harvard Stem Cell Institute (dont je parle souvent dans ce blog car ils sont parmi les tous meilleurs du monde quand il s'agit de ces questions), il pense que le clonage humain ne répond pas à la question fondamentale de la reprogrammation cellulaire. En effet les lignées issues des embryons clonés sont déjà elles-mêmes des produits dérivés de la reprogrammation du matériel génétique inséré dans l'oocyte. Pour étudier la reprogrammation il faut des oocytes or les donneuses sont rares donc pour faire ce travail il faudra se tourner vers la souris...

(1) cette règle a pour but d'éviter de voir se reproduire ce qui était arrivé dans l'équipe de Woo Suk Hwang où des étudiantes et postdoctorantes avaient été forcées de donner des oocytes contre rétribution financière.
(2) Ce serait possible en Californie avec l'argent du CIRM mais il faudra trouver des donneuses qui acceptent de ne pas être payées
(3) "Most labs will take the path of least resistance and continue working with iPS cells unless someone shows that there is a clear and compelling reason to change course."

samedi 1 juin 2013

Dans la lettre mensuelle de Gènéthique

La dernière lettre mensuelle de Gènéthique est sortie. Elle contient un entretien avec Grégor Puppinck, directeur du centre européen pour la loi et la justice (ECLJ). Et un autre avec votre serviteur qui commente les récentes annonces sur le clonage humain et un essai clinique avec des cellules souches embryonnaires humaines.

vendredi 31 mai 2013

Cellules souches embryonnaires et cellules iPS : l’avis des spécialistes


Marc Peschanski (et co-auteurs)
« Les cellules souches embryonnaires humaines sont sujettes à des instabilités chromosomiques, ce qui pourrait limiter leur utilité clinique »
Revue Journal of Clinical Investigation, février 2012.

Shinya Yamanaka, Prix Nobel de Physiologie-Médecine 2012, découvreur des cellules iPS
« Nous prédisons un avenir radieux aux cellules iPS à l'hôpital et dans les laboratoires »  
Revue Development en mai 2013 
« Est-ce que les cellules souches embryonnaires représentent véritablement le contrôle idéal ou l'étalon-or pour les cellules iPS ? Je pense que la réponse est probablement non. Au lieu de cela, les futures études devraient se concentrer sur la capacité des cellules iPS elles-mêmes à former de nouveaux tissus ou organes (... ). Je crois que la technologie des cellules iPS est maintenant prête pour de nombreuses applications, y compris les thérapies par cellules souches. »
Revue Cell Stem Cell en juin 2012

Chris Mason, expert en médecine régénérative, thérapie cellulaire, University College London 
« Les cellules iPS ont le vent en poupe, il y a beaucoup de financement et de très nombreux chercheurs influents. »
Entretien avec la BBC, mai 2013

 James Thomson, le premier à isoler des cellules souches embryonnaires humaines en 1998.
« Quelques soient les méthodes d'analyse, [les cellules iPS] sont les mêmes que les cellules souches embryonnaires (...) Dans quelques années les cellules souches embryonnaires seront considérées comme une bizarrerie historique dans une note de bas de page. »
Chambre des Lords britannique en 2008  
« Fabriquer des cellules souches embryonnaires humaines est un cauchemar. Même s’il y a quelques centaines de lignées disponibles, cela n’augmente plus beaucoup. Mais nous avons déjà créé des tas et des tas de lignées de cellules iPS, et nous en créerons d’autres dans des proportions très importantes ».
Nature Report Stem Cells, en août 2008

Rudolph Jaenisch, spécialiste mondiale des cellules souches
« Cela démontre que les cellules iPS ont le même potentiel thérapeutique que les cellules souches embryonnaires, sans les problèmes éthiques et pratiques posés par la création de cellules souches embryonnaires. »
Chambre des Lords britannique en 2008

Martin Evans, Prix Nobel de Physiologie-Médecine 2007 pour son travail sur les cellules souches embryonnaires.
« Les cellules iPS seront la solution à long terme. »
Chambre des Lords britannique en 2008

Ça se passe comme ça avec le Vatican...

Le Los Angeles Times a publié hier un entretien avec Alan Trounson, monsieur cellules souches de la Californie, en charge du fameux programme lancé grâce à un emprunt de trois milliards de dollars. Il raconte qu'il a été invité par le Vatican pour intervenir lors d'une conférence sur les cellules souches. Il envoie le résumé de son intervention ; en le lisant les organisateurs se rendent compte que cela ne collera pas avec le programme (sans doute était-il trop question des cellules souches embryonnaires humaines) et annulent l'invitation. Quelques jours plus tard arrive un chèque du Vatican. "Mais qu'est-ce que c'est que ce bazar ?" se demande l'agent comptable. Il appelle à Rome - Réponse "C'est pour le dérangement"...

jeudi 23 mai 2013

La com' d'ACT et de Lanza sur le dos de l'annonce du clonage humain

 
Vous l’avez peut-être entendu, les cellules souches embryonnaires humaines (CSEH) auraient rendu la vision à un homme au point qu’il pourrait désormais conduire. La société ACT (Advanced Cell Technology) a annoncé ce résultat dans un communiqué de presse le 16 mai. Cette société a lancé le deuxième essai clinique utilisant des CSEH au monde ; le premier, lancé par Geron, a été abandonné. Cet essai clinique de phase I est basé sur la différenciation de CSEH en cellules de la rétine qui sont ensuite injectées dans l’œil afin de corriger des dégénérescences de la rétine associées à la maladie de Stargardt ou à la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

On ne peut que se réjouir pour ce patient qui serait donc la première personne au monde guérie grâce à des cellules pluripotentes de type embryonnaire. Je me réjouis moins bien sûr de l’origine de ces cellules… Mais cela permet d’espérer que d’autres méthodes permettant d’obtenir ces cellules de la rétine, à partir de cellules iPS ou par conversion directe, donneront le même résultat, sans avoir recours à des CSEH.

Bien étrange cependant cette opération de communication au lendemain de l’article sur le clonage humain paru dans Cell. C’est Robert Lanza lui-même, patron d’ACT, qui a fait cette déclaration après avoir été contacté par Reuters pour commenter l’annonce du clonage. Mais le communiqué qui a suivi le lendemain est rempli de précautions : résultat préliminaire qui ne préjuge en rien de la réussite ou non de l’essai et qui aurait dû rester confidentiel, refus de dire quelle maladie (DMLA ou Stagardt) a été soignée, résultat pour un seul patient alors que vingt deux ont été traités etc. On voit donc dans ce communiqué une correction rapide de la publicité gratuite que s’est offerte Lanza. Ce résultat est donc à prendre avec la plus grande prudence à ce stade.

Clonage humain : l'article de Cell remis en cause...



Le cauchemar continue pour les éditeurs acceptant des articles sur le clonage humain. Huit ans après l'affaire de la fabrication complète du papier de Hwang Woo-suk, l'article publié le 15 mai par Cell est remis en cause par des chercheurs faisant un travail bénévole de révision après publication. Ils publient leurs remarques ici. Certaines images sont dupliquées et annotées comme différentes ; de plus il semble que certaines données présentées comme des expériences faites plusieurs fois ne sont en fait que des répétitions avec le même matériel. Science annonce que Cell a lancé une enquête...

Travail éditorial bâclé
Cell aurait bien fait de ne pas accepter l'article en quatre jours, sans doute un record inédit impliquant une précipitation indigne d'une annonce aussi importante. En temps normal il faut au minimum trois semaines et le plus souvent il y a une révision. L'article de Yamanaka annonçant la découverte des cellules iPS dans Cell a pris trois mois pour être accepté. Or c'était une avancée conceptuelle autrement plus importante que le clonage et cela aurait bien davantage justifié une certaine précipitation. Rien de tel ici ce qui est en soi un scandale. Cet article nécessitera donc au minimum des corrections. On n'ose imaginer le pire et une rétractation pure et simple... Je n'ai qu'une explication plausible : d'autres équipes ont obtenu le même résultat et Cell n'a pas voulu être scoopé. Mais dans ce cas il sera difficile de continuer à prétendre que le clonage reproductif ne va pas devenir un sérieux problème. Dans tous les cas, Cell aura à répondre d'un travail bâclé.

Addendum du 23 au soir
Cell se paye le luxe de retweeter ça :

Ce qui est franchement limite (c'est la faute des auteurs...) quand on a accepté un article en quatre jours sans aucune révision... Nature s'y colle aussi et annonce que les auteurs de l'article se défendent en disant que l'erreur est humaine (je caricature à peine) et qu'ils étaient pressés de publier pour pouvoir en parler au prochain congrès sur les cellules souches. Mais cela ne remettrait pas en cause les résultats et il y aura une nouvelle version corrigée.

En résumé : un beau bazar dont ni les auteurs de l'article ni Cell ne peuvent être fiers... Comment peut-on sérieusement faire confiance à de tels chercheurs quand ils vous affirment faire de la recherche éthique sur les embryons ?

samedi 18 mai 2013

Le clonage : le point de vue de l'Église en 2008

 
Extrait de Dignitas Personæ concernant le clonage humain

28. Par clonage humain, on désigne la reproduction asexuée et agamique de la totalité d’un organisme humain afin de produire une ou plusieurs « copies » substantiellement identiques à l’unique progéniteur [47] du point de vue génétique.
 Le clonage est proposé avec deux objectifs fondamentaux: l’un reproductif, c’est-à-dire visant à obtenir la naissance d’un enfant cloné, et l’autre thérapeutique ou de recherche. Le clonage reproductif serait théoriquement en mesure de répondre à certains besoins spécifiques comme le contrôle de l’évolution humaine, la sélection des êtres humains avec des qualités supérieures, la présélection du sexe de l’enfant à naître, la production d’un enfant qui soit la « copie » d’un autre, la production d’un enfant pour un couple souffrant de formes d’infertilité pour lesquelles il n’existe pas d’autres solutions curatives. En revanche, le clonage thérapeutique est proposé come le moyen de produire des cellules souches embryonnaires dotées d’un patrimoine génétique prédéterminé, afin de surmonter le problème de rejet (immuno-incompatibilité) ; il est donc lié à la question de l’utilisation des cellules souches embryonnaires.
Les tentatives de clonage ont suscité une grande préoccupation dans le monde entier. Plusieurs organismes au niveau national et international ont exprimé des jugements négatifs sur le clonage humain et, dans la plupart des pays, il a été interdit.
Le clonage humain est intrinsèquement illicite dans la mesure où, en portant à l’extrême le caractère négatif du jugement éthique relatif aux techniques de fécondation artificielle, au plan éthique, il entend donner origine à un nouvel être humain sans aucun lien avec l’acte de don réciproque entre deux époux et, plus radicalement, sans aucun lien avec la sexualité. Cette situation suscite des abus et des manipulations qui portent gravement atteinte à la dignité humaine [48].

29. Si le clonage avait un but reproductif, on imposerait au sujet cloné un patrimoine génétique déjà fixé, en le soumettant de fait - comme cela a été dit - à une forme d’esclavage biologique de laquelle il pourrait difficilement s’affranchir. Le fait qu’une personne s’arroge le droit de déterminer arbitrairement les caractéristiques génétiques d’un autre, est une grave offense à sa dignité et à l’égalité fondamentale entre les hommes.
L’originalité de chaque personne dérive de la relation particulière entre Dieu et l’homme dès les premiers instants de son existence. Ceci oblige à en respecter la singularité et l’intégrité, y compris aux plans biologiques et génétiques. Chacun d’entre nous rencontre dans l’autre un être humain qui doit son existence et ses caractéristiques propres à l’amour de Dieu, dont seul l’amour entre les époux constitue une médiation conforme au dessein du Créateur et Père céleste.

30. Le soi-disant clonage thérapeutique est encore plus grave au plan éthique. Créer des embryons dans le but de les supprimer, est totalement incompatible avec la dignité humaine, même si l’intention est d’aider les malades, car cela fait de l’existence d’un être humain, même à son stade embryonnaire, rien de plus qu’un moyen à utiliser et à détruire. Il est gravement immoral de sacrifier une vie humaine dans un but thérapeutique.
Les objections éthiques soulevées par plusieurs personnes contre le clonage thérapeutique et contre l’utilisation d’embryons humains produits in vitro, ont amené des scientifiques à rechercher de nouvelles techniques, qui sont présentées comme capables de produire des cellules souches de type embryonnaire, sans que cela présuppose cependant la destruction de véritables embryons humains [49]. Ces propositions ont suscité beaucoup d’interrogations au niveau scientifique et éthique, notamment en ce qui concerne le statut ontologique du « produit » ainsi obtenu. Tant que ces doutes ne sont pas clarifiés, on doit tenir compte de ce qu’a déjà affirmé l’Encyclique Evangelium vitae: « l'enjeu est si important que, du point de vue de l'obligation morale, la seule probabilité de se trouver en face d'une personne suffirait à justifier la plus nette interdiction de toute intervention conduisant à supprimer l'embryon humain »[50].

Notes   [47] En l’état actuel des connaissances, les techniques mises en oeuvre pour réaliser le clonage humain sont au nombre de deux: la fission gémellaire et le transfert du noyau. La fission gémellaire consiste dans la séparation artificielle de cellules ou de groupes de cellules à partir d’un embryon, au cours des premières phases de son développement, et dans le transfert successif de ces cellules dans l’utérus dans le but d’obtenir, de manière artificielle, des embryons identiques. Le transfert du noyau, ou clonage proprement dit, consiste dans l’introduction d’un noyau prélevé d’une cellule embryonnaire ou somatique dans un ovocyte préalablement énucléé, suivie de l’activation de cet ovocyte qui, par conséquent, est amené à se développer comme un embryon.   [48] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum vitae, I, 6 : AAS 80 (1988), 84 ; La Documentation catholique 84 (1987), p. 354 ; Jean-Paul II, Discours aux Membres du Corps Diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège (10 janvier 2005), n. 5: AAS 97 (2005), 153 ; La Documentation catholique 102 (2005), p. 113.
   [49] Les nouvelles techniques de ce genre sont, par exemple : la parthénogenèse appliquée à l’homme, le transfert  d’un noyau altéré  (Altered Nuclear Transfer : ANT) et les techniques de reprogrammation de l’ovocyte ( l’OAR -Oocyte Assisted Reprogramming).
  [50] Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitæ, n. 60 : AAS 87 (1995), 469 ; La Documentation catholique 92 (1995), p. 382.
Remarque
Dignitas Personæ est une instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi parue le 8 septembre 2008. Texte complet ici.