jeudi 16 décembre 2010

Les promesses thérapeutiques des cellules iPS

Rappelez-vous, nous sommes en août 2006 et Yamanaka publie un article dans Cell montrant comment on peut reprogrammer n'importe quelle cellule adulte en cellules iPS qui ressemblent à s'y méprendre à des cellules souches embryonnaires. À votre avis, combien aura-t-il fallu de temps à une équipe américaine pour traiter une souris atteinte d'anémie falciforme, autrement appelée drépanocytose qui toucherait 50 millions de personnes dans le monde.

Je résume ce qu'a dû faire l'équipe de Rudolph Jaenisch qui se trouve au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Comprendre les résultats, mettre le protocole au point dans son laboratoire, générer des cellules iPS à partir d'un modèle murin d'anémie falciforme, corriger le défaut génétique à l'origine de la maladie, redifférencier les cellules iPS en cellules souches du sang, et enfin injecter ces cellules dans des souris irradiées au préalable afin d'éliminer les cellules souches du sang porteuses du défaut génétique. Ensuite il a fallu écrire l'article, le soumettre, faire les révisions et qu'il soit finalement accepté par la revue Science (Hanna, J et al 2007. Treatment of sickle cell anemia mouse model with iPS cells generated from autologous skin. Science 318, 1920-1923).

Alors, combien d'années ? Exactement 17 mois ! Autrement dit un temps ridiculement court. Certes cette thérapie n'est pas à ce jour disponible pour l'homme car il faudrait vérifier que les cellules transplantées ne se mettent pas à proliférer, mais la "preuve de concept" est bien là, 17 mois après l'anonce de la découverte des cellules iPS. Quand on connaît le rythme normal de la recherche il faut bien avouer que c'est extrêmement rapide.

Autres applications thérapeutiques chez la souris

Depuis chez la souris les cellules iPS ont permis de traiter l’hémophilie (Xu et al, PNAS, 106, 808), l’infarctus (Nelson et al, Circulation, 120, 408), les lésions de la moelle épinière (Tsuji et al, PNAS, 107, 12704) et le diabète (Alipio et al, PNAS, 107, 13426).Et j'en ai sans doute raté car je n'ai pas fait une recherche systématique. Il faut noter que l'équipe travaillant sur les lésions de la moelle épinière a annoncé la semaine dernière qu'elle avait pu traiter un singe paralysé à l’aide de cellules iPS (Source : pas de publication scientifique à ce jour mais seulement une dépêche de l’AFP).

mercredi 15 décembre 2010

L'inutilité de la recherche sur l'embryon : la preuve par l'intestin

C'est un grand coup qu'a frappé une équipe américaine de Cincinnati en réussissant à reconstituer le développement de l'intestin in vitro. Pour cela ils ont pris des CSEH (cellules souches embryonnaires humaines) et ont réussi à induire leur différenciation en cellules intestinales capables de former un "organoïde" ressemblant à s'y méprendre à un véritable intestin miniature.
Deuxième exploit : la méthode de différenciation mise au point marche aussi pour plusieurs lignées de cellules iPS (cellules souches pluripotentes induites) qui pourront être utilisées en remplacement des CSEH. Cela va permettre notamment de tester des drogues et autres molécules chimiques dans un contexte très proche de ce qui se passe dans l'intestin humain, mais aussi d'étudier dans le détail le développement de l'intestin humain. On pourra également modéliser les maladies affectant des patients en prélevant des cellules de la peau qui auront le même défaut génétique que leurs cellules intestinales. Il faudra ensuite les reprogrammer puis induire leur différenciation selon le protocole établi.

La destruction d'embryons encore inutile
Une fois de plus il n'aura pas été nécessaire de détruire des embryons pour arriver à ce résultat. En effet, tout comme Waksman et Peschanski, l'équipe américaine a utilisé des lignées disponibles depuis longtemps (H1 et H9). Mais ils ont fait beaucoup mieux en montrant que ça marchait aussi avec plusieurs lignées de cellules iPS. 
Ne vaudrait-il donc pas mieux se contenter des lignées de CSEH déjà isolées, plutôt que de vouloir à tout prix en créer d'autres en sacrifiant toujours plus d'embryons ? Certes il s'agirait seulement d'un moindre mal, mais ce serait toujours mieux que ce qui se prépare.

mardi 14 décembre 2010

L'inutilité de la recherche sur l'embryon

Il y a un an toute la presse française (celle qui a été incapable de rapporter des découvertes autrement plus impressionnantes comme celles des cellules iN ou iCM) a célébré un article. Il s'agissait de la mise au point d'un système de peau artificielle créée à partir de cellules souches embryonnaires humaines (CSEH ; voir les détails ici). On peut légitimement penser que les lignées de CSEH utilisées ont été isolées à partir d'embryons sacrifiés en France puisque cela est autorisé.

Il n'en est rien : les résultats ont été obtenus avec les lignées H9 et SA01 qui sont toutes deux disponibles depuis longtemps. Autrement dit pour le seul titre de gloire de la recherche française sur les CSEH, il n'aura servi strictement à rien que la loi française autorise le sacrifice d'embryons. On aurait très bien pu se contenter d'un régime à l'allemande où un certain nombre de lignées de CSEH ont été autorisées mais où il est interdit de détruire un embryon à des fins de recherche.

mercredi 24 novembre 2010

God's Philosophers et le mythe de la terre plate

Cela peut vous paraître bizarre mais nombreuses sont les personnes qui pensent que Christophe Colomb est parti en voyage pour démontrer que la terre était ronde. Et qu'au Moyen-Âge on enseignait que la terre était plate. James Hannam consacre peu de temps à cette histoire absurde mais il révèle quelques points intéressants.
Le premier est que ce mythe aurait été inventé à cause de Francis Bacon qui prétendit à tort que certains géographes avaient été brûlés pour avoir dit que la terre était ronde (p35 de l'édition brochée). C'est au XIXe siècle que le mythe de la croyance à la terre plate se répandit, notamment à cause d'une biographie de Christophe Colomb par Washington Irving publiée en 1830. Il y prétendait que Colomb voulait démontrer que la terre était ronde et que l'Église, ses prêtres et son inquisition s'étaient opposés à lui. Quarante ans plus tard presque tout le monde en était convaincu (voir l'article de James Hannam sur son blog). On peut certes trouver quelques rares cas de personnes pensant que la terre était plate pendant l'Antiquité tardive mais la plupart des érudits savaient que la terre était ronde bien avant le Xe siècle.

Une seconde remarque est très simple : le "globus cruciger" utilisé pendant tout le Moyen-Âge pour représenter la domination du Christ sur la terre montre une terre qui est indéniablement ronde et non plate... La première représentation du globe surmonté d'une croix daterait de 423. La photo représente une pièce du temps de l'empereur byzantin Leontius vers 705.

Prochain article : le mythe de la terre au centre de l'univers.

lundi 15 novembre 2010

God's Philosophers

À votre avis à la fin du XIIIe siècle, avait-on le droit de dire que Dieu pouvait avoir créé plusieurs univers ou encore qu'il avait pu créer plus de trois dimensions ?

Une lecture passionnante me tient en haleine ces jours-ci. Il s'agit d'un livre de James Hannam que j'ai découvert grâce au blog de Nature The Great Beyond. Intitulé God's Philosophers, il a été présélectionné avec quelques autres par la Royal Society pour son prix annuel du livre scientifique. Même si un autre a remporté le prix, c'est déjà un exploit d'en être arrivé là. En effet Hannam n'a d'autre prétention que de démontrer que la révolution scientifique qu'on pense pouvoir dater de la Renaissance a en réalité démarré bien plus tôt. On pourrait dire qu'il fait pour la science du Moyen-Âge ce que Gouguenheim a fait pour les traductions des textes grecs, mais il fait en réalité beaucoup plus que cela. Je vous en dirai plus au fil de ma lecture, mais j'encourage les anglophones à se précipiter pour acheter ce livre.
La prochaine fois je vous parlerai de la "terre plate" et de la "terre au centre de l'univers". Ce n'est pas ce que l'on croit !
James Hannam a un Master du Birkbeck College de l'université de Londres (2003) et un doctorat d'histoire et de philosophie des sciences du Pembroke College de l'université de Cambridge (2008).

J'oubliais : la réponse à la question posée au début est que non seulement on pouvait dire ça mais il était hérétique de prétendre le contraire...

Florilège de la saint Albert

Après avoir été très plate en nouvelles - car je n'oublie pas le débat sur la bioéthique - l'actualité scientifique qui intéresse ce blog est devenue ces derniers jours très intéressante.
Commençons par deux nouvelles dont parle Gènéthique : une victoire de la thérapie génique tout d'abord. Elles sont très rares donc il faut les souligner. Il s'agit de deux enfants qui semblent guéris d'une grave maladie, le syndrome de Wiskott-Aldrich qui touche les cellules sanguines. Comme pour les "enfants bulles", ils ont pu être traité en modifiant génétiquement leurs propres cellules souches de la moelle osseuse qui ont ensuite été réimplantées. C'est donc autant une victoire de la thérapie cellulaire que de la thérapie génique. Et une démonstration que pour les cellules sanguines au moins on peut se passer des cellules souches embryonnaires.
La deuxième nouvelle concerne une étude chez la souris montrant qu'on peut compenser un déficit musculaire avec des cellules souches musculaires prélevées chez une autre souris. Les chercheurs insistent beaucoup sur le fait que ces cellules ont permis une récupération musculaire qui a duré toute la vie des souris ainsi traités. Le seul hic : la vie d'une souris n'est pas très longue comparée à celle d'un homme.
Autre information : la tenue du premier colloque européen sur les cellules souches mésenchymateuses à Toulouse du 18 au 20 novembre. Ces cellules souches dont on parle moins sont également trouvées dans la moelle osseuse, comme les cellules souches du sang, ou dans les tissus adipeux. Elles sont donc facilement accessibles et ont de nombreuses fonctions : elle participent au maintien des cellules souches du sang et peuvent se différencier en de nombreux tissus : os, cartilages, cellules adipeuses etc. Elles pourraient même donner des cellules vasculaires, neurales ou cardiaques. Des essais cliniques sont actuellement en cours, y compris en France, pour le traitement de l'arthrose du genou ou de la rupture des ligaments croisés notamment. Source : Journal du CNRS, nov 2010.


Pour vivre 100 ans...
...vivez dans une grotte obscure comme le protée Proteus anguinus, petit amphibien aveugle, blanc et pour tout dire assez laid aussi surnommé le "poisson humain". Mais c'est un modèle très intéressant pour l'étude du vieillissement car aucun des mécanismes permettant de vivre plus longtemps identifiés à ce jour ne semblent à l'œuvre chez cette étrange bestiole. Les premières données sortent d'un centre d'élevage du CNRS créé en 1952 à Moulis dans l'Ariège.

dimanche 14 novembre 2010

DISCOURS DU PAPE BENOIT XVI AUX PARTICIPANTS A L'ASSEMBLEE PLENIERE DE L'ACADEMIE PONTIFICALE DES SCIENCES
Jeudi 28 octobre 2010

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureux de vous saluer, vous tous ici présents, alors que l’Académie pontificale des sciences se réunit pour son assemblée plénière afin de réfléchir sur le thème: «L’héritage scientifique du XXe siècle». Je salue en particulier Mgr Marcelo Sanchez Sorondo, chancelier de l’Académie. Je profite également de cette occasion pour rappeler avec affection et gratitude le professeur Nicola Cabibbo, votre regretté président. Avec vous tous, dans la prière, je confie sa noble âme à Dieu, Père de miséricorde.
L’histoire de la science au XXe siècle a connu des conquêtes indiscutables et de grands progrès. Malheureusement, l’image populaire de la science du XXe siècle est parfois caractérisée différemment, de deux façons extrêmes. D’une part, la science est considérée par certains comme une panacée, démontrée par les résultats importants qu’elle a obtenus au siècle dernier. En effet, ses innombrables progrès ont été tellement déterminants et si rapides qu’ils semblaient confirmer l’opinion selon laquelle la science pourrait répondre à toutes les interrogations liées à l’existence de l’homme et même à ses plus hautes aspirations. D’autre part, certains ont peur de la science et s’en éloignent à cause de certains développements qui font réfléchir, comme la construction et l’utilisation terrifiante d’armes nucléaires.
Il est certain que la science n’est définie par aucun de ces deux extrêmes. Son devoir était et demeure une recherche patiente et toutefois passionnée de la vérité sur l’univers, sur la nature et sur la constitution de l’être humain. Dans cette recherche, il y a eu de nombreux succès et des échecs, des victoires et des reculs. Les développements de la science ont été aussi bien exaltants, comme lorsqu’ont été découverts la complexité de la nature et ses phénomènes, qui ont dépassé nos attentes, qu’humiliants, comme lorsque certaines des théories qui auraient pu expliquer ces phénomènes se sont démontrées une fois pour toutes uniquement partielles. Néanmoins, même les résultats provisoires représentent une réelle contribution en vue de dévoiler la correspondance entre l’intellect et les réalités naturelles, sur laquelle les générations successives pourront se fonder pour poursuivre leurs développements.
Les progrès accomplis dans la connaissance scientifique au XXe siècle, dans toutes ses diverses disciplines, a conduit à une conscience résolument accrue de la place que l’homme et cette planète occupent dans l’univers. Dans toutes les sciences, le dénominateur commun continue d’être la notion de l’expérimentation comme méthode organisée pour observer la nature. Au cours du dernier siècle, l’homme a certainement accompli davantage de progrès — sans doute pas toujours dans sa connaissance de lui-même et de Dieu, mais assurément dans sa connaissance des microcosmes et macrocosmes — qu’au cours de toute l’histoire précédente de l’humanité. Chers amis, notre rencontre ici aujourd’hui est la preuve de l’estime de l’Eglise pour la recherche scientifique constante, et de sa gratitude pour les efforts scientifiques qu’elle encourage et dont elle tire profit. De nos jours, les scientifiques eux-mêmes apprécient toujours plus le besoin d’être ouverts à la philosophie s’ils veulent découvrir le fondement logique et épistémologique de leur méthodologie et de leurs conclusions. Pour sa part, l’Eglise est convaincue que l’activité scientifique bénéficie en fin de compte de la reconnaissance de la dimension spirituelle de l’homme et de sa recherche des réponses ultimes qui permettent la reconnaissance d’un monde qui existe indépendamment de nous, que nous ne comprenons pas entièrement et que nous ne pouvons comprendre que dans la mesure où nous percevons sa logique intrinsèque. Les scientifiques ne créent pas le monde; ils apprennent des choses sur lui et tentent de l’imiter, en suivant les lois et l’intelligibilité que la nature nous manifeste. L’expérience du scientifique en tant qu’être humain consiste donc à percevoir une constante, une loi, un logos, qu’il n’a pas créé, mais qu’il a au contraire observé: en effet, cela nous conduit à admettre l’existence d’une raison toute-puissante, qui est différente de celle de l’homme, et qui soutient le monde. Tel est le point de rencontre entre les sciences naturelles et la religion. Par conséquent, la science devient un lieu de dialogue, une rencontre entre l’homme et la nature, et, de façon potentielle, également entre l’homme et son Créateur.
Tandis que nous nous tournons vers le XXIe siècle, je voudrais vous soumettre deux pensées sur lesquelles poursuivre votre réflexion. Tout d’abord, alors que les résultats toujours plus nombreux des sciences accroissent notre émerveillement face à la complexité de la nature, le besoin d’une approche interdisciplinaire liée à la réflexion théologique qui conduise à une synthèse est toujours plus fort. En deuxième lieu, les progrès scientifiques au cours de ce nouveau siècle devraient toujours être guidés par les impératifs de fraternité et de paix, contribuant à résoudre les grands problèmes de l’humanité, et orientant les efforts de chacun vers le bien véritable de l’homme et le développement intégral des peuples du monde. Les résultats positifs de la science du XXIe siècle dépendront certainement dans une large mesure de la capacité du scientifique à rechercher la vérité et à appliquer les découvertes d’une façon qui aille de pair avec la recherche de ce qui est juste et bon.
Avec ces sentiments, je vous invite à tourner votre regard vers le Christ, la Sagesse non créée, et à reconnaître sur son visage, le Logos du Créateur de toutes choses. En renouvelant mes meilleurs vœux pour votre travail, je vous donne avec plaisir ma Bénédiction apostolique.

lundi 8 novembre 2010

***iBlood

En janvier, je vous ai parlé des cellules iN, ces cellules nerveuses fabriquées à partir de cellules adultes sans passer par un stade cellule souche. En août, ce fut le tour des cellules iCM qui sont des cellules cardiaques directement issues de cellules adultes à nouveau sans passer par des cellules souches. À chaque fois un cocktail de gènes bien précis suffit à induire la transdifférenciation de cellules adultes en autres cellules adultes, avec un avantage majeur : en s'affranchissant du passage par l'état "cellule souche" on évite les risques de cancer liés à la capacité de ces cellules à se diviser sans fin. En effet les cellules fabriquées ici n'induisent pas de tératomes dans des souris immunodéprimées, alors que les cellules souches embryonnaires comme les cellules iPS en induisent.

Aujourd'hui c'est au tour des cellules sanguines, d'où le titre de ce billet. La revue Nature a publié un article d'une équipe canadienne qui a réalisé cet exploit. Et pour la première fois il s'agit de cellules humaines de la peau qui sont transformées en cellules dites "progénitrices", autrement dit un état intermédiaire entre les cellules souches et les cellules différenciées, les cellules progénitrices pouvant donner naissance à plusieurs types de cellules différenciées. Dans l'étude publiée aujourd'hui, les cellules générées à partir de la peau peuvent donner des globules blancs, des globules rouges et des plaquettes. Il a suffit pour cela d'introduire le gène Oct4 (un des quatre facteurs identifiés par Yamanaka) et de baigner les cellules dans un milieu ad hoc.


Les cocktails de gènes, l'avenir de la médecine régénératrice sans cellules souches
C'est désormais trois types cellulaires très différents qu'on peut fabriquer avec un cocktail de gènes chaque fois différent, sans passer par l'étape "cellule souche". Il était donc légitime d'écrire dès janvier : "Nul doute que de nouveaux travaux apporteront de plus en plus de ces cocktails magiques permettant de transformer un type cellulaire en un autre type cellulaire. En bref, c'est un clou de plus dans le cercueil des cellules souches embryonnaires." En France jusqu'à aujourd'hui, presque personne n'en a parlé, à l'exception notable de Pierre-Olivier Arduin dans la lettre Décryptage. La nouvelle d'aujourd'hui a fini par atterrir dans quelques journaux grâce à une dépêche de l'AFP. Mais alors que la révision des lois de bioéthique sera bientôt discutée au Parlement, une telle nouvelle devrait remettre en cause l'utilité de la recherche sur l'embryon.

jeudi 14 octobre 2010

Ce n'est pas une nouvelle

Suite à un commentaire de Nicolas Mathey que je remercie de m'avoir pousser à réagir, je vais en quelques mots dire ce que je pense de l'essai thérapeutique dont tout le monde parle, celui de Geron à base de cellules souches embryonnaires humaines. Ce n'est pas franchement une nouvelle car il est annoncé depuis des années, reporté puis relancé etc. La seule nouvelle c'est qu'un premier patient va enfin être traité dans la première phase, celle qui consiste à vérifier que le traitement n'est pas nocif. Autrement dit pour le moment, on n'est toujours pas plus avancé qu'il y a deux ans... La vraie nouvelle viendra du résultat de cette phase, puis surtout de la suivante, quand on examinera son efficacité. En attendant, l'engouement médiatique est totalement déplacé, au moins pour le moment. Pour mettre les choses en perspective, il y a pas moins de 2002 essais en cours aux États-Unis à base de cellules souches adultes (source).

Quant au traitement lui-même, il s'agit bien de la première tentative d'utiliser des cellules souches embryonnaires humaines. Mais ce ne sont bien sûr pas ces cellules qui sont utilisées, car cela déclencherait presque à coup sûr un cancer. Les chercheurs de Geron ont d'abord induit la différenciation des cellules souches en cellules support de la croissance des neurones. Ils espèrent que ces cellules vont favoriser la régénération de cellules nerveuses permettant ainsi peut-être de réparer certaines lésions de la moelle épinière.

En attendant Geron a fait parler d'elle et sans doute récolté quelques fonds, mais bien malin qui pourra prédire le résultat final à ce stade.

dimanche 26 septembre 2010

"Quand on a bien étudié, on revient à la Foi du paysan breton. Si j’avais plus étudié encore, j’aurais la Foi de la paysanne bretonne."

x

Précision
Maurice Vallery-Radot (auteur de Pasteur, Perrin, 1994, p. 378) écrit que Pasteur, même sans pratique religieuse régulière, était au fond resté chrétien. Mais il pense que cette citation n'est pas de Pasteur : cette phrase serait apparut sans références au lendemain de la mort de Pasteur, dans la Semaine religieuse .... du diocèse de Versailles, 6 octobre 1895, p. 153 et popularisée par le livre de François Bournand, Un bienfaiteur de l'humanité, Pasteur, sa vie, son œuvre, Paris, 1904, p. 262. Le frontispice de ce livre, qui porte la phrase en question, est reproduit dans G.L. Geison, The private science of Louis Pasteur, Princeton, 1995, entre les pp. 242 et 243. Merci à Wikipedia que j'aurais dû consulter plus tôt !

Exit donc Pasteur. Reste une phrase qui me convient très bien.

dimanche 19 septembre 2010

Citation du jour

“If human embryonic stem cell research does not make you at least a bit uncomfortable, you have not thought about it enough.”
James Thomson, le premier à avoir isolé et cultivé des cellules souches embryonnaires humaines.
[Si la recherche sur les cellules souches embryonnaires ne vous dérange pas au moins un peu, vous n'avez pas assez réfléchi]
Source.

dimanche 12 septembre 2010

Précisions sur les cellules souches embryonnaires humaines

Mise à jour du 15-09
- La presse s'est largement fait écho d'un projet de loi déposé aux États-Unis afin de régler la question de l'interprétation de l'amendement Dickey–Wicker. Il y serait affirmé que cette amendement ne concerne que la recherche sur l'embryon - qui serait donc toujours exclue des financements fédéraux - et non les lignées cellulaires dérivées après destruction d'un embryon. Plusieurs autres projets de loi pourraient être déposés. Mais la probabilité qu'un tel projet soit voté avant les élections de novembre est faible : d'une part il n'y a que très peu de temps, d'autre part cette question reste un sujet susceptible de faire perdre ou gagner une élection.
- Pendant ce temps la cour d'appel qui a levé la suspension décidée par le juge Lamberth vient d'être saisie d'une demande de rétablissement de la suspension...

12-09
- Le feuilleton américain continue. La cour d'appel a accepté de lever l'interdiction du juge Lamberth, mais aucune des deux cours ne s'est prononcée sur le fond du dossier. En réalité la cour d'appel n'en est qu'à examiner la validité de la suspension décidée par Lamberth ; pour le moment elle a suspendu la suspension de l'autorisation d'utiliser de l'argent fédéral pour travailler sur les cellules souches embryonnaires humaines (CSEH). La cour d'appel se prononcer sur le fond quant à la question de la validité de la suspension le 20 septembre. Ensuite la bataille pourra continuer sur le fond - à savoir la raison du procès en cours - avec le juge Lamberth. J'oubliais, la question de la suspension peut aller de son coté à la Cour Suprême... Du moins si j'ai bien compris. Qui a dit que nous avions un système judiciaire trop complexe ?

- En attendant, le NIH a décidé de mettre les bouchées doubles d'ici le 20 septembre. Les demandes de financement concernant les CSEH sont prioritaires, sachant que toute demande acceptée peut être financée tant que la décision a été rendue avant l'avis judiciaire.

- Rappel important : travailler avec des CSEH n'implique pas directement la destruction d'embryons car il s'agit de lignées cellulaires établies et propagées sans qu'aucun nouvel embryon ne soit détruit. En revanche il y a une coopération directe à la destruction d'embryons et une incitation à en détruire d'autres pour obtenir des lignées plus performantes ou avec un profil particulier.
Mais il ne faut pas se leurrer : la décision du juge Lamberth n'avait qu'un impact limité pour la survie des embryons : l'argent fédéral ne peut de toute façon pas être utilisé pour des recherches faites directement sur l'embryon (amendement Dickey–Wicker) alors que l'argent privé lui peut de toute façon tout se permettre aux États-Unis, y compris détruire des embryons sans s'occuper des décisions du juge Lamberth.

samedi 11 septembre 2010

**** Le saint Graal des cellules souches du sang ?

Ce titre n'est pas de moi mais d'un commentaire paru avec un article publié hier par la revue américaine Science. Cette nouvelle est passée complètement inaperçue dans la presse francophone : pas une dépêche, pas un article, rien. C'est pourtant une découverte qui pourrait sauver la vie de dizaine de milliers de personnes et révolutionner la thérapie cellulaire, rien que ça. Évidemment, il ne s'agit que de cellules souches adultes et ce n'est pas très à la mode...
À ce jour, le succès majeur de la thérapie cellulaire vient des cellules souches hématopoïétiques (CSH), ces cellules qui se trouvent dans la moelle osseuse et dans le sang et fabriquent le sang avec ses globules rouges, ses globules blancs et ses plaquettes. En 2006 il était estimé que la transplantation de CSH avait déjà permis de sauver plus de 50.000 vies !
Mais le principal problème de cette thérapie est qu'il est très difficile de cultiver les cellules souches prélevées chez un donneur sain pour les multiplier suffisamment avant transplantation. Des greffons restent donc non utilisés lorsqu'on estime qu'ils sont trop pauvres en CSH.

Une découverte majeure grâce à un protocole ambitieux
Les chercheurs américains ont utilisé la force brute pour identifier une molécule susceptible d'induire la prolifération des CSH humaines : pas moins de 100.000 petites molécules chimiques ont été criblées sur des CSH du sang. Après cinq jours de culture en présence de chaque molécule, le nombre de CSH était évalué. L'une d'elles, le StemRegenin1 (SR1) a permis d'induire une multiplication par 17 du nombre de cellules capables d'induire une repopulation durable des CSH chez les souris. Aucun autre traitement connu à ce jour (TAT-HOXB4, TAT-NF-Ya, Notch ligand Deltaext-IgG, pleiotrophin, et angiopoietin-like molecule 2 et 3) ne permet d'obtenir un tel résultat.


Les cellules souches de sang de cordon sont aussi amplifiées
Après avoir travaillé avec des CSH du sang d'adultes, l'équipe de recherche a testé le rôle de SR1 sur du sang de cordon, obtenant une amplification similaire. Or le faible volume du sang de cordon a limité son utilisation à la pédiatrie car on considère que ce volume ne suffit pas pour un adulte. Cela va bientôt changer, rendant urgent la mutiplication des banques de sang de cordon. Faut-il rappeler que la France est très sérieusement en retard dans ce domaine ?
Ne s'arrêtant pas, ils ont cherché à savoir comment agissait SR1 et démontré qu'il bloque un récepteur ("aryl hydrocarbon receptor" aussi appelé AHR) à la surface des cellules, induisant ainsi leur prolifération. On a donc une cible moléculaire identifiée sur laquelle les travaux vont pouvoir désormais se concentrer.

Ce qu'il faut retenir
En découvrant un moyen de multiplier le nombre des cellules souches humaines à l'origine du sang, les chercheurs vont permettre d'utiliser davantage de greffons, voire peut-être d'utiliser le même greffon pour plusieurs patients. On a remarqué que le simple fait d'utiliser les cellules souches de deux cordons ombilicaux améliorait grandement l'efficacité d'une transplantation. Il est facile d'imaginer qu'une multiplication par un facteur 10 du nombre de cellules souches sera plus que suffisant pour rendre le sang de tous les cordons utilisables. Et cela donne du poids aux avocats des transplantations autologues de sang de cordon, rendant réaliste l'idée de stocker le sang du cordon d'un enfant pour qu'il puisse l'utiliser plus tard si nécessaire.
Reste une question majeure : SR1 sera-t-il capable d'induire la différenciation d'autres cellules souches adultes comme celle de la peau ou de l'intestin ? Nul doute que les expériences sont déjà en cours... Et si c'est le cas, je conclurai avec Science qu'ils ont découvert le saint Graal de la thérapie cellulaire. Et cela méritait bien quatre étoiles.

mardi 24 août 2010

Arrêt (provisoire ?) de la recherche sur les cellules souches embryonnaires aux États-Unis

Mise à jour du 09-09
Il n'aura pas fallu 24h à la cour d'appel pour statuer sur la demande de l'administration américaine. Et la décision du juge Lamberth est annulée, le financement fédéral de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines va reprendre. Comme quoi le pessimisme de Nature était injustifié (voir ci-dessous). Et beaucoup ont un peu vite oublié que cela ne concernait que l'argent fédéral, pas celui des états qui est tout aussi public, ni celui du privé ; le titre et le contenu de l'article du Monde sont donc particulièrement faux : la recherche ne s'est jamais arrêtée...


Mise à jour du 02-09
Un vent de panique commence à souffler dans les rangs des chercheurs sur les cellules souches embryonnaires humaines. Dans son éditorial d'hier Nature a pris parti pour la reprise de la recherche comme c'était prévisible. Ce qui l'est moins c'est leur pessimisme sur les chances de voir l'appel gagner : la cour d'appel serait dominer par des juges conservateurs. C'est pourtant bien Bush qui le premier a autoriser ce type de recherche.
Il y a donc désormais une demande de plus en plus forte pour que le congrès modifie l'amendement Dickey–Wicker qui interdit la recherche sur l'embryon humain afin d'exclure la recherche sur les cellules souches embryonnaires de cette interdiction. Nature l'a demandé, tout comme l'Association of American Medical Colleges qui a payé une pleine page dans le Washington Post de demain ; c'est l'équivalent de tous les doyens des facultés de médecine signant le même texte... Mais le temps est compté avant les élections de novembre, et rares sont les politiques qui auront la témérité de s'attaquer à un sujet aussi sensible que celui-ci juste avant une campagne électorale. La décision du juge Lamberth pourrait donc tenir encore un moment.

Mise à jour du 31-08
Comme prévu, le département de la Justice a fait appel aujourd'hui de la décision du juge Lamberth (voir le billet sur le blog de Nature The Great Beyond). Francis Collins, directeur du NIH, a notamment évoqué les 546 millions de dollars déjà investis dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines et qui seraient perdus si les recherches devaient s'arrêter. Un porte-parole du département a quant à lui parlé des millions des malades qui pourraient bénéficier de ces recherches.
Je m'avance sans doute, mais la décision du juge Lamberth a de grandes chances d'être annulée. En effet elle est basée sur l'idée que les sommes dépensées sur les cellules souches embryonnaires humaines empêchaient un financement convenable de la recherche sur les cellules souches adultes. Mais le NIH a pu montré que l'un au moins des deux chercheurs à l'origine de cette plainte n'avait rien reçu du NIH entre 2007 et 2009, à une époque où le NIH ne finançait que peu de projets sur les cellules souches embryonnaires mais avait reçu 425.000$ du NIH cette année. Quant à l'autre chercheur, elle n'aurait tout simplement jamais demandé d'argent au NIH. Il semble donc que le raisonnement qui a conduit à la décision du juge Lamberth puisse être démonté.
On est cependant tenté de faire remarquer que ces 546 millions d'argent fédéral, auxquels il faudrait ajouter les sommes données par les états, les fondations et les entreprises privées, n'ont pour le moment pas abouti à des résultats tangibles.
 


Mise à jour du 30-08
Première conséquence de la décision du juge Lamberth : les projets propres au NIH utilisant des cellules souches embryonnaires humaines (c'est-à-dire seulement 8 sur près de 300 car les autres projets sont effectués dans des laboratoires qui ne dépendent du NIH que pour l'argent qu'ils reçoivent) sont arrêtés à partir du 30 août et jusqu'à nouvel ordre, y compris ceux utilisant les lignées autorisées par Bush.
D'autre part le département de la Justice devrait demander une suspension de la décision dès cette semaine.

Mise à jour du 26-08
Une brève publiée par ScienceInsider fait état d'une rumeur selon laquelle le département de la Justice pourrait désavouer l'interprétation faite par le NIH et considérer que la décision du juge Lamberth s'applique à tous les financements, y compris les projets déjà en cours. Il se pourrait donc que toute la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines financée par des fonds fédéraux soit interdite jusqu'à nouvel ordre.

Mise à jour du 25-08
La décision du juge fédéral Lamberth n'en fini pas de faire des vagues. L'administration a annoncé qu'elle allait faire appel. Et si la question de savoir si les laboratoires pouvaient utiliser les lignées cellulaires autorisées par l'administration précédente (celle de Bush) a été posée, la réponse semble être négative. C'est donc réellement un coup de tonnerre qui a éclaté et une décision emblématique d'Obama qui se retrouve supprimée.
La seule solution pour Obama serait que le congrès supprime le fameux amendement Dickey-Wicker ce qui semblait être prévu à moyen terme. Mais si, comme les sondages le suggèrent, les démocrates perdent les élections en novembre, il y a peu de chance que cela arrive. Reste maintenant à savoir si l'interprétation de cet amendement par le juge Lamberth sera confirmée par d'autres.
 


Mise à jour du 24-08
Un juge fédéral a ordonné l'arrêt immédiat des recherches sur les cellules souches embryonnaires financées par des fonds fédéraux aux États-Unis. Il s'agit d'un jugement sur la forme et non sur le fond. Pour résumer une plainte a été déposée en s'appuyant sur le fait que pour obtenir des cellules souches embryonnaires il faut nécessairement détruire un embryon ce qui va à l'encontre de l'amendement Dickey–Wicker qui interdit la recherche sur l'embryon humain (mais pas sur les cellules souches embryonnaires). Jusque là tout le monde avait fait une différence entre la destruction de l'embryon (interdite) et l'utilisation des lignées qui en dérivait (autorisée). Mais le juge Lamberth considère qu'on pourrait aussi interpréter l'amendement comme interdisant les deux.
Je passe sur les détails juridiques (voir ici pour plus de détails, en anglais). Francis Collins, le directeur du NIH, a déclaré que les projets déjà en cours (environ 200) utilisant des cellules souches embryonnaires humaines pouvaient continuer. En revanche les nouveaux projets (62 étaient en cours d'évaluation) sont suspendus jusqu'à nouvel ordre, tout comme le renouvellement de plus de 20 projets qui devait avoir lieu en septembre. Mais une interprétation différente de la décision du juge fédéral pourrait bloquer la totalité des projets.
Remarque : cela ne concerne ni les recherches faites avec des fonds non fédéraux, ni les cellules souches du sang de cordon ni les cellules souches adultes et autres cellules iPS etc.

dimanche 22 août 2010

*** Reprogrammation par l'environnement cellulaire

Une fois n'est pas coutume, je me contenterai de vous inviter à lire un compte-rendu paru dans Le Monde sur cette découverte qui démontre que des cellules du thymus peuvent être transformées en cellules souches de la peau sans aucun cocktail de gènes, simplement en les transplantant. Cette découverte n'a sans doute pas d'application thérapeutique directe, mais elle souligne une fois de plus la grande plasticité des cellules. Surtout elle montre qu'on peut transformer des cellules souches en un autre type de cellules souches sans modifier leur patrimoine génétique, contrairement à ce qui est fait pour les cellules iPS ou iN ou les récemment publiées cellules iCM (voir billet précédent).
Petite précision : si Yann Barrandon travaille en Suisse, il est français.

" Des chercheurs suisses et britanniques ont produit de la peau en transformant, sans manipuler leurs gènes, des cellules souches provenant du thymus de rat. Dans un article publié mercredi 18 août dans la revue Nature, l'équipe du professeur Yann Barrandon (Ecole polytechnique fédérale et CHU de Lausanne) rapporte y être parvenue en plaçant des cellules thymiques dans un micro-environnement de cellules cutanées (...)
Le thymus joue un rôle majeur dans la construction des défenses immunitaires, à partir de ses cellules épithéliales. Ces dernières sont organisées en un réseau tridimensionnel complexe, sensiblement différent des épithéliums classiques, comme celui de la peau. L'équipe helvéto-britannique a d'abord mis en culture des cellules thymiques épithéliales de rat. Puis elle a transplanté ces cellules chez un rat dans de la peau en développement.
Les cellules thymiques se sont alors transformées de manière irréversible en cellules cutanées, sans qu'il ait été nécessaire d'introduire des gènes contrôlant le destin cellulaire. Cette dernière technique, développée par le Japonais Shinya Yamanaka, est employée pour produire des cellules souches en reprogrammant des cellules adultes (cellules à pluripotence induite dites "iPS"). Mais elle a l'inconvénient de risquer d'induire des tumeurs - un risque qu'il faudra aussi évaluer dans la méthode de l'équipe helvéto-britannique.
Dans l'étude de cette dernière, la transformation des cellules thymiques en cellules de peau résulte de la seule action de l'environnement dans lequel elles ont été placées. Cette transplantation a provoqué d'importants changements dans l'expression des gènes des cellules thymiques.
Les cellules cutanées ainsi obtenues ont de nouveau été mise en culture puis transplantées chez un rat où elles ont effectivement produit une peau normale, avec des cellules épidermiques, des follicules pileux et des glandes sébacées (...)
L'une des questions soulevées par ce travail est de savoir si les cellules épithéliales du thymus pourraient être orientées différemment dans un environnement autre que celui de cellules de peau."

vendredi 6 août 2010

*** Les cellules iCM

Après la reprogrammation inventée par Yamanaka, il y a eu la différenciation directe en cellules nerveuses appelées cellules iN dont j'ai parlé en janvier de cette année. Et maintenant, voilà les cellules iCM qui sont une nouvelle confirmation qu'un cocktail de gènes peut suffire à dédifférencier des cellules (cellules iPS) ou à générer un type cellulaire donné sans repasser par un état dédifférencié (cellules iN et maintenant iCM).
La découverte a été publiée dans la revue Cell hier. Des chercheurs de l'université de San Francisco ont montré que les facteurs de transcription Gata4, Mef2c et Tbx5 suffisent pour transformer des fibroblastes en cellules musculaires cardiaques. Ce qui est nouveau, c'est qu'il n'y a plus besoin de passer par un état intermédiaire en cellules progénitrices du muscle cardiaque ce qui est la voie de développement normale.

Source : Cell
 Détails expérimentaux
Le cœur contient de nombreux fibroblastes et il suffit selon cette étude de forcer l'expression de Gata4, Mef2c et Tbx5 pour induire la transformation de ces fibroblastes en cellules musculaires cardiaques. Cela peut aussi être fait avec des fibroblastes de la peau. Le tout a été réalisé chez la souris et la transplantation de ces cellules iCM dans le cœur d'une souris a montré qu'elles se comportaient comme des cellules musculaires cardiaques.

Un espoir thérapeutique
Du point de vue thérapeutique cette découverte est capitale car les cellules musclaires cardiaques ne se régénèrent pas, empêchant un cœur de se réparer après une crise cardiaque par exemple. Or le cœur est composé à 50% de fibroblastes dont une petite fraction pourrait être transformée en cellules musculaires cardiaques pour faciliter la régénération du cœur. De plus on ne connaissait par les gènes permettant d'induire une différenciation en cellule cardiaque et c'est maintenant fait.

Pourquoi trois étoiles ?
Comme pour les cellules iN, cette découverte est révolutionnaire. D'abord elle confirme qu'on peut trouver un cocktail de gènes pour transformer un type cellulaire en un autre type cellulaire. D'autre part comme pour les cellules iN, on ne passe pas par un état "cellule souche" non différencié. Une propriété des cellules souches est qu'elles se divisent et risquent donc d'induire des tumeurs. Rien de tel avec les cellules iN ou iCM car elles ne passent jamais par un état non différencié. Plus que jamais, cela rend les études de ce type indispensables.
Pas de risque de tumeur et nul besoin de créer un embryon puis de le détruire : des cellules de la peau suffisent. Pendant que l'OPECST recommande de travailler sur des embryons chimères homme-animal, le reste du monde avance...

jeudi 5 août 2010

De la viande clonée dans les assiettes anglaises

Deux taureaux descendant d’une vache clonée aux Etats-Unis ont fini leur vie dans un abattoir britannique et leur viande s’est retrouvée dans les assiettes outre-Manche. Scandale immédiat, les quotidiens apportant chaque jour de nouvelles révélations sur ce "drame". Les enquêteurs cherchent désormais à savoir ce que sont devenus deux autres taureaux et quatre vaches, et surtout si le lait de ces vaches aurait pu être mis en vente. Enfin l’éleveur pourrait devoir abattre 97 jeunes vaches elles-mêmes descendantes d’un des taureaux. Même deux générations plus tard, elles semblent condamnées.

Le grain de sel de la commission européenne

La tempête grandit de jour en jour, impliquant maintenant la commission européenne. La « Food Standards Agency » pense qu’il est illégal de vendre de la viande et le lait de la progéniture de clones en vertu des règlements de la Commission européenne sur les nouveaux aliments. Pendant ce temps des officiels de cette même commission expliquent que la Grande-Bretagne interprète les textes de façon trop stricte.
Au pays de la vache folle et de la fièvre aphteuse, on peut comprendre qu’ils soient sur les nerfs, mais franchement il est beaucoup moins risqué de manger le descendant naturel d’une vache clonée que de manger une vache devenue carnivore – c’est ce qu’on fait en donnant des farines animales à manger aux vaches, pratique à l'origine de la crise de la vache folle.

lundi 2 août 2010

Brèves de vacances

Essai clinique
Depuis un an, le premier essai clinique à base de cellules souches embryonnaires de la société Geron était arrêté. La FDA vient de permettre sa reprise. On suivra bien sûr avec attention cet essai qui vise à traiter des lésions sévères de la moelle épinière. De son coté ATC espère être la suivante à obtenir l'autorisation de la FDA pour un essai sur la dystrophie maculaire de Stargardt en utilisant également des cellules souches embryonnaires (source).

Ambystoma maculatum, salamandre solaire
Je vous ai déjà parlé deux fois de cette limace de mer appelée Elysia chlorotica qui peut se comporter comme une plante grâce à l'assimilation et l'utilisation de chloroplastes issus d'algues qu'elle mange (voir ici et ). L'étonnant bestiaire des animaux faisant de la photosynthèse vient de s'enrichir d'une salamandre, un vertébré donc. Des chercheurs ont découvert que Ambystoma maculatum peut se servir d'une algue unicellulaire qu'elle assimile dans ses propres cellules ; cette salamandre pourrait alors bénéficier de la capacité de l'algue à générer notamment de l'oxygène et de la matière organique. Il ne s'agirait pas seulement d'un relation de type symbiotique qui profite aux deux partenaires : les images de microcopie électronique montrent que l'algue est tout entière à l'intérieur des cellules de la salamandre. Peut-être qu'elle pourra, comme Elysia chlorotica, ne conserver que les chloroplastes et se débarrasser du reste qui est inutile. Source : Nature News.

jeudi 22 juillet 2010

Les chimères de l'OPECST

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a rendu son rapport le 7 juillet. Il y aurait beaucoup à dire sur ce texte qui prône la déréglementation de la recherche sur l'embryon sans aucune restriction ou presque.
Mais ce serait inutile car ce rapport comporte une recommandation ridicule : celle d'autoriser la création d'embryons hybrides animal-humain autrement appelés fort justement chimères ou cybrides (pour cytoplasmic hybrids). L'OPECST a une guerre de retard... À l'heure des cellules iPS et des cellules iN, ils nous refont le coup des hybrides. C'est pourtant dès janvier 2009 que la Grande-Bretagne, seul pays à avoir autoriser cette technique après un débat parlementaire houleux, a enterré les cybrides sans tambour ni trompette pour des raisons purement scientifiques, moins de six mois après avoir autorisé la chose (j'avais rapporté la chose ici). Un mois plus tard Robert Lanza, grand apôtre du clonage et des cellules souches embryonnaires en tant que patron d'ACT, publiait un article démontrant que la technique des cybrides ne marchait pas (voir ici). Finalement en octobre 2009 la dernière équipe britannique a avoir reçu l'autorisation de créer des cybrides jetait l'éponge (voir ici). 
Je mets au défi quiconque d'apporter un argument en faveur des cybrides. En attendant, cela déconsidère le reste du rapport car faire une telle proposition n'est sérieux ni éthiquement ni scientifiquement.

Pour information, voici l'échange retranscrit lors de la présentation du rapport : 
M. Claude Birraux, député, président de l'OPECST, a proposé que l'Agence de la biomédecine présente son rapport annuel de façon solennelle, devant les commissions et/ou l'Office parlementaire, celui-ci pouvant en conduire une évaluation. Il s'est interrogé sur l'autorisation de produire des cybrides.

M. Jean-Sébastien Vialatte, député, rapporteur, lui a indiqué que le procédé des cybrides avait été autorisé après un débat au Royaume-Uni. Il n'est pas très utilisé actuellement et en tout état de cause, les artéfacts produits devaient être détruits au bout de 14 jours, sous condition d'une interdiction absolue de réimplantation.
Remarque : "Il n'est pas très utilisé actuellement" : comprendre qu'il ne l'est pas du tout...

** Dans un monde parfait...

... les cellules iPS auraient été identiques aux cellules souches embryonnaires. C'est du moins ce que beaucoup de gens espéraient, moi compris. Il semble cependant de plus en plus clair que ce ne soit pas le cas. J'avais déjà rapporté (voir ici) des études moins convaincantes mais suggérant la même conclusion.
Deux articles publiés ces derniers jours démontrent en effet que les cellules iPS gardent une mémoire de leur état pré-reprogrammation. Ces études sont signées notamment par George Daley et Rudolph Jaenisch pour l'article de Nature et par Konrad Hochedlinder pour l'article de Nature Biotechnology. Ces articles démontrent que les cellules reprogrammées se souviennent de ce qu'elles étaient avant. Ainsi des cellules sanguines seront plus facilement redifférenciées en cellules sanguines qu'en cellules de la peau par exemple. Ce défaut n'existe pas lorsque la reprogrammation est faite par transfert nucléaire (du clonage pour être clair) mais apparaît lorsque la reprogrammation est faite selon la technique mise au point par Yamanaka en introduisant seulement quatre gènes dans les cellules.

Une trop bonne mémoire épigénétique
La cause de cette différence est à trouver dans la mémoire épigénétique (modification non génétiques du génome) des cellules : la reprogrammation épigénétique est incomplète dans les cellules iPS mais complète quand on a recours au clonage. Ces résultats ont été obtenus chez la souris mais seront probablement vrais aussi chez l'homme.

Faut-il jeter les cellules iPS ?
On pourrait être tenter de revenir au clonage ou à l'établissement de lignées de cellules souches embryonnaires à partir d'embryon après ces publications. Ce serait cependant aller un peu vite en besogne pour au moins trois raisons.
La première est que ce pourrait être paradoxalement un avantage : si on veut obtenir des cellules sanguines, on reprogrammera des cellules sanguines, pour de la peau des cellules de la peau, pour du muscle, des cellules musculaires etc. en profitant du fait que la redifférenciation après reprogrammation sera plus facile. Ce sera cependant un inconvénient pour des types cellulaires moins accessibles comme les neurones.
La deuxième raison est que le processus de reprogrammation est encore mal maîtrisé. Yamanaka le dit lui-même : on ne devrait pas chercher à reprogrammer avec moins de facteurs, ce qui a été la démarche pendant un temps, mais au contraire chercher ce qui manque pour obtenir une reprogrammation vraiment complète.
Enfin d'autres équipes ont démontré avec la création d'embryons tétraploïdes que les cellules iPS peuvent donner une souris adulte fertile tout comme les cellules souches embryonnaires (voir ici et ) ; les cellules iPS peuvent donc être reprogrammées et donner naissance à tous les types cellulaires.

Ce qu'il faut retenir
Ces deux articles démontrent de façon convaincantes que les cellules iPS ne sont pas aussi pluripotentes que des cellules souches embryonnaires ou des cellules souches issues d'un clonage. Reste maintenant à trouver comment perfectionner cette reprogrammation... sans qu'elle soit trop parfaite : on aurait un nouveau problème éthique si on obtenait des cellules totipotentes, à savoir des zygotes. Pour finir sur une bonne nouvelle : l'équipe de Hochedlinger a montré que cette mémoire épigénétique rémanente des cellules iPS disparaît en cultivant les cellules iPS pendant plusieurs générations. Une solution simple et peu coûteuse.

jeudi 15 juillet 2010

Reprogrammation de cellules sanguines

Trois articles sont parus dernièrement dans le même numéro de la revue Cell Stem Cell, issus de trois gros labos spécialistes des cellules souches - Jaenisch, Daley et Fukuda, le tout accompagné d'un commentaire de Yamanaka lui-même. Tous trois rapportent la reprogrammation de globules blancs en cellules iPS avec des donneurs humains adultes.
Ce n'est pas une révolution dans le domaine, mais c'est intéressant car obtenir des globules blancs ne demande qu'une simple prise de sang et établir des lignées de cellules iPS ne nécessitera que quelques millilitres de sang. On est toujours loin d'une utilisation thérapeutique mais ce sera utile pour créer des modèles cellulaires des différentes maladies du sang, en particulier les maladies de l'immunité et de l'auto-immunité.

lundi 5 juillet 2010

L’abstinence contre le sida : les faits sont têtus

    Encore des scientifiques qui appellent à relancer l’abstinence pour lutter contre le SIDA. Dans un entretien au journal Le Monde le 1er décembre 1991, Luc Montagnier déclarait notamment : « Si vous aviez chacun moins de cinq partenaires sexuels dans votre vie, l'épidémie de sida s'éteindrait... ». On sait depuis longtemps que le préservatif n’est pas la solution à tous les problèmes en Afrique (voir notamment la démonstration de Low-Beer et Stoneburner, Science 2004 recensée ici). Après Edward C Green, épidémiologiste mondialement reconnu et qui a pris la défense de Benoît XVI en 2009 (voir ici).
    Après beaucoup d’autres, le quotidien britannique The Guardian nous relate l’appel des épidémiologistes Alan Whiteside et Justin Parkhurst qui travaillent à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Ils rappellent qu’une personne nouvellement infectée a beaucoup plus de chance de transmettre le virus dans le mois qui suit son infection. Et ajoutent : « Une campagne de promotion de l’abstinence pourrait supprimer jusqu’à 45% des nouvelles infections – ce qui serait énorme pour des pays comme l’Afrique du Sud, le Zimbabwe ou le Swaziland ».
    Leur raisonnement repose sur des groupes religieux qui respectent une période d’abstinence sexuelle (même relative) telle que les musulmans, ou la secte apostolique Marange (drôle d'exemple ou la polygamie et les mariages forcés semblent la règle). Les pays à dominante musulmane très forte connaissent une prévalence de la séropositivité assez faible (de l’ordre de 0,2% ; elle est estimée à 0,4% en France). On pensait que c’était dû à la pratique de la circoncision. Une autre hypothèse proposée par Whiteside est basée sur le bannissement de l’alcool, de l’homosexualité et des relations sexuelles en-dehors du mariage ; il cite également l’interdiction des relations sexuelles durant la journée pendant le ramadan (mais ce dernier point me paraît moins essentiel que le reste).
    La proposition finale de Whiteside ne me paraît pas très réaliste : il propose que toute la population pratique l’abstinence ou utilise systématiquement des préservatifs pendant un mois. Cependant Derek von Wissel, directeur du programme anti-SIDA du Swaziland, a bien accueilli cette idée.

En guise de conclusion
    Les faits sont têtus et l’évidence finira par être reconnue : la meilleure solution pour lutter contre le SIDA, c’est encore de bloquer sa propagation grâce à la fidélité (trop souvent oubliée - même si elle n’était que temporaire, ce serait déjà bien !) et l’abstinence. Quant à proposer un mois d'abstinence totale à l'échelle d'un pays, mieux vaudrait commencer par des solutions plus réalistes !

mercredi 9 juin 2010

Appel du 25 mars du Collectif Les Amis d’Eléonore

Suite aux messages de plusieurs lecteurs, je vous invite à visiter ce site internet qui demande :
- de financer la recherche médicale pour traiter les patients atteints d’une trisomie 21 et améliorer leur vie quotidienne.
- de refuser la stigmatisation de la maladie par l’élargissement du DPI à la trisomie 21.

Comme les citoyens des Etats généraux de la Bioéthique l'ont très bien dit :« Nous rappelons que la solution au handicap passe exclusivement par la recherche sur les maladies et non par l’élimination ».

mardi 25 mai 2010

Création de la vie ? Gi’me a break!

Il y a quelques jours les journaux se sont fait l’écho d’un article en accès libre dans Science et dont le fameux Craig Venter est le dernier auteur. Venter a déjà défrayé l’actualité en séquençant le génome humain avec des fonds privés puis en recréant le génome d’une petite bactérie. Cette fois-ci c’est un authentique exploit technique qui est rapporté : les équipes de Venter ont synthétisé entièrement le génome d’une petite bactérie à partir d’une séquence stockée dans un ordinateur. Ce génome a ensuite été inséré dans une autre espèce de bactérie proche dont le matériel génétique propre avait été enlevé. Cette dernière manip est identique à un « clonage » mode Dolly : le matériel nucléaire est enlevé puis remplacé par un autre.

Création de la vie ou création d’une cellule ?
Venter ne prétend pas avoir créé la vie en laboratoire ; il proclame avoir créé une cellule. C’est encore trop car la seule chose qu’il ait synthétisée c’est un génome déjà existant ; c’est une réussite technique indéniable mais c’était prévisible. Venter donne comme argument qu’au bout de quelques jours les cellules ont remplacé complètement leurs protéines/glucides/lipides par ceux qui correspondent au nouvel ADN inséré ; mais il n’en reste pas moins que la cellule d’origine qui donne son cytoplasme est déjà bien réelle et n’a pas été synthétisée.
Ce qui est en revanche vraiment impressionnant c’est de penser qu’on pourra alors prévoir sur son ordinateur d’insérer/modifier/supprimer des gènes et voir comment ce nouveau génome synthétique se comportera. Enfin, ça c’est si on dispose de 30 à 40 millions de dollars : c’est que Venter aurait dépensé pour ce projet.

L’avis de deux prix Nobel

John Sulston est prix Nobel de Physiologie-Médecine 2002. Son avis sur cette découverte : « a pretty little experiment » (« une jolie petite expérience »). Et il attaque Venter qui, pense-t-il, cherche à déposer un maximum de brevets pour lui donner un avantage qui ne pourra plus être rattrapé en ingénierie génétique. Venter se défend en disant qu’il a réalisé un gros travail avec des bio-éthiciens.
Quant à Paul Nurse, autre prix Nobel britannique en 2001, il déclare : « This paper is an important advance. I don’t think it’s really a major breakthrough like some have claimed. What it is not is the creation of synthetic life. » (« Cet article est un progrès important. Je ne pense que ce soit une avancée majeure comme certains l’ont dit. Ce n’est pas la création d’une vie synthétique »)

Une vraie cellule artificielle ?

La véritable avancée dans le domaine de la « vie artificielle » serait la conception d’une molécule capable de se reproduire, de muter et de vivre à l’abri d’une membrane. On en est encore loin…

« Commencez par créer votre propre poussière »
Pour conclure je rappellerai cette petite histoire qui remet les choses dans leur contexte :
Un jour un groupe de scientifiques convaincus de la réalité de l'évolution et de l'inutilité de l'hypothèse Dieu décident d'aller Le voir pour Lui dire qu'ils peuvent se passer de Lui.
Les scientifiques arrivent devant Dieu et disent : "Nous avons décidé que nous n'avions pas besoin de Vous. Nous pouvons tout faire aujourd'hui, du clonage, de la thérapie génique, de la thérapie cellulaire, etc. Laissez-nous donc tranquille et disparaissez !"
Dieu écoute patiemment ces scientifiques. Lorsqu'ils ont fini de parler, Il leur propose un jeu : "Faisons un concours : si vous arrivez à fabriquer un homme comme je l'ai fait avec Adam, je m'en vais".
Immédiatement les scientifiques commencent à ramasser de la poussière et se lancent dans leurs expériences.
Mais Dieu intervient : "Non, non, commencez donc par fabriquer votre propre poussière..."

mercredi 19 mai 2010

L'embryon pour les nuls : Développement nerveux

Synthèse présentée par le magazine New Scientist :
7 semaines : Premiers mouvements.
10 semaines : Premiers contacts entre les mains et le visage.
11 semaines : Baillements.
12 semaines : Le fœtus peut sucer et avaler.
14 semaines : Réponse à un contact, sauf sur la tête ou le dos.
16 semaines : Les yeux commencent à bouger.
19 semaines : Le fœtus s'éloigne en réponse à un stimulus "douloureux". À 20 semaines, les hormones du stress cortisol et noradrénaline et l'antidouleur naturel qu'est la beta-endorphine sont sécrétés en réponse à une piqûre dans l'abdomen.
22 à 24 semaines : Réponse au son. Premières évidences d'un apprentissage : si un son se répète régulièrement, il n'y aura plus de réaction.
24 à 25 semaines : Le système nerveux périphérique établit ses premières connexions avec le système nerveux central (le cerveau).
24 à 26 semaines : Début de réponse à la douleur. Le fœtus peut survivre avec l'aide d'un ventilateur.
32 semaines : Alternance de sommeil avec ou sans rêves et de périodes d'éveil.

La connexion des deux systèmes nerveux et la survie possible vers la 24ème semaine sont souvent utilisées pour établir le caractère de "personne humaine" à partir de cette âge.

jeudi 13 mai 2010

Une seule origine pour tous les êtres vivants ?

Les arguments qui permettent de soupçonner que tous les être vivants présents sur terre aujourd’hui ont un ancêtre commun sont nombreux. Les plus fréquemment cités sont basés sur l’unicité du code génétique et les nombreuses similitudes dans le métabolisme de base ou la composition des polymères biologiques (ADN, ARN, protéines). Cependant cela pourrait être expliqué par des processus de transfert horizontal entre les organismes primitifs et/ou la convergence de processus différents au départ devenant identiques. Il y a de nombreuses preuves de convergence plus tard dans l’histoire des organismes vivants comme l’a démontré le paléontologue britannique Simon Conway Morris, découvreur du très célèbre gisement de Burgess.

Douglas L. Theobald a comparé les séquences de 23 protéines très conservées parmi les trois domaines du vivant que sont les bactéries, les archées et les eucaryotes. La nouveauté de son approche est essentiellement d’utiliser des tests statistiques variés. Tous permettent de conclure sans ambiguïté que l’origine unique est beaucoup plus vraisemblable qu’une origine double ou triple (une par domaine par exemple). Son article est publié dans Nature.

Cela ne signifie pas que la vie ne soit apparue qu’une seule fois : cet événement a pu avoir lieu plusieurs fois mais seule une forme de vie aurait survécu et supplanté toutes les autres.

lundi 3 mai 2010

*Un défaut des cellules iPS

Dans la ligne d'articles cités dans un billet précédent, les cellules iPS font à nouveau l'objet d'une étude visant à comprendre pourquoi elles se comportent presque comme des cellules souches embryonnaires, mais seulement "presque". L'article a été publié le 25 avril sur le site de Nature. L'équipe de Konrad Hochedlinger du Stem Cell Institute de Harvard vient de démontrer que, chez la souris, tout est similaire en terme d'expression de gènes sauf dans une région du chromosome 12, entre les marqueurs Dlk1Dio3. Ils ont obtenu ce résultat en dérivant et comparant des lignées de cellules souches embryonnaires (CSE) et de cellules iPS ayant le même patrimoine génétique. Dans la plupart des clones de cellules iPS cette région devient anormalement silencieuse ; or il y a une corrélation étroite entre ce silence anormal et une faible performance de ces lignées. Il est notamment impossible de générer des souris adultes selon la méthode des chimères tétraploïdes (voir ici et ). Mais cela peut être fait en levant ce silence qui est de nature épigénétique. Ils ont ainsi pu démontrer que la corrélation est en réalité un lien direct entre l'expression des gènes situés dans cette région du chromosome 12 et la performance des cellules iPS. Ce qui donne une piste pour rendre les cellules iPS vraiment indistinguable des CSE.
Réponse à la question du billet précédent : la citation est la première phrase de l'article en question.

Qui a dit ?

"Induced pluripotent stem cells (iPSCs), generated by the overexpression of transcription factors such as Oct4 (also called Pou5f1), Sox2, Klf4 and c-Myc in somatic cells, have enormous therapeutic potential as they enable the derivation of patient-specific pluripotent cell lines to study and possibly treat degenerative diseases."
["Les cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS), générées par la surexpression de facteurs de transcription tels que Oct4 (aussi appelé Pou5f1), Sox2, Klf4 et c-Myc dans des cellules somatiques, ont un énorme potentiel thérapeutique, car elles permettent l'obtention de lignées de cellules pluripotentes spécifiques de patients pour les étudier et éventuellement traiter les maladies dégénératives."]

samedi 1 mai 2010

Taux de mutation chez l'homme

Le dernier numéro de Science est riche en informations (voir billet précédent). Dans un autre article, des chercheurs ont, pour la première fois, entièrement séquencé le génome de plusieurs personnes d'une même famille : deux parents et deux enfants. Entre autres résultats cela permet d'évaluer le taux de mutations spontanées dans l'espèce humaine d'une génération à l'autre comme étant de l'ordre de 1,1.10-8, ce qui correspond à environ 70 nouvelles mutations à chaque génération.

** Transfert horizontal

Du fondamental et de l'évolution, pour changer. Deux observations vont transformer la façon dont on imagine le transfert de l'information génétique. On considère que le matériel génétique, à savoir l'ADN, se transmet essentiellement de façon verticale d'une génération à l'autre par la voie de la reproduction. Cela est vrai chez les bactéries (cellules sans noyau), les Archés (des microorganismes particuliers) et les Eucaryotes (les cellules à noyau). Une exception à cette règle : chez les bactéries le transfert peut se faire de façon horizontale entre deux bactéries sans que cela implique un événement reproducteur. On pensait que c'était vrai seulement chez les bactéries.
Mais deux articles publiés aujourd'hui suggèrent le contraire. Le premier est publié dans Nature et démontre le transfert d'ADN entre des parasites invertébrés, les punaises de l'espèce Rhodnius prolixus et plusieurs hôtes vertébrés, d'un escargot aquatique (la petite Limnée Lymnaea stagnalis) à des singes capucins en passant par les opossums. Le matériel génétique transmis est du type transposon et l'importance du transfert pourrait suffire à influencer l'évolution des espèces parasitées.
Le deuxième article, publié dans Science, est encore plus spectaculaire. Certains pucerons peuvent synthétiser des caroténoïdes qui sont de puissants antioxydants. Jusque là on pensait que seuls les végétaux en produisait et qu'un animal ne pouvait en obtenir qu'en se nourrissant de plantes. Pourtant des pucerons (le pucerons vert du pois, Acyrthosiphon pisum) ont acquis la capacité de synthétiser ces molécules par eux-mêmes. Mais le plus spectaculaire est ailleurs : le gène qui leur donne cette capacité vient directement... d'une moisissure. Pour la première fois on a donc observé le transfert horizontal d'un gène entre deux règnes du monde vivant, celui des moisissures et autres champignons, et celui des animaux. Et la présence ou non de ce gène donne leur couleur aux pucerons : sans lui ils sont verts, avec lui ils sont rouges, et avec une seule copie ils sont jaune-orange. Mendel n'aurait pas rêvé génétique plus simple !

Ces deux découvertes, la deuxième surtout, vient renverser une hypothèse solidement établie - celle du transfert uniquement vertical de l'information génétique - et forcera chacun à repenser les mécanismes de transmission du matériel génétique entre des organismes qui n'ont a priori rien de commun.  D'autre part il sera bien difficile d'expliquer ces observations en terme de créationnisme ou d'ID ("intelligent design").

mardi 27 avril 2010

Le paradoxe des cellules souches

                                       
Je voulais depuis longtemps consacrer quelques lignes au principal paradoxe des cellules souches. Pour qu'elles soient vraiment utilisables en laboratoires, elles doivent pouvoir se multiplier le plus longtemps possible. En revanche cette propriété devient très dangereuse dès qu'il s'agit de les introduire dans un organisme vivant. En effet une cellule qui se divise sans jamais donner de cellules différenciées provoquera très rapidement l'apparition d’une tumeur probablement cancéreuse.
Pour contourner ce problème il y a deux solutions opposées. Soit on prend des cellules qui se divisent très bien et on apprend à les contrôler, tout comme on a domestiqué des animaux à priori dangereux comme le loup qui a donné les chiens. Pour cela il faut maîtriser parfaitement les voies de différenciation qui vont permettre de transformer des cellules souches en d'inoffensives cellules différenciées.
L'autre solution est moins pratique pour l'utilisation en laboratoire mais sans doute plus prudente quand il s'agit de thérapie : prendre des cellules qui vont perdre naturellement leur capacité à se diviser de façon plus ou moins rapide. Ainsi, même si le processus de différenciation n'est pas parfaitement maîtrisé, on diminuera considérablement le risque d'apparition de tumeurs.

Conséquences pratiques de ce paradoxe

Au laboratoire, les reines des cellules souches sont indéniablement les cellules souches embryonnaires (le mets volontairement de coté l'aspect éthique dans ce billet) car on va pouvoir les cultiver presque indéfiniment et on commence à bien maîtriser leur différenciation en différents types cellulaires. Moins cotées, les cellules iPS, les cellules souches du sang de cordon ou les cellules souches adultes, encore moins les toutes nouvelles "MUSE" sur lesquelles je reviendrai (Gènéthique les présente ici).
En thérapie en revanche, on va rechercher des cellules qui se diviseront peu ou pas du tout. De ce point de vue pratique il serait préférable de travailler sur des cellules souches pas très performantes en terme d'immortalité. On devrait donc en toute logique exploiter des cellules souches non embryonnaires si on envisage sérieusement une utilisation thérapeutique.

dimanche 25 avril 2010

Nouvelle source de financement pour les laboratoires : l'Église catholique

Le Vatican va financer un programme de recherche sur l'utilisation de cellules souches adultes intestinales ont annoncé vendredi des responsables à Rome. Le projet sera dirigé par le Dr Alessio Fasano et développé à l'École de Médecine de l'Université du Maryland aux États-Unis ainsi qu'à l'hôpital de l'Enfant Jésus en Italie avec le soutien de l'Istituto Superiore di Sanita italien.
Selon le cardinal Renato Martino qui a travaillé avec Fasano pour le montage de ce programme, le Vatican soutient ce projet parce qu'il ne concerne pas les cellules souches embryonnaires. Le financement devrait se faire par l'intermédiaire de l'hôpital de l'Enfant Jésus à Rome, pour un montant de l'ordre de deux millions d'euros.

Précision 1 : une recherche rapide montre que Fasano est un pédiatre formé en Italie ; il est devenu spécialiste des maladies intestinales comme la maladie cœliaque due à une difficulté d'absorption du gluten. Il a également caractérisé les interactions entre certains pathogènes et leurs hôtes, les cellules intestinales. Ce n'est en revanche pas un spécialiste des cellules souches mais le projet implique certainement le recrutement de personnes qualifiées pour mener à bien ces recherches. Et il devrait pouvoir s'appuyer notamment sur le Dr Curt Civin qui est directeur du Center for Stem Cell Biology and Regenerative Medicine de l'Université du Maryland.

Précision 2 : ce n'est pas la première fois que l'Église catholique finance directement la recherche sur les cellules souches adultes. Des diocèses en Corée du Sud et en Australie ont déjà attribué de telles bourses à des laboratoires.

La source la plus complète sur cette annonce : un article du Baltimore Sun.

La FIV : le F n'est pas pour fiable

Un reportage diffusé ce soir par la BBC en Grande-Bretagne rapporte un doublement des erreurs lors de fécondations in vitro. Entre 2007/2008 et 2008/2009, on est passé de 182 à 334 cas problématiques : embryons perdus, erreur lors de l'implantation, débranchement de systèmes de refroidissement nécessaires à la conservation des embryons etc. Il y a le cas de cette femme qui pensait avoir trois embryons congelés qui pourraient être implantés ; la clinique a dû lui annoncé qu'ils en avaient perdu deux. Sur les milliers de FIV effectués chaque année, cela ne représente pas beaucoup de cas pourrait-on penser. Mais si ce nombre a doublé en un an, qu'en sera-t-il dans dix ans ? Comme le dit la femme évoquée plus haut : "Il s'agissait de bébés potentiels" (sauf que le "potentiel" est de trop bien sûr).
Source : ici et .

samedi 17 avril 2010

Les blogueurs les plus populaires sont les plus prolifiques

Susan Jamison-Powell de l'Université de Sheffield s'est penchée sur la popularité des blogs. Elle a étudié 75 blogs du site livejournal.com et demandé aux mêmes blogueurs de noter les blogs de leurs pairs. Au final, les blogs les plus populaires étaient tout simplement ceux qui contenaient le plus grand nombre de... mots ! Que les billets soient plutôt positifs ou négatifs ou qu'ils soient longs ou courts ne compte que peu. La prochaine fois que vous trouverez un billet sans aucun intérêt sur ce blog (comme celui-ci), dites vous bien que je ne l'ai écrit que pour augmenter ma popularité...
Source.

jeudi 15 avril 2010

Trois parents pour un enfant

Une équipe de chercheurs de Newcastle en Grande-Bretagne vient de publier un article dans Nature où ils proposent une méthode pour éviter la transmission de maladies génétiques héréditaires. Ces maladies sont transmises par les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule. En réalisant cette prouesse technique, ils n'ont en réalité que reproduit chez l'homme ce qui a été fait chez le singe l'année dernière (Tachibana, M., et al. 2009 Nature 461, 367-372).

Détails techniques
Les mitochondries possèdent un peu d'ADN qui est recopié et transmis par les mitochondries, indépendamment de l'ADN du noyau. Les quelques gènes qu'elles contiennent peuvent porter des mutations qui seront transmises uniquement par la mère car le spermatozoïde ne transmet que très peu de mitochondries. Pour éliminer une maladie génétique mitochondriale, il faut donc remplacer les mitochondries de la cellule-œuf après la fécondation par des mitochondries qui ne portent pas la maladie. Il serait impossible d'enlever les mitochondries car elles sont trop petites et trop nombreuses. La solution consiste donc plutôt à enlever le noyau, ce qu'on sait faire, puis à l'introduire dans une cellule-œuf saine dont on a détruit le noyau propre. On se retrouve alors avec une cellule-œuf dont le noyau est issu, comme pour tout le monde, de la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde, mais dont le cytoplasme vient d'un troisième parent.
Il faut préciser que les embryons ainsi obtenus ont été détruits après quelques jours de développement car cette technique est interdite en Grande-Bretagne. Les singes ainsi générés aux États-Unis l'année dernière se portent bien aux dernières nouvelles.

Qu'en penser ?
En soit, le but est tout à fait louable puisqu'il consiste à vouloir donner des enfants non malades à des parents qui sinon auraient un risque important d'avoir des enfants porteurs de graves maladies. Il n'y a pas d'obstacle technique majeur et au regard du risque d'avoir un enfant malade, le risque impliqué par cette technique est sans doute inférieur.
Cependant une fois de plus le chercheur et le médecin remplacent la nature et "jouent à Dieu". On peut citer plusieurs problèmes. Tout d'abord ça coûtera très cher car il faut beaucoup d'ovules qui devront être donné (ou vendus dans d'autres pays) par des femmes volontaires. Le taux de succès est pour le moment très faible : 80 embryons ainsi obtenus dont seulement 18 ont dépassé le stade huit cellules et très peu le stade blastocyste (environ 100 cellules). De plus la technique adoptée ici nécessite la destruction directe d'un embryon puisqu'on n'en fabrique qu'un à partir de deux cellules-œufs, cela sans compter tous les embryons créés qui ne pourront pas se développer, ceux qui ne seront pas implantés. Que se passera-t-il si le fœtus finalement autorisé à se développer est lui-même porteur d'une autre maladie ? Etc.
Pour les catholiques, point n'est besoin de réfléchir longtemps pour savoir que cette technique sera condamnée, comme toutes les fécondations in vitro. Il est sans doute inutile de détailler ici les raisons d'une telle condamnation qui n'a pas grand chose à voir avec la science mais davantage avec le fait que la procréation humaine devrait se faire en respectant la loi naturelle. Il n'y a pas de solution miracle pour les familles touchées par ce type de maladie. Cependant elles devraient recevoir des aides très importantes pour la prise en charge des enfants malades. D'autre part l'adoption d'un enfant est une alternative à la fabrication in vitro d'un embryon qui sera validé en laboratoire avant d'avoir le droit de survivre.

mardi 13 avril 2010

Pour créer un conseil de bioéthiciens...

... il ne faut surtout pas choisir des bioéthiciens ! La "Presidential Commission for the Study of Bioethical Issues" du président Obama (Commission présidentielle pour l'étude des questions bioéthiques) compte douze membres. À sa tête Obama a nommé Amy Gutmann qui est professeur de science politique. On trouve aussi six scientifiques et deux avocats. Et seulement deux spécialistes de bioéthique. J'oubliais de citer Lonnie Ali, la femme du boxeur de légende Mohammed Ali ; ce dernier est atteint par la maladie de Parkinson et ils ont créé une fondation pour lutter contre cette maladie. Je n'ai rien contre une telle initiative, bien au contraire. Mais ce CV est tout de même un peu léger pour devenir conseiller du président des États-Unis pour la bioéthique.
Pour finir sur une note plus positive, on notera la présence de Daniel P. Sulmasy, professeur de médecine et de bioéthique, diplômé de Georgetown et de Cornell. Il est aussi moine franciscain ; en 2005 il se faisait l'avocat des cellules souches adultes et dénonçait les recherches sur les cellules souches embryonnaires (l'article en anglais). D'autres avis de Sulmasy peuvent être trouvés ici (vers le 2ème tiers de la page) ou (un avis plus controversé).

lundi 12 avril 2010

De la curiosité des catholiques pour la science

Ce blog a été lancé en septembre 2008 avec pour ambition de faire le lien entre la science et la religion. Vaste programme me direz-vous, et sûrement trop ambitieux ! Après 18 mois de travail et sans avoir fait la moindre publicité ni parmi les scientifiques ni chez les catholiques (j’ai prévenu moins de 10 personnes du lancement de ce blog), je dois me résoudre à l’évidence : les catholiques sont plus curieux que les scientifiques. À part un chercheur intervenu à plusieurs reprises et avec qui les discussions peuvent être vives mais restent courtoises (Cord Sandu) et Tom Roud (une intervention), aucun scientifique non croyant à l’horizon. Sans doute savent-ils tout de la religion et n’éprouvent-ils pas le besoin de se renseigner. Je ne suis sûrement pas le mieux placé pour parler de religion, mais on pourrait au moins discuter de l'aspect scientifique des questions soulevées.
A contrario, la plupart des commentaires viennent de croyants qui manifestement s’intéressent suffisamment à la science pour lire un blog qui demande de la part des non scientifiques un effort non négligeable si j’en crois ceux de ma famille qui ont la bonté de me lire. Dois-je en conclure que les croyants ont une intelligence plus ouverte que les scientifiques ? C’est fort tentant… Il faut dire que ces derniers s’arrêtent souvent aux créationnistes et autres tenants de l’ID (Intelligent Design) et ont l’air de croire qu’il n’y a aucun scientifique sérieux qui soit aussi chrétien convaincu ; un peu comme si les croyants s’arrêtaient à l’inénarrable Richard Dawkins, qui il faut bien le dire n’est plus chercheur depuis longtemps...

dimanche 11 avril 2010

* Essai clinique à base de cellules souches du placenta pour la maladie de Crohn

La société Celgene a publié récemment un communiqué sur les premiers résultats d’un essai clinique de phase I encore en cours pour le traitement PDA-001. Il s’agit d’utiliser des cellules souches de placenta pour traiter la maladie de Crohn. Sur les 12 premiers patients traités, qui n’avaient pas répondu à des thérapies précédentes, aucun n’a manifesté d’effet secondaire indésirable, ce qui doit être démontré lors de la première phase d’un essai clinique. Des résultats qui demandent bien sûr à être confirmés lors des phases suivantes suggèrent d’autre part que ce nouveau traitement serait efficace : quatre des patients seraient même guéris.
Au moins pour ce produit, Celgene a décidé de se concentrer sur les cellules souches de placenta ce qui leur permet d’éviter toute controverse liée aux cellules souches embryonnaires. La maladie de Crohn est une inflammation chronique du tube digestif qui affecte près d’un million de patients rien qu’aux Etats-Unis. Les traitements actuellement disponibles ne sont pas très efficaces et/ou induisent des effets secondaires gênants. Source.

jeudi 8 avril 2010

Les Sophophoristes

Scandale chez les drosophilistes. Le 1er avril, une commission a décidé par 23 voix contre 4 que le nom latin de la mouche du vinaigre pourrait changer. Et non, ce n'est pas une blague. Le monde des chercheurs qui utilisent la mouche du vinaigre pour leurs expériences est en ébullition. Pensez-donc, un siècle après les premières expériences de Thomas Morgan qui fondèrent la génétique animale, on parle de changer la classification de la Drosophile qui ne s'appelerait plus Drosophila melanogaster mais Sophophora melanogaster. Il faut dire que cette mouche n'est pas vraiment proche de l'espèce référence du groupe des Drosophiles. Plutôt que de déplacer cette espèce emblématique dans un autre genre, certains proposent plutôt de la choisir comme espèce de référence et de déplacer toutes celles qui ne lui ressemblent pas assez dans un nouveau groupe. Bref, une controverse digne de celle qui survint il y a quelques années quand il fut décidé que Pluton n'était plus une planète.

Porteur de sagesse
En attendant mes distingués collègues seront désormais des sophophoristes ; ils vont sûrement apprécier quand ils sauront que cela signifie "porteur de sagesse". Le pire sera pour les éditeurs de journaux scientifiques : il y aura pas moins de 33.942 articles parlant de Drosophila melanogaster à corriger, dixit Pubmed que je viens de consulter.

samedi 3 avril 2010

Appel à la vérité

Ayant signé cette appel comme blogueur, je ne puis que le relayer et encourager ceux qui lisent ce blog à le signer aussi.
NB : Dimanche 4 avril, on a passé les 10.000 signatures, lundi les 13.000, mardi les 18.000 et mercredi soir les 22.000 pour atteindre plus de 27.000 le 11 avril, parmi lesquelles on trouve notamment, outre quatre anciens ministres :
Pierre-Olivier Arduin (bioéthicien)
Claude Bébéar (président d’honneur d’AXA)
Rémi Brague (philosophe, membre de l’Institut)
Chantal Delsol (écrivain et philosophe)
Jean-Claude Gaudin (sénateur, maire de Marseille)
Fabrice Hadjadj (essayiste et dramaturge)
Laurent Lafforgue (mathématicien, lauréat de la médaille Fields)
Michael Lonsdale (comédien)
Jean-Luc Marion (philosophe, membre de l’Académie Française)
Yves Meaudre (Les Enfants du Mekong)
Dominique Neckebroeck (directeur de l'Institut Jérôme Lejeune)
Robert Redeker (philosophe)
Pierre André Taguieff (chercheur au CNRS)
Denis Tillinac (écrivain)
Henri Tincq (journaliste et écrivain)

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Nous voulons la vérité sur les abus sexuels
Les affaires de pédophilie dans l’Église sont un scandale : il faut impérativement que toute la vérité soit faite ; que les victimes obtiennent réparation et que les moyens soient mis en œuvre pour y remédier, sans remettre en cause le caractère sacré du sacerdoce, qui fait l’objet d’un faux débat.
Nous voulons la vérité sur Benoît XVI
Il y a cinq ans, une semaine avant la mort de Jean-Paul II, lors du chemin de croix du Vendredi Saint, les mots du cardinal Joseph Ratzinger, qui en avait rédigé les méditations, s’élèvent. C’est la neuvième station. Jésus tombe pour la troisième fois. Ces mots sont les suivants : « Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui dans le sacerdoce devraient lui appartenir totalement ! » Benoît XVI a pris volontairement le risque de la vérité. Il est le premier pape à s’attaquer frontalement, sans concession, au problème ; paradoxalement, il fait l’objet d’attaques visant à le mettre en cause personnellement, attaques relayées avec une certaine complaisance par une partie de la presse. Nous soutenons sa démarche volontaire en ce sens, et déplorons les tentatives de mise en cause personnelle dont il fait l’objet.
Nous voulons la vérité sur l’Église catholique
Plus généralement, le traitement médiatique réservé à l’Église catholique dès que se pose un problème vital dans la société ne reflète pas la réalité de la vie catholique. Au cours de cette Semaine Sainte de l’année 2010, et alors que les chrétiens vivent cette montée vers Pâques, crucifixion suivie de la Résurrection, nous appelons au soutien et à la solidarité avec l’ensemble des catholiques, de leurs prêtres et de leur pape.
Cet appel a été lancé à l’initiative de François Taillandier (écrivain), Frigide Barjot (humoriste), Natalia Trouiller (journaliste et blogueuse), Koz (blogueur sur Koztoujours, et avocat), François Miclo (philosophe).

vendredi 26 mars 2010

** Le sang de cordon

Voici une vidéo d'une dizaine de minutes sur les cellules souches du sang de cordon. Réalisée en partie à l'hôpital Saint Louis où a eu lieu une première mondiale en 1988 lorsque le sang du cordon d'une fille qui venait de naître a permis de sauver son grand frère.
Cette vidéo fait le point de façon neutre et présente le potentiel, non encore démontré, de ces cellules pour traiter d'autres maladies que celles du sang.
La video sur Dailymotion
Remarque : de brèves images d'un accouchement sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes.

jeudi 25 mars 2010

MicroARN et trisomie 21

Les microARN sont de petits ARN qui ne sont pas traduits en protéines mais peuvent réguler l’expression de gènes qui eux donnent des protéines. En général ils ont un effet répresseur sur l’expression.
La trisomie 21, ou syndrome de Down, est caractérisée par la présence d’une troisième copie du chromosome 21. L’idée généralement admise, et qui constitue la piste de recherche principale, est que cette troisième copie entraine une surexpression d’un certain nombre de gènes. Une équipe américaine vient cependant de démontrer qu’on pourrait avoir l’effet inverse.
Les chercheurs se sont focalisés sur les microARN portés par le chromosome 21. Il y en a cinq et en recherchant leurs cibles potentielles, ils ont pu montrer qu’au moins une protéine nommée MeCP2 est réprimée en présence d’une troisième copie du chromosome 21, et donc d'une troisième copie de ces microARN. MeCP2 est un facteur de transcription normalement fortement exprimé dans le cerveau mais presque absente chez les patients.
Ceci constitue donc une nouvelle façon d’envisager les effets de la présence de cette troisième copie du chromosome 21. Il n'y aura pas de développement thérapeutique dans l’immédiat, mais cela permettra de mieux comprendre les dérégulations entrainées par la trisomie 21.
Ce travail de recherche avait reçu le soutien de la Fondation Lejeune comme l’indique les remerciements de l’article.

Source : Science daily
Article original : D. E. Kuhn, G. J. Nuovo, A. V. Terry, M. M. Martin, G. E. Malana, S. E. Sansom, A. P. Pleister, W. D. Beck, E. Head, D. S. Feldman, T. S. Elton. Chromosome 21-derived MicroRNAs Provide an Etiological Basis for Aberrant Protein Expression in Human Down Syndrome Brains. Journal of Biological Chemistry, 2009; 285 (2): 1529 DOI: 10.1074/jbc.M109.033407