jeudi 31 décembre 2009

Pour finir l'année en beauté - 3 Un "débranchement" heureusement refusé

L'histoire se passe en Grande-Bretagne. Le 16 août 2009, Paige Holmes qui a 13 ans se promène à pied quand elle est violemment heurtée par une voiture. Après avoir été placée sous assistance respiratoire, les médecins proposent de couper l'appareil car 90% des personnes avec des traumatismes similaires ne récupèrent jamais. Et pourtant, après trois semaines, elle ouvre les yeux. Puis elle se remet à parler et bientôt elle rentrera chez elle.
Ce n'est qu'une histoire isolée bien sûr, mais qui devrait faire réfléchir ceux qui veulent faire passer des lois autorisant l'euthanasie. Et ce sera le dernier billet de 2009. À l'année prochaine !

mercredi 23 décembre 2009

Pour finir l'année en beauté - 2 La forme des flocons de neige


Le dernier numéro de Nature contient une lettre indignée d'un chimiste allemand, Thomas Koop. Il se plaint du sort réservé aux flocons de neige par les dessinateurs et autres artistes qui nous proposent des flocons à quatre, cinq, sept ou huit branches, et ce jusque sur le site de Nature ! Pourtant rappelle-t-il, on sait depuis Kepler et son De nive sexangula datant de 1611 que tous les flocons de neige ont toujours six branches.
On a connu pire comme controverse, mais elle a le mérite d'être d'actualité ! Pour voir d'autres photos de flocons de neige, allez ici.

Pour finir l'année en beauté - 1 Une nouvelle thérapie à base de cellules souches adultes

Les journaux britanniques de ce jour racontent tous l'histoire de Russell Turnbull qui avait presque perdu la vue de l'œil droit en 1994. Il était intervenu pour séparer des personnes se bagarrant dans un bus. En guise de remerciement, un jet d'ammoniaque brûlait sa cornée. La conséquence était depuis une vision très floue de l'œil droit, une douleur intense à chaque clignement de l'œil, et très grande sensibilité à la lumière.
Aujourd'hui il voit de cet œil, presqu'aussi bien qu'avant. Il a pu recommencer à travailler, à faire du cheval ou du ski nautique. C'est une première médicale qui l'a guéri : la transplantation de cellules souches dans son œil abîmé. Avec d'autres patients, huit pour être précis, il a bénéficié du travail réalisé par une équipe de chercheurs de Newcastle, conduite par Francisco Figueiredo et Sajjad Ahmad, sur les cellules souches. Les huit personnes ayant reçu ce nouveau traitement il y a 18 mois ont toutes vues leur vision s'améliorer tandis que les douleurs diminuaient à des degrés divers.

Un traitement à base de cellules souches adultes
Vous l'aurez deviné : ces cellules souches sont des cellules souches adultes. Elles sont appelées cellules souches limbiques (CSL), viennent de l'œil et sont capables de générer la cornée. Les patients guéris avaient tous perdu la vision pour un seul œil, avec notamment une perte des CSL. Pour les remplacer, les chercheurs ont "simplement" utilisé les CSL prélevées dans l'autre œil. Un millimètre carré a suffi pour faire pousser ces cellules en laboratoire et obtenir un tissu d'une surface 400 fois supérieure, assez pour la transplantation sur l'œil endommagé. Cette solution ne marche donc pour le moment que pour les patients qui n'ont perdu ces cellules que dans un œil. Mais elle est relativement simple et peu coûteuse, comparée à d'autres thérapies cellulaires envisagées. Et on peut imaginer que d'autres types de cellules souches pourraient être transformées en CSL pour les patients ayant perdu la vision dans les deux yeux.
Sources : Times, Guardian, Daily Telegraph et l'article paru dans la revue Stem Cells.

dimanche 20 décembre 2009

La taille d'une cellule

Vous trouverez sur cette page les tailles relatives de différentes cellules, bactéries, virus, etc par rapport à un grain de riz ou un atome de carbone. Il suffit de déplacer le curseur en bas de la fenêtre. (Merci à The Deeps of Time pour cette information).

Cellules souches adultes et crise cardiaque

Dans la droite ligne de mon billet précédent, une démonstration supplémentaire de l'intérêt des cellules souches adultes : un essai clinique en phase I vient de se terminer pour tester l'effet de l'injection intraveineuse - donc une procédure très simple - de cellules souches adultes dans les 10 jours qui suivent une crise cardiaque (source). Non seulement il ne semble pas qu'il y ait d'effet négatif, ce qui est testé lors de la première phase d'un essai clinique, mais en plus les cellules injectées semblent capables d'améliorer la santé des patients de façon significative. Aux États-Unis, on compte plus d'un million de crises cardiaques chaque année.

225.000 dollars pour un travail à temps partiel

On sait tous que la Californie est au bord de la faillite. Pourtant, cette somme est le montant du salaire du vice-président - à temps partiel - du comité chargé de gérer l'emprunt de trois milliards de dollars de l'état de Californie destiné au financement des recherches sur les cellules souches. Son salaire a triplé récemment ! (source)
Une nouvelle plus intéressante : fin octobre plusieurs centaines de millions de dollars ont été attribuées grâce à cet emprunt, pour financer 14 projets de recherche. Seuls quatre projets portent sur les cellules souches embryonnaires, tous les autres utilisent des cellules ordinaires, ou bien des cellules souches adultes ou des cellules reprogrammées. Il est utile de rappeler que cet emprunt décidé en 2004 avait pour but de contourner l'interdiction fédérale de financer la recherche sur les cellules souches embryonnaires en dehors des lignées déjà approuvées en 2001. Au final, beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

dimanche 13 décembre 2009

Le génome du grand panda séquencé

C'est une information sans aucune portée éthique, mais amusante néanmoins. La revue Nature a publié aujourd'hui un article relatant le séquençage du génome du grand panda, Ailuropoda melanoleuca, dont on considère qu'il reste 2500 à 3000 individus dans quelques montagnes de la Chine occidentale. Une des caractéristiques principales de ce panda est son régime alimentaire, composé essentiellement de bambou. L'analyse de son génome a révélé qu'il avait tous les gènes nécessaires pour être carnivore, mais qu'il lui manquait ceux d'un régime typiquement herbivore. Il est donc probable que la flore intestinale du panda joue un rôle essentiel pour lui permettre de se nourrir de bambou. D'autre part il semble qu'il y ait encore une très grande diversité génétique chez ce panda, ce qui est un atout pour la survie de l'espèce, alors qu'une forte consanguinité serait défavorable.

vendredi 11 décembre 2009

Des cellules souches adultes pour guérir l'anémie falciforme

Pour la première fois, une thérapie semble marcher pour guérir des adultes atteints d'anémie falciforme, maladie génétique qui affecte les globules rouges et qu'on appele aussi drépanocytose. On peut guérir des enfants en supprimant totalement les cellules souches contenues dans la moelle osseuse, par irradiation, chimiothérapie et immunosuppression, puis reconstituer leur moelle à partir d'une greffe. Les cellules souches greffées vont peu à peu régénérer les cellules sanguines, et produire notamment des globules rouges normaux. Cela a permis de guérir environ 200 enfants. Mais chez les adultes, un tel traitement (irradiation, chimiothérapie et immunosuppression) n'est pas possible.

Une thérapie exploitant des cellules souches adultes
Une nouvelle étude du New England Journal of Medicine propose une solution, consistant à n'effectuer qu'un traitement de destruction partielle de la moelle osseuse par irradiation légère et immunosuppression sans chimiothérapie. Ceci suffirait à "donner de la place" aux cellules souches greffées qui pourraient générer des globules rouges normaux ; il reste toujours chez ces patients des cellules malades, mais ils possèdent suffisamment de globules rouges fonctionnels pour être considérés comme guéris. C'est du moins la conclusion de cette étude qui a permis de guérir neuf patients sur les dix premières personnes traitées.
À noter : les cellules greffées sont des cellules souches hématopoïétiques, démontrant une nouvelle fois l'utilité des cellules souches adultes pour guérir des patients.

Reprogrammation d'ovaires en testicules

Le dernier numéro de Cell, outre une tribune sur les cellules iPS sur laquelle je reviendrai, nous parle d'une découverte intéressante. Il semble que les ovaires ne doivent leur survie qu'à des signaux constamment émis. Supprimez ce signal, et le tissu commence très rapidement à se convertir en testicule. Les ovaires ne sont donc pas des tissus différenciés de façon définitive.
Ceci a été démontré dans des souris porteuses d'une perte de fonction conditionnelle du gène Foxl2 - ce qui signifie que la fonction de ce gène peut être perdue de façon contrôlée. Quand cette perte a lieu chez une souris femelle adulte, les ovaires de celle-ci se transforment en testicules.
Si la perte d'un seul gène peut suffire pour induire un changement de sexe, il se pourrait qu'un processus similaire soit à l'œuvre chez les poissons masculinisés que l'on trouve de plus en plus souvent dans les rivières. En effet le gène Foxl2 agit de concert avec les récepteurs aux œstrogènes : il se pourrait donc que les molécules qui miment les œstrogènes agissent sur le sexe des poissons en affectant la voie de Foxl2 et des récepteurs aux œstrogènes.

jeudi 10 décembre 2009

De nouvelles cellules souches dans la peau

Des chercheurs viennent de publier un article dans la revue Cell Stem Cell, démontrant l’existence d’une nouvelle classe de cellules souches adultes du derme, la couche inférieure de la peau, capables de générer des tissus adipeux, des os, des cartilages, ou même des cellules nerveuses. Ces cellules étaient connues depuis quelques années mais c’est seulement grâce à cet article qu’on a pu prouver qu’il s’agissait bien de cellules souches. Elles ont les mêmes propriétés que certaines cellules souches embryonnaires appartenant à la crête neurale chez l'embryon.
Le principal intérêt de ces cellules est qu’elles sont capables d’envoyer des signaux à l’épiderme et de régénérer des poils notamment. Elles pourraient donc être très utiles pour générer une couche de peau complète, et non pas seulement de l’épiderme comme on sait le faire aujourd’hui. Une combinaison de cellules souches du derme et de l’épiderme pourrait permettre d’obtenir un tel résultat. Il rendrait par ailleurs sans doute inutile le recours aux cellules souches embryonnaires, solution qui a récemment été à la une des journaux.

mercredi 9 décembre 2009

La science contre Darwin ? Non, pas vraiment...

En se basant sur une dépêche de l'AFP, certains prétendent que la dernière découverte du virologiste Didier Raoult, qui travaille à Marseille, remet en cause "la totalité de l'idéologie darwinienne". Il faut dire que Raoult est passionné par les virus et que son équipe fait découvertes sur découvertes. Mais il va trop loin dans l'interprétation de ses données (ou bien le journaliste de l'AFP a été approximatif).
- Il considère que les virus sont des êtres vivants. Cette hypothèse n'est défendue que par très peu de gens. Ce n'est pas parce qu'un virus peut être infecter par un autre virus que cela suffit pour le qualifier d'être vivant. À ce compte là un ordinateur aussi est un être vivant...
- Partant du postulat ci-dessus, Raoult dit "l'arbre de la vie darwinien n'existe pas, c'est un fantasme littéraire (...) quand vous parlez de virus qui sont des mosaïques (de gènes), vous ne pouvez pas mettre cela sur un arbre". Mais cela n'est vrai que si on accepte que les virus soient des êtres vivants, ce qui n'est pas le cas. Ce sont des parasites incapables de se reproduire seuls, devant détourner la machinerie moléculaire de l'hôte infecté pour se multiplier. Un virus ne se nourrit pas, au contraire d'une bactérie ou d'une cellule eucaryote, ce qui est pourtant un des éléments de base de la vie. La frontière est parfois floue entre les très gros virus et certaines bactéries comme les rickettsie donc on peut certes dire que les virus sont des choses très étranges, pas vraiment inertes car capables de se multiplier, mais pas vraiment vivantes non plus. Ce qui est sûr c'est qu'il suffit d'exclure ces virus pour tomber sur un ancêtre commun et avoir un arbre du vivant. L'hypothèse du rhizome de Raoult est satisfaisante pour les virus, moins pour les bactéries ou les Archés, et certainement pas pour les Eucaryotes.
Bref, pour ce qui est de remettre Darwin en cause, on est loin du compte. Ce qui est remis en cause, c'est l'application aux virus des principes de l'évolution de type darwinienne. Rien de plus, et pas de quoi tuer Darwin.

La testostérone n'est plus l'hormone de l'agression

La vue généralement acceptée est que la testostérone, l'hormone mâle par excellence, est liée à l'agressivité, la violence et les comportements à risque. Ceci découle notamment d'expériences faites chez des rongeurs où la testostérone cause une augmentation de l'agressivité.
Pourtant une nouvelle étude publiée dans Nature vient démontrer que les choses sont bien différentes dans l'espèce humaine. L'administration de testostérone a des femmes a augmenté de façon significative leur capacité à négocier pour parvenir à un accord (voir graphe a). Seules celles à qui on disait qu'elles avaient reçu de la testostérone faisaient preuve de plus d'agressivité dans les discussions, même si elles n'avaient reçu... qu'un placebo, tandis que celles qui croyaient avoir reçu un placebo qui était en fait de la testostérone ont eu un comportement coopératif (graphe b). La testostérone serait donc victime de l'idée qu'on s'en fait, alors que chez les humains sont rôle serait finalement beaucoup plus positif qu'on ne le pensait. Un élément de la démonstration se trouve dans les graphes ci-dessous (tirés de l'article).

dimanche 6 décembre 2009

Pour un cours d'histoire des sciences en terminale S

Il est question de supprimer l'enseignement de l'histoire et de la géographie en terminale S. Chiche...
De toute façon, de la 6ème à la 1ère, il y a largement le temps de couvrir toute l'histoire, depuis les origines jusqu'à nos jours. Alors pourquoi ne pas remplacer cet enseignement par un cours d'histoire des sciences (ou un cours d'histoire de l'économie en terminale ES) ? Les connaissances des élèves de terminales S en histoire et géographie ne seront pas très différentes qu'ils aient des cours cette année là ou non. En revanche, deux heures par semaine consacrées à l'histoire des sciences feraient une immense différence pour une simple raison : cet aspect de l'histoire n'est jamais abordé dans le cursus d'un élève scientifique, ni avant le bac, ni en 1er ni en 2ème cycle. J'ai fait toutes mes études sans jamais entendre parler d'histoire des sciences.
Il y a pourtant matière à faire des cours passionnants : qui a découvert la boussole, le zéro, l'électricité, l'atome ? Et qui a su en faire le meilleur usage ? Qui a proposé pour la première fois une théorie du transformisme ou de l'évolution ? Darwin a-t-il eu des doutes en exposant sa théorie ? Qui était vraiment Gregor Mendel (loin d'être un simple moine, il était en réalité père abbé de son abbaye) ? Pourquoi ne pas présenter Copernic et Galilée de façon objective. Einstein s'est-il trompé sur certains points (mécanique quantique) ? Et que dire du rôle de Saint Albert le Grand dans la résurgence des sciences naturelles au Moyen-Âge.  Quelles étaient les connaissances scientifiques des différentes civilisations à la fin du Moyen-Âge ? Quelles avancées mathématiques ont bouleversées les sciences expérimentales ? Comment se sont transmises les grandes découvertes d'une civilisation à une autre ? Quelles connaissances fallait-il pour construire une pyramide, une cathédrale ? Quels sont les apports respectifs des civilisations chinoises, indiennes, persannes, arabes et occidentales (des égyptiens à l'europe chrétienne) ? D'autres découvertes importantes ont-elles été faites en-dehors de ces civilisations ? On pourrait associer cela à la philosophie et étudier la question de la vérité scientifique sous l'aspect philosophique et historique.
Bref, supprimons l'histoire géographie, mais seulement si c'est pour les remplacer par un cours histoire des sciences. Sinon, ce n'est pas la peine.

mercredi 2 décembre 2009

Les basiques de la thérapie cellulaire - 4) Différenciation - reprogrammation

Nous avons vu ce que sont les cellules souches et les cellules différenciées. Le processus qui va des premières aux secondes s'appelle la différenciation. Mais il est aussi possible d'aller des secondes aux premières : c'est la reprogrammation.

Reprogrammation par l'oocyte
La reprogrammation a été réalisée pour la première fois chez les Vertébrés en 1962 lors d'une célèbre expérience de John Gurdon chez un Xénope  (un crapaud sud-africain). Il prit le noyau d'une cellule intestinale chez un adulte et l'introduisit dans un oocyte dont il avait enlevé le noyau. Il put ainsi cloner l'adulte dont provenait la cellule intestinale. Surtout il démontrait que toute cellule conserve sa capacité à donner naissance à un individu complet, et donc à exprimer sa totipotence, comme le zygote. Il suffit juste de trouver les bonnes conditions ; ces conditions sont trouvées naturellement dans le cytoplasme d'un oocyte (le cytoplasme est tout ce que contient une cellule en dehors du noyau - celui-ci contient l'ADN).
En 1996, Ian Wilmut et ses collaborateurs reproduisaient ce résultat chez les Mammifères avec le clonage de la brebis Dolly. Depuis de nombreuses espèces ont pu être ainsi clonées (chien, souris, primates, etc.).
On peut donc en conclure que le cytoplasme de l'oocyte contient les facteurs nécessaires à la reprogrammation d'un noyau pour lui redonner sa totipotence.

Reprogrammation contrôlée par quelques facteurs
Nouvel exploit en 2006 : Shinya Yamanaka démontre que le reprogrammation peut être effectuée de façon contrôlée sans oocyte chez la souris. Le résultat est confirmé chez l'homme l'année suivante. Il suffit d'introduire dans un oocyte quatre gènes nommés Oct4, Sox2, Klf4, et c-Myc. L'expression de ces quatre gènes suffit à redonner un caractère de cellules souche embryonnaire à des cellules différenciées ; il appelle ces cellules des cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS). On ne peut en effet pas redonner une totipotence par ce biais, seulement une pluripotence. On sait aujourd'hui faire de la reprogrammation avec d'autres recettes, moins de facteurs, etc. Mais toutes ses méthodes sont basées sur des améliorations du protocole mis au point par Yamanaka.

Le prochain objectif : maîtriser la différenciation
Aujourd'hui, on sait contrôler la reprogrammation et il ne reste plus qu'à perfectionner la méthode. Le prochain objectif est maintenant de contrôler la différenciation en un type cellulaire donné : muscles squelettique ou muscle cardiaque, neurones d'un type ou d'un autre, etc. Contrairement à la reprogrammation qui peut se faire de façon plus ou moins similaire quelque soit le type cellulaire de départ car le point d'arrivée est toujours semblable, la différenciation pose un problème formidable : mettre au point un protocole différent pour chaque type cellulaire différencié.

samedi 28 novembre 2009

L'ancien ministre victime d'hallucinations

Ça va nous changer de Nature, Cell et Science. La référence sera cette fois un passionnant entretien de la Nouvelle République avec l'ancien ministre Guy Lengagne (et ancien député, conseiller général et maire de Boulogne-sur-Mer, il a été secrétaire d'État à la Mer et membre du conseil de l'Europe pendant 10 ans).
Notre bon ex-ministre a rédigé un rapport sur « Les dangers du créationnisme dans l'enseignement » (2), adopté en commission de la culture puis retoqué en séance plénière. Les responsables de cet échec : « Je n'ai su que plus tard que j'avais dû mes déboires à une intervention directe du Vatican ». Et d'ajouter : « Dans l'enseignement catholique, Benoît XVI a durci les consignes pour l'enseignement du créationnisme dont se réclame d'ailleurs ouvertement l'évêque de Vienne »
Et pour finir : « En tout cas, j'ai trouvé intolérable que le Conseil de l'Europe, tourné vers les droits de l'homme, empêche un jeune d'apprendre la théorie de l'évolution, c'est une atteinte à ses droits et une incroyable entrave à la liberté ». Notre ancien ministre ne semble pas avoir pris la peine d'ouvrir les livres du primaire, du collège et du lycée qui parle uniquement d'évolution et jamais de créationnisme. Oui, dès le primaire on parle des ancêtres de l'homme... Il faut avoir du culot pour dire que le Conseil de l'Europe empêche un jeune d'apprendre la théorie de l'évolution !
Quant à ses accusations fumeuses contre le Vatican et Benoît XVI, j'invite notre ancien ministre à lire les documents qui se trouvent dans la colonne de droite de ce blog depuis son premier jour. À savoir l'encyclique Humani generis (1950), un texte de la commission théologique internationale (en particulier les articles 63 et 64, 1994), la lettre de Jean-Paul II (1996), le message de Benoît XVI (2008). Et il faudrait encore qu'il lise "Création et Évolution", le compte-rendu d'une retraite de plusieurs jours au cours de laquelle Benoît XVI a invité des experts et d'anciens étudiants à parler d'évolution à Castel-Gandolfo. Ou qu'il soit au courant de la conférence sur l'évolution organisée par le Vatican du 3 au 7 mars 2009 : mon premier billet ! Il est utile de préciser que les tenants du créationnisme et de l'Intelligent Design en ont été écartés : voyez ici, monsieur le ministre (attention, vous serez sur un site qui défend l'Intelligent Design).

vendredi 27 novembre 2009

Histoire d'en rire














Copyright 1998 John Trever, Albuquerque Journal.

La maltraitance a des effets biologiques à long terme

En mars, je vous parlais d'une étude démontrant qu'il y a un lien entre la maltraitance des enfants et des modifications épigénétiques de certains gènes. Il y a quelques jours, une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Neuroscience a montré que même un stress relativement léger chez des souris, sous la forme d'une séparation d'avec la mère pendant trois heures par jour sur les dix premiers jours, avait des conséquences tout au long de la vie des souris en question. Elles étaient plus sensibles à de nouvelles situations de stress et avaient une moins bonne mémoire.
Les chercheurs de l'Institut Max Planck de Psychiatrie de Munich ont pu démontrer que cela est dû à des modifications épigénétiques lors du premier stress qui altèrent de façon permanente l'expression de la vasopressine, une hormone du stress. Une hypométhylation d'une zone régulatrice importante contrôlant l'expression de ce gène induit une surexpression de la vasopressine, générant une hypersensibilité au stress. L'administration d'une molécule bloquant l'action de la vasopressine permet de supprimer cette réponse excessive. Il y a donc un lien direct entre un stress précoce, même bénin, et la capacité de ces souris à résister à des situations sortant de l'ordinaire.
Il est tout à fait possible qu'un mécanisme similaire soit découvert chez l'homme. En tout état de cause, cela renforce l'idée que la maltraitance subie par un enfant peut l'influencer de façon durable, et on connaît aujourd'hui au moins un mécanisme biologique responsable de ce processus au travers de modifications épigénétiques.

Les basiques de la thérapie cellulaire - 3) Qu'est-ce qu'une cellule souche ?



Par opposition à une cellule différenciée, une cellule souche a la capacité de se diviser en générant une cellule identique à elle-même, et une autre qui va se spécialiser. Les cellules souches sont donc en théorie capables de se diviser indéfiniment lorsqu'elles sont mises en culture.
On distingue quatre types de cellules souches :
- Cellules totipotentes : il n'y en a qu'une par individu, c'est le zygote. Il va en effet former à lui tout seul la totalité de l'individu. Ce n'est pas à proprement parler une cellule souche car elle n'est pas capable de générer une autre cellule totipotente en se divisant.
- Cellules pluripotentes : ce sont les cellules souches embryonnaires dont on parle tant, ainsi que les cellules iPS (induced pluripotent stem cells). Elles sont capables de générer tous les types cellulaires mais ne sont plus totipotentes car elles ne peuvent donner naissance à un individu entier.
- Cellules multipotentes : on y retrouvent de très nombreux types cellulaires chez l'enfant et l'adulte. Ce sont par exemple les cellules souches du sang de cordon, celles du liquide amiotique, celles de la moelle osseuse. Ces cellules sont capable de générer des cellules très différentes ; ainsi les cellules de la moelle osseuse donnent naissance à toutes les cellules sanguines : globules rouges, plaquettes, et les différents types de globules blancs.
- Cellules unipotentes : ces cellules sont aussi très nombreuses et ne peuvent générer qu'un seul type cellulaire. Ce sont par exemple les cellules souches de la peau ou de l'intestin.

jeudi 26 novembre 2009

Les basiques de la thérapie cellulaire - 2) Qu'est-ce qu'une cellule différenciée ?

Une cellule est l'unité de base du vivant. Elle peut plus ou moins se suffire à elle-même pourvu qu'on la mette dans un milieu adéquat. La plupart de nos cellules sont dites "différenciées", c'est-à-dire qu'elles sont une fonction bien précise : un neurone transmet des informations, une cellule musculaire peut se contracter, un globule rouge transporte de l'oxygène, un globule blanc joue un rôle dans l'immunité, etc. Pourtant toutes ces cellules ont le même patrimoine génétique (sauf les globules rouges qui n'ont plus de noyau) puisqu'elles descendent toutes d'une seule cellule, le zygote issu de la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde. Ce patrimoine génétique reste intact dans une cellule différenciée, mais cette dernière ne se sert que d'une petite partie du répertoire génétique dont elle a hérité. Au contraire, le répertoire est totalement ouvert chez le zygote. Au fur et à mesure du développement de l'embryon, les cellules vont se spécialiser dans une partie de ce répertoire, partie différente selon les futures fonctions des cellules.
Au terme du processus de différenciation, une cellule ne réalise plus qu'une seule fonction, et en général elle a perdu sa capacité à se diviser.

mercredi 25 novembre 2009

Obtention de peau à partir de cellules souches embryonnaires humaines

Commentaire sur l'article récemment publié par Guenou et al, The Lancet, 374, 1745 dont M. Peschanski est un co-auteur.
Pour traiter les grands brûlés, on a recours à la culture de cellules de la peau prélevées dans des zones non affectées par la brûlure. C’est une excellente méthode dans la mesure où la greffe est totalement compatible puisqu’il s’agit d’une autogreffre. Le principal souci vient du délai nécessaire pour obtenir une surface de peau suffisante pour couvrir une brûlure importante, délai qui est d’environ trois semaines. Pendant ce laps de temps, la brûlure est généralement couverte avec de la peau issue de cadavres humains, ou de tissus semi artificiels. Mais il y a toujours des risques non négligeables de rejet rapide et la peau issue de cadavres n’est pas disponible en quantités suffisantes. Les cellules souches embryonnaires (CSE) humaines pourraient être une ressource alternative si on parvient à induire leur différenciation en cellules de la peau avec un protocole fiable, car on pourrait alors produire des quantités de peau en théorie illimitées.
Je passe sur les détails du protocole mis au point qui prend environ 40 jours pour aller d’une lignée de CSE à des kératinocytes qui peuvent être cultivées ou congelés. En résumé, les lignées de CSE humaines H9 et SA01 ont été utilisées et ont permis de générer un tissu qui avait toutes les caractéristiques de la peau en épithélium pluristratifié. De plus, des greffes sur cinq souris immunodéprimées (souris nude) ont montré que cette peau pouvait être stable pendant au moins 12 semaines. Pour générer de la peau de cette façon, il est possible de répéter la totalité du protocole en partant de lignées de CSE, ou bien démarrer directement avec les kératinocytes congelés que l’on remettrait en culture. Cette dernière solution permettrait de gagner beaucoup de temps. Un avantage certain de cette technique vient de la faible expression de marqueurs de l’immunité comme le MHC dans ces cellules de la peau obtenues ainsi, ce qui réduirait le risque de rejet par un patient.

Ce qu’il y a de nouveau
Pour la première fois, on est capable de générer un épithélium pluristratifié, autrement dit de la peau, à partir cellules souches embryonnaires humaines. C’est la transposition à l’homme d’un travail effectué chez la souris en 2003 (Coraux et al, Curr Biol, 13, 849). Ce pourrait donc être une solution pour traiter de façon temporaire de grands brûlés ou d’autres maladies de la peau comme l’épidermolyse bulleuse.

Problèmes potentiels
- Un centre de traitement devra avoir en permanence des kératinocytes à différents stades de culture pour utilisation à tout moment. Ce qui a pu être fait dans un laboratoire très bien équipé pourra-t-il être reproduit à l’échelle quasi industrielle ?
- Les essais ont été faits sur des souris immunodéprimées. Les greffes, même temporaires et n’exprimant que peu d’antigènes, tiendront-elles chez des patients non immunodéprimés ?
- L’analyse des résultats chez les souris a été fait après 12 semaines. Est-ce assez pour s’assurer de l’innocuité des cellules utilisées ? Il pourrait suffire de quelques CSE non différenciées pour risquer d’induire un cancer. Une étude chez la souris n’a pas mis en évidence de pouvoir cancérigène de kératinocytes de souris obtenus à partir de CSE de souris (Coraux et al, Curr Biol, 13, 849). Mais cela devra être suivi de façon très précise lors des essais thérapeutiques. La présence de microcystes dans les souris testés par Geron avant son essai chez l’homme est à l’origine de l’arrêt temporaire de cet essai.
- Il reste à démontrer la validité du processus de greffe temporaire chez l’homme. Ce qui a marché avec des cellules humaines chez des souris ne devrait pas poser de problème chez l’homme, mais encore faut-il le démontrer. Ce sera le rôle des essais cliniques.
- Le premier essai thérapeutique testant un produit issu de CSE humaines, initié par Geron, est beaucoup cité bien qu’aujourd’hui arrêté, sans doute pour encore un an.
- « K-hESC allografts might also benefit from banks containing cell lines with appropriately selected haplotypes from rare donors that are triple homozygous for HLA-A, HLA-B, and HLA-DR ». C’est une très bonne suggestion. Le problème est qu’il n’existe sans doute pas de lignées de CSE répondant à ces critères aujourd’hui. Donc soit on décide de créer des embryons à seule fin de recherche, ce qui est interdit aujourd’hui en France et le restera sans doute, soit on est obligé de passer par la reprogrammation de cellules différenciées en cellules iPS. La solution la plus éthique est certainement la deuxième.

Autres solutions possibles
- La même chose pourrait sans doute être mis au point avec des cellules souches adultes de la peau, avec les mêmes restrictions (avoir en permanence différentes étapes du protocole de culture en route simultanément). Un avantage est qu’on pourrait sélectionner des donneurs du génotype cité plus haut sans avoir à passer par des CSE, ni des cellules iPS. Une démonstration partielle de cette possibilité se trouve dans un article publié en 2006 dans la revue Stem Cell par une autre équipe française (Larderet et al, Stem Cell, 24, 965).
- En théorie des cellules iPS pourraient aussi être utilisées. Il ne servirait à rien de reprogrammer des cellules du patient (cela prendrait bien plus de temps que de cultiver les cellules de sa propre peau) mais on pourrait partir de cellules iPS tout comme cette étude est partie de CSE.

En guise de conclusion
C’est une indéniable avancée technique, transposant un travail fait chez la souris en 2003. Aspect éthique mis à part, c’est certainement une piste prometteuse. Mais il y a sans doute d’autres solutions plus acceptables éthiquement, ne passant pas par des CSE humaines. Soit en utilisant des cellules iPS (mais il y aurait tout à faire), soit en isolant des cellules souches de la peau chez des personnes exprimant un système HLA aussi neutre que possible et pouvant être utilisées chez de nombreux patients.
En tout état de cause, cela ne constitue pas la première démonstration d’une application thérapeutique des CSE. Il faudra en effet d’abord faire des essais cliniques chez l’homme. Et rien ne prouve que cette méthode ne soit pas remplacée par une autre qui serait plus performante avant son exploitation éventuelle.

mardi 24 novembre 2009

Les basiques de la thérapie cellulaire - 1) Le principe

La thérapie cellulaire consiste à remplacer des cellules perdues ou abîmées dans un tissu. Par opposition la thérapie génique consiste à remplacer un gène défectueux à l'intérieur d'une cellule, sans changer celle-ci. La greffe de peau est une thérapie cellulaire : on va prendre de la peau quelque part sur le corps du patient brûlé, faire en sorte que les cellules se multiplient et forment une nouvelle couche de peau, et la poser sur la brûlure. Une autre thérapie cellulaire est tout simplement la transfusion sanguine où un patient va recevoir le sang d'une autre personne. Ou bien la greffe de moelle osseuse qui va permettre de reconstituer le patrimoine de cellules dites "hématopoïétiques" qui génèrent toutes les cellules du sang, globules rouges, globules blancs et plaquettes.
On distingue à travers ces exemples les greffes autologues (greffe de peau qui vient du patient brûlé ou auto-transfusion sanguine pour une opération) des greffes allogènes où les cellules transplantées viennent d'une autre personne.
Les progrès des dix dernières années sont très importants. On sait isoler des cellules, les trier rapidement, sélectionner celles qui nous intéressent, les multiplier en culture cellulaire, etc. On apprend par ailleurs à identifier les cellules souches adultes : il semble que tous les tissus ou presque en aient. Il suffirait donc en théorie d'en prélever quelques-unes pour reconstituer un type cellulaire. On a appris à utiliser les cellules du sang de cordon. Et en se rapprochant de la cellule totipotente qu'est la première cellule issue de la fécondation, on sait maintenant isoler des lignées de cellules souches embryonnaires. On pourrait donc en théorie reconstituer n'importe quel tissu à partir de ces cellules multipotentes.

Les problèmes

En théorie, on peut aujourd'hui tout envisager. En pratique on en est encore loin bien sûr. Tout d'abord il y a le problème de la compatibilité entre les cellules de différentes personnes. Pour le résoudre, il y a les perspectives ouvertes par la reprogrammation des cellules adultes en cellules souches induites (cellules iPS) qui permettraient de ne faire que des greffes autologues. Mais si on veut guérir une maladie génétique de cette façon, il faut associer la thérapie cellulaire à la thérapie génique ; c'est ce qui a été fait pour guérir les "enfants bulles" qui ont un système immunitaire totalement déficient.
Obtenir les bonnes cellules : c'est le principal problème à l'heure actuelle. On sait reprogrammer des cellules différenciées en cellules souches, mais on sait moins bien induire leur différenciation en un type cellulaire donné. Et c'est beaucoup plus difficile. En effet dans un cas une poignée de gènes actifs sont suffisant pour reprogrammer des cellules très différentes. Mais pour re-différencier, il faut allumer ou éteindre des gènes différents pour chaque type cellulaire à produire. Moins la cellule d'origine est différenciée, plus il est difficile de la guider vers une voie alors que ces centaines d'autres sont possibles. Au contraire plus elle est spécialisée plus ce sera facile car le nombre d'options sera plus restreint ; par exemple avec des cellules souches de la peau on ne fera que de la peau. Il n’est donc pas sûr que les cellules souches embryonnaires ou les cellules iPS soient les meilleures cellules pour la thérapie cellulaire. Apprendre à reconnaître et prélever quelques cellules souches adultes d’un tissu pour le reconstituer est une autre possibilité.

Les basiques de la thérapie cellulaire

Au cours des prochains jours, je vais m'efforcer d'expliquer la thérapie cellulaire et les cellules souches à ceux qui ne connaissent rien à la biologie. Ce devrait donc être beaucoup moins technique que mes billets habituels et je ne mettrai pas de référence. Mais je ne peux pas non plus tomber dans l'approximation trop vague, donc le lecteur devra tout de même faire un minimum d'efforts pour comprendre !
Autre avertissement important : je ne signalerai pas toujours les problèmes éthiques associés à telle ou telle méthode. Ils sont souvent évidents et j'y reviendrai à la fin de ces "basiques".

samedi 21 novembre 2009

Ouch! Bad choice!

Une campagne d'affichage chez nos amis britanniques a été organisée par quelques athées (dont des scientifiques, ce qui justifie que j'en parle dans le cadre de ce blog) après avoir récolté des fonds grâce à des articles dans The Guardian. Le résultat ? Cette affiche, qui demande que les enfants ne soient plus élevés religieusement par leurs parents car ils n'auront qu'à choisir plus tard. À voir ces enfants si heureux, on se dit que c'est forcément dû à leur éducation libre de toute "endoctrinement" religieux.
Des évangélistes sur la photo
Hélas, hélas, les deux enfants choisis pour figurer sur l'affiche sont des évangélistes (oups, j'ai fait ce que cette affiche veut nous interdire...). Charlotte et Ollie sont les enfants d'une célébrité dans les milieux évangélistes : leur père est batteur dans le groupe de musique chrétienne de Noel Richards. 
No comment! 
Source : The Times

Les sceptiques du réchauffement climatique ont-ils marquer un point ?

Je ne vous ai encore jamais parlé de changement climatique car je suis bien incapable de juger en scientifique les données. Et mon opinion non éclairée sur ce sujet ne regarde donc que moi.
Mais une histoire relatée par la presse anglo-saxonne va faire du bruit : des serveurs de l'université d'East Anglia ont été piratés et plusieurs milliers de documents et emails rendus publics et plusieurs ont éré validés, autrement ce n'est pas un faux grossier. Certains emails révèlent des pratiques un peu limite, comme le lissage de données pour ne pas trop insister sur le refroidissement des 10 dernières années, ou masquer le réchauffement qui a eu lieu au Moyen-Âge. D'autres emails ont été tout simplement effaçés (mais on ne sait pas ce qu'ils contenaient...) ; il ne reste plus que les emails demandant leur suppression. D'autres enfin discutent d'arrêter de soumettre des articles à "Climate Research" qui publie trop d'articles de sceptiques du réchauffement à leur goût.

Cela dit, en ce qui concerne le lissage des données, nous faisons tous ce genre de choses dans les laboratoires, afin de montrer des résultats plus claires ou plus lisibles. Donc savoir s'il y a tricherie dans ce cas précis est presque impossible. Et les sceptiques du changement climatique ne se gênent pas de leur coté pour oublier des données essentielles dès que ça les arrange.

Quelques articles : Washington Post, New York Times, Guardian, Daily Telegraph.

mercredi 18 novembre 2009

Une thérapie possible pour la trisomie 21 ?

En utilisant une souris modèle pour la trisomie 21, une équipe américaine de l’université de Stanford aurait démontré qu’un neurotransmetteur, la norépinephrine, aussi appelée noradrénaline, pourrait être utilisé pour alléger le déficit mental lié à cette maladie génétique. J’utilise le conditionnel car à l’heure où j’écris, l’article n’est pas encore été mis en ligne par la revue Science Translational Medicine et je me base sur une poignée de dépêches anglo-saxonnes.
Les patients atteints de trisomie 21 ont des difficultés dans la mémorisation de certaines informations, notamment spatiales, qui sont traitées dans l’hippocampe. Ils ont en revanche moins de problèmes pour mémoriser des informations associées à des couleurs ou à des sons car l’intégration de ces données se fait dans une autre zone du cerveau. L’hippocampe reçoit normalement des informations en provenance d’une région du cerveau, le locus coeruleus, qui dégénère rapidement chez les patients. Ces messages en provenance du locus coeruleus sont véhiculés par la noradrénaline.
Les chercheurs ont donc eu l’idée de donner directement la noradrénaline aux souris modélisant la trisomie 21. Placée dans une nouvelle cage, une souris normale commencera à faire un nid, alors que les souris modèles de trisomie 21 en seront incapables. Mais dans les heures qui suivent l’ajout de noradrénaline (injection de l-DOPS qui peut traverser la barrière du cerveau et être convertie en noradrénaline), ces souris redeviennent capables de faire des nids dans un nouvel environnement et de résoudre d’autres problèmes du même type. Il semble donc que le simple fait de fournir ce neurotransmetteur pourrait améliorer de façon significative la mémorisation et le traitement d’informations spatiales notamment.
Combiné à d’autres traitements comme ceux consistant à fournir un autre neurotransmetteur, l’acétylcholine, on peut espérer améliorer certains aspects du déficit mental induit par la trisomie 21. Il faut savoir que certains médicaments sont aujourd’hui utilisés pour augmenter le taux de noradrénaline chez l’homme pour traiter d’autres maladies. Il pourrait être donc relativement simple de tester leur efficacité dans le cas de la trisomie 21.

Remarque : les souris modélisant la trisomie 21 portent une troisième copie de 104 gènes du chromosome 16 qui est chez la souris homologue au chromosome 21 humain.

Sources : The Scientist, ScienceDaily

dimanche 15 novembre 2009

Pourquoi les femmes devraient s’intéresser aux biotechnologies

NB : ce texte est une traduction d'un billet du blog Mary Meets Dolly tenu par Rebecca Taylor, qui est biologiste moléculaire, et catholique.

La plupart des femmes ne savent pas combien elles sont précieuses. Je ne parle pas de la cuisine, du ménage, ou d’élever les enfants tout en rapportant un salaire à la maison. Je parle de leur biologie.
Le Dr Hwang Woo-suk, chercheur déshonoré qui affirmait avoir cloné des embryons humains et extrait des cellules souches, a été reconnu coupable de détournement de fonds récemment et a reçu une peine de deux ans avec sursis. À mon avis, le principal crime du Dr Hwang n'est pas son article frauduleux, ou le détournement de fonds. C’est plutôt l’exploitation des chercheuses de son laboratoire pour leurs ovules. Le clonage nécessite des ovules, beaucoup d’ovules. Donner des ovules n'est pas facile et peut entrainer une stérilité et même à la mort. Que ces chercheuses de son laboratoire aient été incitées à vendre leurs ovules ou non, ce fut une grave violation éthique.
Le retour du Dr Hwang sous les feux de la rampe m'a rappelé que les biotechnologies de pointe, surtout dans le domaine de reproduction, sont un problème pour les femmes. La recherche sur les cellules souches embryonnaires ou le clonage ne peut se poursuivre sans les précieux ovules qui se trouvent dans nos ovaires. Dans le futur, ni le clonage reproductif ni le génie génétique sur les enfants ne pourra être fait sans nos ventres pour porter les dernières créations des scientifiques. Tout cela induit des risques importants pour les femmes dont la biologie est unique.
Certains diront que l'indemnisation est suffisante pour s’assurer que les femmes ne sont pas exploitées par la biotechnologie. Je ne suis pas d’accord. J'appelle les indemnisations pour les mères porteuses ou les dons d'ovules de la prostitution de haute technologie qui s’appuie sur les femmes à faible revenu. De trop nombreux scientifiques considèrent les femmes comme des banques de matériel biologique dont on ne peut malheureusement disposer sans payer. Récemment, le Dr Sam Wood de la société Stemagen Corp a dit qu'il voulait payer les femmes pour obtenir leurs ovules. Il prétend qu'il ne peut pas en avoir autrement. Oublions les risques pour la santé des jeunes femmes, le Dr Wood veut ces ovules pour continuer le clonage thérapeutique. « Donnez-nous les ovules. Si nous ne réussissons pas, vous pourrez critiquer », a déclaré Wood. « Vous devez donner aux gens les outils nécessaires pour savoir si une expérience va marcher ». Une fois de plus la fin justifie les moyens. Le seul problème, c'est qu'il parle de jeunes femmes qui mettent leur fécondité et leur santé en danger pour lui fournir les matériaux de base pour ses expériences de clonage.
Je pense que certains hommes ne comprennent pas que le don d'ovules n'est pas comme un don de sperme. Je vais aller plus loin et dire que si pour obtenir des spermatozoïdes, il fallait aller les chercher directement dans les testicules avec une aiguille après injection d’hormones, la recherche sur les cellules souches embryonnaires et le clonage serait encore de la science-fiction. C’est garanti.

Une de mes citations préférées sur le clonage vient du Dr Gregory Pence, spécialiste de bioéthique de l'Université de l'Alabama, qui parle tranquillement de ce qu'il faudrait faire pour que le clonage reproductif devienne une réalité : « Si l'objection morale primaire au clonage reproductif, c'est qu’il se traduira vraisemblablement par des erreurs génétiques lors de la reprogrammation, alors bien sûr nous voulons faire des recherches pour prévenir ce genre de problème. Mais comment faire cela ? Le meilleur moyen est de voir comment des embryons clonés se développent et d’étudier leur gestation chez des chimpanzés, dans des utérus artificiels, ou avec des volontaires humains, puis les faire avorter pour voir quels embryons sont normaux et lesquels ne le sont pas, puis faire des expériences pour ne plus créer que des embryons ou fœtus qui se développeront normalement ». Dr Pence, ces « volontaires humains » sont de vraies femmes qui mettraient leur propre fécondité et leur santé mentale et physique en danger, non seulement en portant un fœtus cloné, mais aussi en devant avorter volontairement au nom de la science.

Même les « pro-vie » peuvent considérer les femmes comme « une matière biologique exploitable ». Souvenez-vous du Dr William Hurlbut de Stanford qui a proposé le transfert nucléaire altéré associé à la reprogrammation assistée par oocyte (Altered Nuclear Transfer with Oocyte Assisted Reprogramming ; ANT-OAR) comme une alternative au clonage pour générer des cellules souches embryonnaires spécifique pour des patients. Trente-cinq poids lourd universitaires « pro-vie », dont le père Thomas Berg et le père Tad Pacholczyk ont signé une déclaration approuvant l’ANT-OAR. Le problème ? La partie oocytes. Les oocytes sont des ovules et l’ANT-OAR nécessite des ovules humains, tout comme le clonage. L’ANT-OAR aurait eu besoin du même nombre, sinon plus, de femmes donnant des ovules pour satisfaire les besoins en ovules de cette technique.
C'est justement pour ces problèmes d'ovules et d’embryons que certains chercheurs ont abandonné la recherche sur les cellules souches embryonnaires et le clonage et travaillent avec des cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS) à la place. Les cellules iPS ne nécessitent ni embryons ni ovules et se comportent comme des cellules souches embryonnaires. Ces cellules iPS peuvent même être génétiquement identiques à un patient, ce qui rend le clonage inutile.

Faites une faveur à vos filles

C'est pour ça que les femmes doivent se soucier des biotechnologies. Parce que c'est leur corps qui sera exploité pour permettre à quelques visions de scientifiques de se concrétiser. Si nous ne fournissons pas les matériaux de base, la recherche sur les cellules souches embryonnaires et le clonage ne peut pas continuer et des alternatives comme les cellules iPS devront être trouvées. Les femmes doivent de se manifester et dire « Trouvez une autre solution ». Certaines l’ont déjà fait : « Hand Off Our Ovaries » [qu’on pourrait traduire par : Laissez nos ovaires tranquilles], dont je suis membre, est un groupe de femmes et d’hommes pro-choix ou pro-vie qui réalisent que les progrès des biotechnologies vont exploiter les femmes vulnérables.
Faites une faveur à vos filles. Apprenez-leur les biotechnologies, ce qu’il y a de bon et ce qu’il y a de mauvais. Assurez-vous qu'elles comprennent à quel point leur corps est précieux. Apprenez-leur ce que sont les dons d'ovules et les mères porteuses et les risques encourus. Assurez-vous qu'elles apprennent à ne pas devenir des victimes exploitées dans le Meilleur des mondes.

mardi 10 novembre 2009

Le limogeage de David Nutt est suivi de cinq démissions !

Le Professeur David Nutt a été limogé fin octobre par le ministre de l'intérieur britannique pour ses déclarations controversées sur les drogues comme l'ecstasy. Deux experts, Marion Walker et le Dr Les King avaient démissioné dans la foulée. Ce sont maintenant trois experts qui partent à leur tour du "Advisory Council on the misuse of drugs" pour protester contre l'attitude du gouvernement britannique envers les scientifiques ; il s'agit des Dr John Marsden, Ian Ragan et Simon Campbell. Le tout après une réunion avec le ministre de l'intérieur qui n'a servi à rien. Bref, le torchon brûle...














Caricature : The Times

lundi 9 novembre 2009

Cellules iPS : toutes les cellules peuvent être reprogrammées

Encore un billet sur les derniers progrès de la recherche sur la reprogrammation des cellules adultes ou plus ou moins différenciées en cellules iPS. Fort peu de sujets sont aussi "chauds" depuis leur découverte récente, à part peut-être les microARN. Mais je digresse...

La nouvelle du jour vient de Nature et d'un article sortant du laboratoire de Rudolph Jaenisch au MIT. Le but était de discriminer quatre hypothèses : 1) toutes les cellules sont reprogrammables, ou bien 2) seules certaines cellules sont susceptibles d'être reprogrammées, comme par exemple les quelques cellules souches d'un tissu qu'on prendra lors d'un prélèvement ; par ailleurs la reprogrammation nécessitera un nombre fixe (3) ou variable (4) de divisions cellulaires.
Ce nouveau travail démontre que presque toutes les cellules peuvent être reprogrammées (1) mais que cela prendra un nombre de divisions cellulaire indéterminé (4). La reprogrammation, induite avec les protéines Oct4, Sox2, Klf4 et c-Myc peut prendre entre deux et dix-huit semaines, date à laquelle plus de 90% des populations cellulaires auront donné des cellules iPS ; chaque population est issue d'une seule cellule, démontrant que presque toutes les cellules d'un tissu peuvent être reprogrammées. Ceci a pu être démontré en utilisant des populations de cellules immunitaires (lymphocytes B) ayant toutes intégré les constructions permettant l'expression de quatre facteurs de la reprogrammation et étant donc soumises de façon égale au processus.

Rôles de Lin28, p53 et Nanog
En plus des quatre facteurs découverts à l'origine par Yamanaka, plusieurs autres protéines peuvent accélérer le processus de reprogrammation. Les chercheurs ont voulu savoir quel pouvait être leur rôle. L'obtention de cellules iPS a pu être accéléré de façon dépendante de la division cellulaire grâce à la surexpression de Lin28, ou l'inhibition de p53, un gène impliqué dans la plupart des cancers. Ces deux facteurs, qui étaient considérés comme impliqués directement dans le processus de reprogrammation, ne feraient en réalité que contrôler le rythme des divisions cellulaires ; pour p53 et Lin28, la reprogrammation est accélérée grâce au rythme de division plus rapide. Ce n'est pas le cas pour Nanog qui semble avoir un rôle direct dans la reprogrammation.


En résumé
C'est un travail de fond qui a été accompli. Il a permis d'une part de démontrer que presque toutes les cellules d'une population peuvent être reprogrammées mais que cela peut prendre plus ou moins de temps ; la reprogrammation arrive donc au hasard dans une cellule, sans doute en fonction de fluctuations épigénétiques qu'on ne sait pas encore contrôler. D'autre part, il est désormais démontré que parmi p53, Lin28 et Nanog, seul Nanog est un facteur directement impliqué dans la reprogrammation comme Oct4, Sox2, Klf4 et c-Myc. Enfin p53 et Lin28 favoriseraient la reprogrammation en augmentant le rythme des divisions cellulaires, ce qui serait important pour générer ces fluctuations épigénétiques.

Rappel : le processus de reprogrammation est essentiellement de nature épigénétique, à savoir qu'il modifie la façon dont l'ADN va être exprimé. C'est comme réinitialiser un disque dur en quelque sorte.

dimanche 8 novembre 2009

Shocking: Un expert scientifique limogé

Il y a quelques mois, avec un tel titre, tout le monde aurait pensé que Bush avait encore fait des siennes. Mais cela se passe en Grande-Bretagne, sous le gouvernement de Gordon Brown, travailliste ayant succédé à Tony Blair. Le professeur David Nutt, conseiller spécial du gouvernement pour la lutte contre la drogue, a été proprement viré fin octobre. Il faut dire que sa façon d'expliquer qu'il est moins dangereux de prendre de l'ecstasy que de faire du cheval peut surprendre... Même Nature s'est mêlé à la discussion (ici et notamment). Je ne discuterai pas ici de savoir s'il a raison ou tort. Ce que je voudrais souligner en revanche, c'est que quand un Bush fait ça, tout le monde s'indigne. Quand c'est le ministre socialiste britannique, ça donnne quelques pauvres articulets dans la presse française et personne n'en tiendra rigueur à Brown.

Le gouvernement britannique a-t-il un problème avec la science ?
Et ce n'est pas fini. Dans un entretien à Nature, Lord Drayson, ministre des sciences, reconnaît qu'il y a eu d'autres problèmes avant ce limogeage et que l'ambiance n'est pas au beau fixe chez les scientifiques chargés de conseiller le gouvernement. Utilisant la version britannique de la langue de bois, cela donne : "Drayson also admitted there were concerns among government advisors that pre-date ‘Nutt-gate’. He said at recent meetings “a number of leading scientific advisors across different fields ... expressed to me some underlying concerns”." Va-t-on découvrir que le gouvernement de sa Gracieuse Majesté est truffé de ministres obscurantistes et anti-science ?

mardi 3 novembre 2009

Nouvelle stratégie de lutte contre la malaria

La malaria, ou paludisme, tue entre un et trois millions de personnes dans le monde. Les vaccins développés visent à protéger les individus, tandis que des traitements (dont j'ai parlé ici) permettent de soigner les patients.
Une nouvelle stratégie vient d'être élaborée par le PATH Malaria Vaccine Initiative (MVI), le principal partenariat public-privé luttant contre cette maladie. L'ambition n'est rien moins que l'éradication de la maladie, en élaborant des vaccins qui empêcheront la multiplication des virus chez les moustiques. L'idée est de vacciner les populations à risque non seulement pour les protéger contre le parasite, mais aussi pour leur faire produire des anticorps dirigés contre la phase de reproduction sexuelle du parasite, qui a lieu dans l'intestin des moustiques. Lorsqu'un moustique piquera un malade, il aspirera avec le sang non seulement le parasite mais aussi les anticorps qui empêcheront sa reproduction. Les premiers tests démontrent une diminution très importante de la transmission après utilisation de tels vaccins. Associés aux vaccins classiques de protection contre l'infection, on peut espérer réduire peu à peu l'impact de la malaria dans le monde, peut-être jusqu'à l'éradication totale, au cours des prochaines décennies.
Source : Nature news

samedi 31 octobre 2009

Possible reprise du 1er essai clinique avec des cellules souches embryonnaires humaines... à l'automne 2010

La société Geron a annoncé qu'elle venait d'arriver à un accord avec la FDA pour reprendre son essai clinique afin de tester l'effet de cellules souches embryonnaires humaines sur la réparation de la moelle épinière. Celui-ci a été arrêté par la FDA après l'apparition de kystes chez les souris traitées.
Cet essai pourrait reprendre à l'automne 2010, comme l'indique le communiqué de presse de Geron :
"In discussions with the company, the FDA has advised that it concurs with Geron that positive data from this study can be used to support both release of the clinical hold and expansion to cervical patients. Geron expects the data from this study to enable re-initiation of the clinical trial in the third quarter of 2010."

jeudi 29 octobre 2009

Légalité et financement de la recherche

Que faut-il pour réaliser un projet scientifique ?
La première condition est la suivante : est-ce légal ? Tant qu'il s'agit d'animaux, les obstacles légaux sont limités. Tout au plus vous demandera-t-on de remplir une telle montagne de papier que vous renoncerez à faire la manip. Comme par exemple implanter des électrodes dans le cerveau d'un animal. Quand il s'agit de l'homme, le cadre légal est bien sûr beaucoup plus contraignant. Par exemple aujourd'hui la recherche sur l'embryon ne peut se faire qu'après autorisation express ; et il est interdit d'en créer uniquement à des fins de recherche, ou de fabriquer des embryons hybrides humain-animal.
La deuxième question concerne les financements : ce projet sera-t-il sélectionné par une agence de financement comme l'ANR ou une association telle que l'ARC, la Ligue contre le cancer ou la Fondation pour la recherche médicale ? Et là, c'est beaucoup plus compliqué car les projets sont systématiquement évalués par d'autres chercheurs, entre un et trois selon l'importance du projet et la somme demandée. Quasiment plus aucune recherche ne se fait en France sur financement "automatique". Ce que donnent le CNRS ou l'INSERM à une équipe de recherche pour l'année permet tout juste de tenir entre deux et huit semaines (ça dépend de la taille de l'équipe et du type de recherche), le reste vient de financements obtenus sur projets évalués par des pairs. Reste la complication des appels à projets sur des thématiques prédéfinies par l'état : dans ce cas là les évaluateurs ne sont plus totalement libres car il faut coller à une thématique ce qui peut impliquer le rejet d'un excellent projet qui n'aurait qu'un rapport lointain avec l'objet de l'appel d'offre.

Le problème du financement explique pourquoi certaines recherches autorisées ne sont jamais mises en pratique. On a vu l'exemple de la Grande-Bretagne légalisant les embryons hybrides après une montée au créneau des chercheurs, suivi par le refus de financer les projets déposés par les trois équipes autorisés à faire ce type d'expériences. Il serait donc inutile d'autoriser, de façon exceptionnelle ou courante, des recherches qui ne seraient pas financées ensuite.
Le problème est qu'avec l'utilitarisme ambiant, un chercheur voudra pouvoir faire une manip pour le cas où. Donc il dira presque toujours qu'un type d'expérience donné devrait être autorisé. Sur cette base, je dirais qu'il faut autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires car on ne sait jamais. Mais le débat dépasse largement les enjeux purement scientifiques quand il s'agit de la vie d'embryons humains. C'est pourquoi il est juste d'adopter la démarche française de légaliser ou non à priori et d'expliquer pourquoi on prend telle ou telle position, plutôt que la méthode anglo-saxonne qui est de presque tout autoriser (Grande-Bretagne) ou de ne poser des limites que pour l'argent fédéral (États-Unis) et ensuite de se poser la question de savoir si ça va servir à quelque chose.

dimanche 25 octobre 2009

Reprogrammation de cellules de sang de cordon ombilical

Deux études publiées récemment par la revue Cell Stem Cell rapportent la reprogrammation de cellules du sang de cordon ombilical (Haase, A. et al. Generation of induced pluripotent stem cells from human cord blood. Cell Stem Cell 5, 434–441. Giorgetti, A. et al. Generation of induced pluripotent stem cells from human cord blood using OCT4 and SOX2. Cell Stem Cell 5, 353–357 ; ces deux articles sont en libre accès). Dans la première étude, quatre facteurs ont été utilisés, OCT4, SOX2, NANOG et LIN28. Dans la deuxième, les chercheurs ont obtenus des cellules iPS en utilisant seulement OCT4 et SOX2, avec la même efficacité que dans la première. Ces deux facteurs lorsqu'ils sont utilisés seuls ne permettent pas de reprogrammer des kératinocytes ou des fibroblastes, ce qui démontre que ces cellules sont plus faciles à reprogrammer que des cellules adultes. Ceci est logique car les cellules du sang de cordon sont par définition plus jeunes (elles n'ont que neuf mois) que des cellules différenciées.

L'avantage des cellules du sang de cordon
La revue Nature Reviews Molecular Cell Biology fait une courte recension de ces deux articles, insistant sur les avantages que présentent ces cellules : elles sont facilement disponibles, facilement conservées par congélation, et jeunes. Dans l'une des études, des cellules iPS ont pu être obtenues avec des cellules congelées depuis cinq ans. C'est un élément important dans le débat sur la création de banques de sang de cordon, qu'elles soient publiques ou privées. Une personne dont le sang de cordon aura été conservé pourrait un jour se voir greffer ses propres cellules après reprogrammation en cellules iPS et différenciation dans un autre type cellulaire, évitant tout problème de rejet immunitaire. Conclusion de la revue : « These two studies open the possibility that cord blood banks, accessible worldwide, could become an almost unlimited source of clinically useful stem cells. » [Ces deux études ouvrent la possibilité que les banques de sang de cordon, accessible partout dans le monde, deviennent une source quasiment illimitée de cellules souches utilisables pour des thérapies].

PS : voici ce que j'écrivais le 6 février dernier (ça fait du bien de savoir qu'on peut avoir raison) :
À quand la reprogrammation des cellules de sang de cordon ombilical ?
De jour en jour, la technique de reprogrammation s'améliore, et j'attends avec impatience l'annonce de l'utilisation de cette méthode sur des cellules de sang de cordon ombilical. Elles seront sans doute plus facile à reprogrammer car déjà multipotentes. Au vu des résultats publiés récemment on peut s'attendre à une reprogrammation avec peu de facteurs et sans retrovirus [les études citées ici ont été réalisées avec des retrovirus donc ce n'est pas encore fait...], le tout sur des cellules faciles à obtenir.

samedi 24 octobre 2009

Adult somatic stem cells : new perspectives ; un congrès à la forme originale

Le congrès "Adult somatic stem cells : new perspectives" se tiendra à Monaco fin novembre. C'est le deuxième congrès d'une série intitulée International Congress on Responsible Stem Cell Research. Lors de la première édition en 2006, l'invité vedette n'était autre que Shinya Yamanaka, le découvreur de la reprogrammation de cellules différenciées en cellules iPS (induced puripotent stem cells). Cette année, l'invité vedette s'appelle Eliane Gluckman, spécialiste mondiale de la greffe de cellules de sang de cordon avec une première mondiale en 1988.

La forme originale du congrès
Il s'agit bien d'un congrès scientifique, avec séminaires et posters, présentations en anglais, etc. Mais il est organisé conjointement par plusieurs organisations, telles que l'Académie Pontificale pour la Vie (APV), la Fondation Lejeune, La Fédération Internationale des Associations Médicales Catholiques et Le Comité Consultatif Bioéthique de Monaco. Le congrès sera ouvert par une allocution de Mgr Fisichella, président de l'APV, et se terminera par une session dédiée à la bioéthique avec notamment Mgr Suaudeau (de l'APV), Marie-Thérèse Hermange (sénateur de Paris) et Jean-Marie Le Méné (président de la Fondation Lejeune). La forme originale de ce congrès est donc d'aborder simultanément les aspects scientifiques et éthiques des questions soulevées et des réponses apportées par la recherche sur les cellules souches adultes.

Quand le Vatican dégaine plus vite que son ombre
Une anecdote : le premier congrès avait eu lieu fin 2006. L'article de Takahashi et Yamanaka était sorti le 25 août de la même année dans la revue Cell. À tous ceux qui considèrent que le Vatican a toujours une guerre de retard, je conseille de méditer cette réaction extrêmement rapide : ils ne s'étaient pas trompés en identifiant la découverte de Yamanaka comme révolutionnaire.

mardi 20 octobre 2009

Le néo-colonialisme de la reproduction

Pour la fécondation in vitro, on a besoin d'oocytes, ces cellules sexuelles de la femme qu'il n'est pas aisé de recueillir. Ce problème devient complexe lorsque la femme n'en a plus ou qu'elle est stérile. Il y a plusieurs solutions. La première consiste à demander à une femme qui vient pour une fécondation in vitro de donner quelques oocytes supplémentaires. La deuxième solution à laquelle on vient doucement est de rétribuer le don d'oocytes ; c'est ce que fait l'état de New-York depuis le mois de juin 2009 (voir à ce sujet l'article du Washington Post). Enfin la dernière solution consiste à partir acheter des oocytes, et la fertilisation in vitro, à l'étranger.

Des oocytes achetés en Europe de l'est : une forme de prostitution ?
Naomi Pfeffer, auteur de plusieurs livres et articles sur des développements médicaux controversés, a récemment présenté son analyse de la situation devant la “Motherhood in the 21st Century Conference” à la University College London. Elle a eu des mots très durs : “The exchange relationship is analogous to that of a client and a prostitute. It’s a unique situation because it’s the only instance in which a woman exploits another woman’s body.” [La relation d'échange est analogue à celle d'un client et d'une prostituée. C'est une situation unique car c'est le seul exemple où une femme exploite le corps d'une autre femme]. Lord Winston, expert en fertilité, approuve les propos de Pfeffer : “She’s right, basically. It’s a form of exploitation.” [Elle a raison, au fond. C'est une forme d'exploitation]. Un récent rapport cité par un article du quotidien britannique The Times évoque le chiffre de 20 à 25.000 traitements pour la fertilité réalisés à l'étranger, notamment en Espagne, en République tchèque, en Roumanie et en Ukraine. Pour un coût de quelques centaines d'euros au lieu des 5 à 6.000 euros nécessaires en Grande-Bretagne dans le privé.

Il faut savoir que la production de ces oocytes nécessite un traitement hormonal lourd, et que l'extraction elle-même des oocytes est assez douloureuse. De plus il existe un risque rare mais non négligeable de stimulation trop importante ayant de graves conséquences.

Le problème pourrait se poser tôt ou tard aussi pour la recherche sur l'embryon et l'obtention de cellules souches embryonnaires humaines. La seule autre solution disponible sera de payer les femmes comme dans l'état de New-York ou comme cela commence à être demandé en Grande-Bretagne. La solution consistant à se passer des oocytes d'une femme pour les remplacer par ceux d'une autre espèce, lapin, vache, souris etc (embryons hybrides) vient d'être abandonnée en Grande-Bretagne (voir ici).

Les mères porteuses indiennes
Lorsqu'un enfant est conçu avec du sperme qui vient d'Israël et un oocyte provenant des États-Unis (car les clients veulent des enfants blancs) où a lieu la fertilisation, et que l'embryon est envoyé en Inde pour être implanté chez une mère porteuse indienne qui subira une césarienne pour que l'enfant soit remis au couple (qui n'est pas forcément constitué d'un homme et d'une femme) qui a payé le tout, on peut légitimement se demander qui sont les parents de l'enfant. C'est pourtant la situation décrite dans un documentaire israélien réalisé par l'israélienne Zippi Brand Frank. Ce film, intitulé Google Baby et présenté au Festival International de Toronto, raconte le marché de la reproduction devenu mondialisé. Ici, le sperme vient du père, l'oocyte d'une américaine étant payée plusieurs milliers de dollars, et la mère porteuse obtient, en échange de cette grossesse, l'équivalent de plusieurs années de salaire.

Une nouvelle forme de colonialisme
On ne peut pas s'empêcher de penser que cela représente une forme particulièrement basse de néo-colonialisme, les femmes pauvres devenant des usines à produire des oocytes et à porter des enfants pour les riches blancs trouvant normal d'étendre le principe de l'économie de marché jusqu'à contrôler le ventre des femmes. Le tout assorti d'injonctions péremptoires sur la nécessaire baisse du taux de fécondité dans ces pays, la planète ne pouvant supporter tous ces pauvres aspirant à mener notre train de vie...

Cet article est inspiré de deux billets récents (1, 2) du blog Mary meets Dolly.

samedi 17 octobre 2009

Maladie de Parkinson II : retour de la thérapie cellulaire ?

Âmes sensibles, s'abstenir...
Sous le titre "Fetal cells again", la revue Science publie un commentaire sur une nouvelle tentative de thérapie cellulaire en injectant des neurones prélevés sur des fœtus de 6 à 9 semaines. Pourtant on croyait cette solution dépassée. Ce commentaire rappelle comment dans les années 90 il a été montré que les effets bénéfiques d'une telle solution étaient très mineurs et qu'elle induisait des effets secondaires telles que des mouvements incontrôlés ou dyskinésie. De plus, les cellules introduites sont également atteintes peu à peu par la maladie de Parkinson. Le magazine Newsweek faisait le même constat il y a tout juste un an (voir mon billet de l'année dernière ici). Et le doute s'installe de plus en plus comme le dit Constance Holden dans Science.
Pourtant, des chercheurs européens et américains sont en négociation à l'heure actuelle avec l'Union européenne pour obtenir un très important financement afin de relancer ces essais de thérapie cellulaire. Certains parmi ceux qui ont conduit les essais des années 90 sont très sceptiques, comme C. Warren Olanow, un neurologue de la Mount Sinai School of Medicine de New York : "I think it's a step backwards; ... all the double-blind trials have failed," [Je pense que c'est un retour en arrière ; ... tous les essais en double aveugle ont échoué].
La principale difficulté réside dans l'état de différenciation des neurones injectés : s'ils ne sont pas assez différenciés, on risque d'induire la formation de tumeurs, et s'ils le sont trop ils ne serviront à rien. C'est là qu'intervient l'âge des fœtus utilisés : 6 à 9 semaines serait l'âge idéal et il en faudrait entre quatre et six pour traiter un patient... Les premiers essais pourraient avoir lieu en 2012 si l'Union européenne accorde les financements. Pourtant d'autres voix se font entendre : Ted Dawson, spécialistes des maladie neurodégénératives à la Johns Hopkins University de Baltimore pense que cela est "surprising. ... I had thought there was going to be a moratorium [on fetal tissue transplants] until we had a better understanding of dopamine neurons in transplantation." [C'est surprenant (...) Je pensais qu'il y aurait un moratorium sur les transplantations de tissus fœtaux jusqu'à ce qu'on comprenne mieux comment transplanter des neurones dopaminergiques.]

Une erreur sur la compréhension de la maladie de Parkinson ?
Dans les années 90, la maladie de Parkinson était attribuée à la mort de neurones dopaminergiques et les traitements envisagées étaient soit l'injection de neurones dopaminergiques, soit l'utilisation de la L-DOPA, une substance qui permet de mimer la présence de ces neurones. Mais la recherche a beaucoup progressé depuis et la maladie s'avère plus complexe. En particulier, Olanow est tout aussi sceptique en ce qui concerne l'essai de thérapie génique évoqué dans le billet précédent et consistant à introduire les enzymes permettant de fabriquer la dopamine.

La fondation Michael J Fox ne soutient plus ce type de thérapie
Mais le plus surprenant est le changement d'attitude de la fondation de Michael J Fox. Certains se souviennent sans doute que cet acteur, atteint de façon précoce par la maladie de Parkinson (il est né en 1961), a été un ardent avocat de la thérapie cellulaire et de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Pourtant aujourd'hui il semble que sa fondation, la MJFF (Michael J Fox Fundation) soit tournée vers des thérapies entièrement différentes. Sa directrice Katie Hood l'avoue : "I was totally naïve when I came to the foundation (in 2002). ... All my exposure was pop media; I thought it was all about stem cells. ... I have not totally lost hope on cell replacement, [but] I just don't think it's a near-term hope." [J'étais totalement naïve quand je suis arrivée à la fondation en (2002) (...) Je pensais qu'il n'y avait que les cellules souches (...) Je n'ai pas perdu tout espoir de thérapie cellulaire mais je ne pense plus que ce soit pour un futur proche]. De fait dans le rapport 2008 de la Fondation, il est essentiellement question de thérapies à base de nouvelles molécules plutôt que de thérapie cellulaire.

vendredi 16 octobre 2009

Maladie de Parkinson I : une thérapie génique prometteuse

Une équipe française a des résultats prometteurs après une nouvelle approche de thérapie génique sur des singes pour traiter la maladie de Parkinson. Voir ici l'article du Monde sur le sujet. Des essais cliniques chez l'homme viennent de commencer.

La fin des hybrides

En 2008, trois équipes britanniques avaient reçu l'autorisation de faire des recherches impliquant la création d'hybrides entre l'homme et les animaux. Le but était de parvenir à isoler des lignées de cellules souches à partir de ces embryons hybrides. En début d'année, le quotidien britannique The Independent s'était ému de ce que deux des trois équipes s'étaient vu refusé une demande de financement (j'en ai parlé ici). The Independent, toujours lui, nous annonce maintenant que la troisième équipe jette l'éponge : pas de financement et non-renouvellement de l'autorisation initiale (voir aussi la dépêche de Gènéthique). Pourtant le journal rappelle qu'en 2008 les patrons des agences de financement et la plupart des scientifiques avaient demandé à ce que ce type de recherches puisse être mené en Grande-Bretagne. Le patron de cette dernière équipe part pour l'Australie, alors que ceux des deux premières équipes sont partis l'un dans l'industrie et l'autre en Espagne.

Une raison scientifique derrière ce fiasco
Après un débat houleux au Parlement britannique, la création des hybrides avait finalement été autorisée et cette décision saluée de façon tapageuse. Quelques mois plus tard, il n'en reste rien. Ce ne sont pas des doutes sur l'éthique de ces recherches qui les ont remises en cause mais les progrès immenses accomplis sur la reprogrammation en cellules iPS. Le Guardian, autre journal britannique, l'affirmait déjà en janvier (voir ici). Il n'y a plus aucun intérêt scientifique à produire ces embryons hybrides, et les agences de financement l'ont bien compris. La France ferait une erreur stupide si elle autorisait ce type de recherche l'année prochaine lorsque la loi de bioéthique sera révisée.
La seule excuse pour ce type de recherche était de pallier la rareté des oocytes humains. Mais il est de très loin préférable de travailler avec des cellules reprogrammées qu'avec des cellules "hybrides".

mercredi 14 octobre 2009

Francis Collins et Eddy de Robertis à l'Académie Pontificale des Sciences

Francis Collins, le nouveau patron des National Institutes of Health américain (voir ici et ), vient d'être nommé à l'Académie Pontificale des Sciences. Ses positions en faveur de la recherche sur les cellules souches embryonnaires et sur d'autre sujets ne doivent pas faire oublier que c'est un immense chercheur qui est ainsi honoré, notamment en raison de son implication dans le décryptage du génome humain. C'est aussi le créateur de la Fondation BioLogos.
Eddy de Robertis est un biologiste du développement, un des tous premiers à avoir montré la conservation génétique des mécanismes du développement chez les animaux et par conséquent un fondateur de la discipline connue sous le nom d'évo-dévo, à l'interface entre développement et évolution.

Ils rejoignent de très grands noms et 29 Prix Nobel parmi lesquels les biologistes suivants :
1968 : Har Gobind KHORANA et Marshall Warren NIRENBERG (interprétation du code génétique)
1974 : George Emil PALADE et Christian DE DUVE (organisation de la cellule)
1975 : David BALTIMORE (liens entre virus et tumeurs)
1978 : Werner ARBER (découverte des enzymes de restriction)
1986 : Rita LEVI-MONTALCINI (découverte des facteurs de croissance)
1990 : Joseph Edward MURRAY (transplantation d'organes)
1999 : Günter BLOBEL (transport intracellulaire)

lundi 12 octobre 2009

La reprogrammation par la chimie ?

La reprogrammation de cellules différenciées en cellules iPS se fait en introduisant quatre gènes dans les cellules à reprogrammer. Un nouvel exploit technique (résumé de l'article dans Cell Stem Cell ici) vient d'être réalisé par une équipe d'Harvard, qui a démontré qu'on pouvait remplacer deux (Sox2 et cMyc) des quatre gènes par une molécule chimique baptisée RepSox (allusion à l'équipe de baseball des Red Sox basée à Boston) qui inhibe la voie de signalisation TGF-beta. Ceci ouvre la voie à l'éventualité d'une reprogrammation sans gène et donc sans risque : on pourrait en théorie produire des cellules reprogrammées de façon beaucoup plus sure.
De façon plus surprenante, cela démontre également qu'il existe plusieurs façons de reprogrammer des cellules puisque la voie du TGF-beta n'était jusque là pas connue comme étant impliquée dans ce processus.
Ce travail confirme une étude d'une autre équipe d'Harvard publiée le mois dernier dans Current Biology avec des résultats similaires.

vendredi 2 octobre 2009

Les Ig Nobel 2009 : la science qui fait (sou)rire

Les Ig Nobel sont des prix remis chaque année juste avant les Nobel, pour des recherches particulièrement loufoques. L'année dernière, il était question de sauts de puces. Cette année, parmi les prix, on découvre :
- qu'il vaut mieux se faire assommer avec une bouteille de bière à moitié vide que complètement vide, et c'est l'Ig Nobel de la paix !
- que les vaches qui ont des noms produisent plus de lait que celles qui n'en ont pas (j'aurais pensé que c'était seulement un indice de l'attention qu'on portait à la bonne santé des vaches !). C'est l'Ig Nobel de médecine vétérinaire.
- que la tequila peut être utilisée pour faire des films de diamants; Ig Nobel de chimie.
- qu'on peut faire craquer les doigts d'une main mais pas de l'autre pendant plus de 60 ans pour remporter l'Ig Nobel de médecine.
- et le meilleur pour la fin : pourquoi les femmes enceintes ne tombent pas en avant, Ig Nobel de physique avec un article dans Nature ! En résumé, ils ont démontré que les femmes présentaient une différenciation particulière des vertèbres lombaires, modification déjà présente chez certains australopithèques.

mardi 29 septembre 2009

Dans le dernier numéro de Liberté Politique

Trois articles sont susceptibles d'intéresser un scientifique désireux d'avoir un point de vue chrétien et/ou catholique sur :

- L'origine de la conscience chez l'homme. Dans un article court mais très bien écrit, Rémi Sentis, président de l'Association des scientifiques chrétiens, démonte l'idée selon laquelle on peut s'appuyer sur Darwin pour dire que la conscience et le sens moral de l'homme ne sont que des produits de son cerveau. De Gerald Edelman et sa Biologie de la conscience (Odile Jacob) à Jean-Pierre Changeux et son Homme neuronal (Fayard), tous reprennent des idées déjà émises au XVIII-XIXe par La Mettrie ou Cabanis pour qui la pensée est une sécrétion du cerveau (pour plus de détails sur ce sujet historique on peut se reporter au livre de Xavier Martin, Régénérer l'espèce humaine, DMM).
Conclusion de l'article : "Il est clair que la morale est une des caractéristiques de la discontinuité entre l'homme et l'animal. Que l'évolution se soit produite grâce à des mécanismes de mutations aléatoires et de sélection naturelle à l'échelle géologique n'est pas en contradiction avec le fait que la dignité de l'homme est incommensurable avec ce qui relève du monde animal (...) L'homme peut transformer le monde, le critiquer, il est doté d'un esprit et c'est parce qu'il est doté d'un esprit qu'il peut développer des théories - même celles qui ramènent cet esprit à la matière".

- On trouvera aussi un long article de Pierre-Olivier Arduin qui fait le point sur la recherche sur l'embryon ainsi que sur les aspects juridiques, scientifiques et éthiques de cette question. Cet article est en ligne ici.

- Mgr Suaudeau, de l'Académie Pontificale pour la Vie, revient sur la question des embryons congelés. L'instruction Dignitas personæ récemment émise par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a surpris (j'en parlais ici), et Mgr Suaudeau nous livre une explication de texte reprenant chaque possibilité une à une pour les réfuter. À tous ceux qui ont été surpris, voire choqués, je recommande vivement de lire ce texte qui peut difficilement être résumé mais démontre l'impossibilité de trouver une solution juste à ce problème. En conclusion : "Les deux "solutions" qui paraissent les plus adéquates - la possibilité avancée par certaines familles d'"adopter" ces embryons, ou la proposition de les maintenir dans leur état cryoconservé aussi longtemps que possible - sont insatisfaisantes. Le "laisser mourir" de ces embryons un fois décongelés ne peut être approuvé par l'Église, mais semble actuellement encore la solution la plus logique parce que la plus proportionnée à la situation. Mais elle ne respecte pas le droit à la vie de ces embryons. (...)"

dimanche 20 septembre 2009

Une citation à méditer...

"Pour discuter des questions où la science et la théologie catholique se rejoignent, il faut avoir fait dix à quinze ans d'études dans les sciences pures."
Pierre Duhem
Source (à la fin de l'article - remarque : ce n'est  pas la citation originale ; j'ai traduit de l'anglais qui était une traduction du français...)


Note ajoutée le 23 septembre
Je viens seulement de réaliser que ce  blog fêtait son premier anniversaire il y a trois jours au moment où je mettais cette citation de Duhem en ligne. Et pour la première fois, les 10 commentaires sont atteints. Merci ! Et merci à ceux qui me lisent, même sans laisser de commentaire... 


Encore un ajout, le 26 septembre
Dans un article du 21 septembre, La Croix nous rapporte le création de l'Académie Catholique de France. Extrait : 
"(...) Avec cette Académie, il s’agit justement de faire dialoguer des gens de tous horizons, avec des savoirs de diverses matières, remarque le biologiste Edgardo Carosella, chercheur à l’hôpital Saint-Louis : « Nous-mêmes sommes rarement confrontés à d’autres expertises. » Il ne s’agit pas d’être un intellectuel au sens où on l’entend depuis l’affaire Dreyfus, à savoir, explique Rémi Brague, « celui qui excipe de sa compétence scientifique pour revendiquer une autorité morale ».
Reste un minimum, poursuit le philosophe : « Un expert, qui l’est toujours dans un domaine très limité du savoir, et qui a le devoir d’éclairer les autres sur ce domaine, spécialement quand une vulgate médiatique contient des erreurs ou des demi-vérités. » (...)"

jeudi 17 septembre 2009

Le daltonisme guéri par thérapie génique chez deux singes

La revue Nature a publié aujourd'hui un article annonçant que deux singes daltoniens avaient été guéris par thérapie génique. Des chercheurs de l'Université de Washington ont pu corriger ce défaut en introduisant un gène normal dans les cônes, cellules contenant des photorécepteurs. Pour cela un virus contenant le gène a été injecté sous la rétine ; quelques semaines après le traitement les deux singes ont été capables de discerner le rouge du vert, ce qu'ils étaient incapables de faire jusque-là. Et deux ans plus tard, aucun effet négatif n'a été constaté.

Le daltonisme
Le daltonisme fut décrit à la fin du XVIIIe siècle par un scientifique anglais lui-même victime de cette maladie, John Dalton. C'est la maladie génétique la plus fréquente : on estime qu'elle touche environ 8% des hommes et 0,5% des femmes. Cette différence s'explique par le fait que les gènes qui permettent de voir le rouge et le vert sont situés sur le chromosome X dont les hommes n'ont qu'une copie, alors que les femmes en ont deux. De plus ces gènes sont très proches et donc soumis à des mélanges fréquents, ce qui explique le très fort taux de mutations les affectant.

Une approche prometteuse chez l'homme
La technique utilisée chez les deux singes est relativement simple. Cependant bien que handicapant, le daltonisme n'est pas une maladie suffisamment grave pour envisager d'utiliser cet outil pour la guérir. On pourrait en revanche l'exploiter pour guérir d'autres maladies affectant les yeux, notamment celles induisant une cécité complète comme la maladie de Leber.

Un cerveau très "plastique"
Cette étude illustre par ailleurs une fois de plus la plasticité du cerveau : ces singes qui étaient daltoniens depuis toujours ont été en quelques semaines capables de reconnaître et identifier la couleur rouge qu'ils n'avaient encore jamais vue. Ceci implique que les cônes exprimant le gène corrigé ont pu transmettre l'information et induire une interprétation correcte par le cerveau.

lundi 14 septembre 2009

Le Prix Lasker 2009 pour la reprogrammation

Le prix Lasker est l'antichambre du Nobel. Ce matin il a été décerné à John Gurdon et Shinya Yamanaka pour leurs travaux sur la reprogrammation.
John Gurdon, qui travaillait à Cambridge (GB), montra dans les années 50-60 qu'on pouvait faire du clonage sur des amphibiens. Il fallut plusieurs dizaines d'années pour adapter la technique aux Mammifères avec la brebis Dolly clonée par Ian Wilmut. Le clonage consiste essentiellement à reprogrammer le noyau d'une cellule différenciée en le plaçant dans le contexte d'un oocyte, le gamète femelle.
Shinya Yamanaka a quant à lui réaliser la même chose, mais sans oocyte, en ajoutant tout simplement une poignée de gènes (quatre pour être exact) à des cellules différenciées. Les lecteurs réguliers de ce blog sont bien sûr au courant de cette prouesse et des avancées considérables qui sont réalisées grâce à cette découverte.

Ce n'est pas un hasard si ces deux chercheurs sont récompensés en même temps. On a longtemps pensé qu'une cellule différenciée ne pouvait jamais revenir en arrière pour se dédifférencier. Gurdon a pourtant démontré que c'était possible, et Yamanaka a réussi à faire cela avec seulement quelques gènes.

lundi 7 septembre 2009

Quand il faut se mouiller...

Une étude récemment publiée fait état d'une mortalité cent fois plus élevée pour la grippe pandémique que pour le virus saisonnier habituel. Mais ceci concerne des effectifs très faibles (trois morts en Nouvelle-Calédonie et sept à l'île Maurice), et uniquement la mortalité directement due à l'infection virale et non à toutes les autres circonstances (maladies respiratoires chroniques, personnes déjà malades ou immunodéprimées, etc) ; on aboutit ainsi à un taux de 1 pour 10.000. Mais une autre étude publiée sur le même site et prenant en compte tous les cas de mortalité arrive à un taux de 1 pour 2000, ce qui est moins élevé que le taux de 1 pour 1000 pour la grippe saisonnière. ["So far, estimates of the case fatality rate range between 1 per 10,000 for Acute Respiratory Distress Syndrom (see [36]) to 1 per 2,000 for all influenza-related deaths. These estimates come with large cofnidence intervals and are likely to change over time. Of note, the case fatality rate for seasonal influenza is 1 per 1,000 on average, which appears more severe than H1N1pdm, however one has to remembers that it is mostly driven by a high proportion of deaths among seniors."]
On peut aussi se référer à la dernière mise au point de l'OMS : contrairement à la grippe saisonnière, cette pandémie ne touche que peu les personnes de plus de 50 ans (plus précisément : nées avant 1957) sans doute protégées par d'anciennes épidémies dues à un virus proche. Sont en revanche plus touchées les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies chroniques respiratoires ou cardiovasculaires ou de diabète. Mais tout cela ne remplacera jamais l'avis du médecin de famille pour les personnes "à risque".

Remarque à l'usage du lecteur : ce qui suit constitue un point de vue personnel et subjectif. À chacun de peser le pour et le contre de la vaccination...

Tôt ou tard, il faudra prendre la décision de se faire vacciner ou non contre cette fichue grippe pandémique. Et bien malin qui peut dire aujourd'hui ce que sera demain.
D'une part on ne sait pas comment ce méchant virus va tourner : il est très contagieux et pour le moment peu virulent. Mais va-t-il muter demain ou après-demain ? Nul ne sait et nul ne peut savoir, ceux qui prétendent le contraire sont de gros menteurs.
D'autre part, il y a ce vaccin préparé à la hâte, à peine testé et commandé par milliards de doses ; les laboratoires qui le fabriquent travaillent à toute vitesse pour rattraper le temps, l'automne qui arrive dans l'hémisphère nord (l'important, le nôtre...), la pandémie qui se propage comme une traînée de poudre. Et quand on travaille très vite, on court toujours le risque de faire des erreurs.
Donc à ce jour, avec une virulence ne dépassant pas celle d'une grippe saisonnière contre laquelle je n'ai jamais été vacciné, je décide de passer mon tour. Mais si un enfant était vacciné dans mon dos à l'école, je ne paniquerai pas pour autant !